Faire des économies sur le dos des plus faibles, mode d’emploi (session budgétaire épisode 4 et fin)

Pour terminer mon compte-rendu de la session récente du conseil départemental, je vais tenter de vous donner une idée des différents rapports à propos desquels je suis intervenu et qui ont justifié que je m’oppose finalement au budget 2019 proposé par la majorité.

Je le rappelle, ce projet de budget était très loin de préparer la transition qui s’impose à notre société pour un 21ème siècle qui s’annonce comme celui du dérèglement climatique et de la perte de biodiversité. Un tournant si considérable pour les êtres vivants de notre planète que certains chercheurs estiment que la Terre est entrée dans une nouvelle ère que l’on peut baptiser l’anthropocène en raison du poids décisif exercé par les actions humaines.

A côté de cela, les décisions prises dans le Loiret peuvent paraître dérisoires. Pourtant, le mouvement des villes en transition est lancé partout dans le monde. Les collectivités locales ou régionales n’attendent pas tout des grands accords internationaux comme celui de Paris en 2015. La Région Centre Val de Loire, par exemple, va organiser sa propre conférence des parties sur le climat (COP régionale). Bref, rien de ce que décide le conseil départemental n’est anodin car chaque échelon dispose de ses propres leviers. La « bonne gestion » ne suffit pas, il faut aussi prendre les bonnes orientations pour préparer une société durable.

Principal responsable des politiques sociales, le Département reste très ambigu dans ses choix. L’exemple des jeunes présumés mineurs et pourtant rejetés à la rue depuis décembre est assez symbolique des priorités de la majorité de l’assemblée départementale. La solidarité envers les plus démunis leur apparaît comme une charge qui pèse sur le budget et qu’il convient d’optimiser. Cela revient à dire qu’on fera le tri entre ceux qui vont mal et qu’on marchandera l’aide à leur apporter. Les quelques fraudeurs qui s’installent parfois dans une position d’assistés permettent ainsi de justifier l’abandon de larges pans de la population. On ne dit pas ouvertement « débrouillez-vous tout seuls » mais, pour beaucoup de gens, c’est le résultat tangible des politiques décidées dans le Loiret. C’est ainsi que je le ressens dès que je tente d’aider personnellement telle ou telle famille en difficulté (sans user de passe-droit). C’est encore plus tangible pour les associations qui oeuvrent auprès de ces personnes au quotidien. Et il aura fallu une forte mobilisation de ces organisations, partenaires traditionnels du Département, pour que soit reportée une décision qui mettait en péril le bien être des personnes âgées en perte d’autonomie, au nom de la rationalisation et de l’optimisation.

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Laisser les enfants à la rue, mode d’emploi (session budgétaire épisode 3)

Un des sujets importants traités pendant la session du conseil départemental de la semaine dernière, ce fut « gestion » des jeunes étrangers non accompagnés considérés (ou pas) comme mineurs et relevant de la protection de l’enfance. Ce sujet fut abordé dans une séance à huis clos, la commission générale. Cela ne m’interdit pas de vous exposer les arguments que j’ai présentés à mes collègues à cette occasion.

C’est un thème récurrent depuis quelques années. L’immigration étant brutalement repoussée aux portes de l’Europe, des filières clandestines, parfois purement mafieuses, se sont mises en place au détriment des malheureux réduits à fuir leur pays. Ceux qui deviennent « migrants » ne le font jamais pour le plaisir mais poussés par la guerre ou par la misère provoquée par le dérèglement climatique ou simplement entretenue par le néocolonialisme et des dictatures sanglantes armées notamment par la France. Face au « mur » que leur opposent les pays plus développés, ces populations sont livrées à des trafics infâmes. Ainsi, depuis une dizaine d’années, ce sont beaucoup de jeunes de moins de 18 ans qui s’introduisent dans notre pays (parce que les frontières étanches, ça n’existe pas). Ils tentent de bénéficier d’une clémence qui est refusée à leurs aînés adultes : la prééminence des lois de protection des enfants sur les lois de répression de l’immigration.

En France, c’est aux collectivités départementales qu’il incombe d’assurer cette protection de l’enfance. Or, face à l’arrivée de centaines de jeunes étrangers, les services compétents sont soumis à rude épreuve. Ce n’est pas seulement le nombre qui est en cause, parce que des enfants français sous protection du Département, il y en a beaucoup plus. C’est surtout que ceux qui sont migrants ont un profil bien différent et que prendre soin d’eux réclame des mesures moins bien acceptées par les « comptables » qui sont aux commandes du conseil départemental. Le mot n’est pas de moi, c’est le vice-président en charge de cette question, il y a dix ans, qui me l’avait dit : « vous êtes un idéaliste alors qu’il faut une vision comptable du problème ». S’agissant de la vie de gamins qui ne rêvent que de s’intégrer et de rendre à notre pays ce que nous pouvons leur offrir, j’avoue que je préfère être « idéaliste » que « comptable ».

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Liberté de la presse, mode d’emploi (session budgétaire épisode 2)

En poursuivant ce compte rendu de la session du conseil départemental de la semaine dernière, permettez-moi de sauter les étapes et de vous parler un peu de la polémique qui enfle autour du projet le plus contestable du Département. Un rapport du BRGM, commandé par le conseil départemental à propos du futur pont de Mardié, fait état de risques particulièrement inquiétants compte tenu du sous-sol karstique dans le lit de la Loire.
L’association Mardiéval l’a dévoilé publiquement et son président, Jean-Marie Salomon, n’a pas mâché ses mots à ce sujet lors d’un passage sur France bleu.

Réécouter ci-dessus ou télécharger l’extrait du journal de 7h du 1er février

Réécouter ci-dessus ou télécharger l’extrait du journal de 8h du 1er février

Cette interview, à sens unique mais somme toute assez raisonnable, a fait bouillir le président Marc Gaudet. Il faut dire qu’il est plutôt habitué, a contrario, à une communication où sa propre vision des choses est la seule retenue par les médias. Pour une fois qu’une possibilité de s’exprimer sans modération bénéficiait à leurs opposants, Marc Gaudet et ses collègues ont vu rouge et se sont autorisés à dézinguer publiquement le journaliste qui avait eu le malheur de donner du crédit à la thèse de Mardiéval.

Pour Marc Gaudet comme pour la plupart des élus départementaux, en effet, tout affront se lave en public et sans égard pour la personne visée. D’où la mise en scène de la consternation et la dénonciation du malheureux journaliste de France bleu. Seul point positif, cette noire colère contre un organe de presse amena le président départemental à reconnaître que ses précédentes fureurs contre l’association Mardiéval étaient finalement plus théâtrales que sincères. « Ils sont dans leur rôle lorsqu’ils me caricaturent », admit Marc Gaudet. Sous-entendu, c’est de la part d’un journaliste que « c’est inacceptable ».
Et là, mes collègues élus perdirent un peu la mesure de leurs propres responsabilités et profitèrent de la tribune que leur offre leur mandat électoral pour se défouler contre le malheureux rédacteur de la radio de service public. C’est presque sous les huées que je m’efforçai, seul, de défendre la liberté de la presse envers et contre tout. Je rappelai combien la réception des médias est brouillée lorsque l’on est soi-même partisan. J’en veux pour preuve un autre matin de session où j’étais arrivé furieux contre un article de journal avant de constater qu’Eric Doligé, président de l’époque, était tout aussi furieux de ce même article … mais pour des raisons totalement inverses. Je demandais donc à chacun de relativiser l’injustice dont ils se sentaient victime.
Le comble, c’est que, le lendemain, un autre journaliste s’attacha ne citer justement que mon nom parmi ceux qui avaient, selon lui, « dénoncé » son confrère (ci-contre). Comme quoi, on est toujours « trahi » par la presse … mais, je le maintiens, heureusement qu’elle est là.

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Écoute et proximité, mode d’emploi (session budgétaire épisode 1)

La semaine dernière, le conseil départemental s’est réuni pendant trois jours pour décider du budget 2019. J’en ai tiré quelques commentaires diffusés sur les réseaux sociaux en temps réel mais je maintiens la tradition de livrer sur ce blog un compte-rendu des débats auxquels j’ai contribué.

Dès le premier jour, le Président a ouvert la session en proposant une contribution de notre assemblée au « Grand débat national ». Il lui a ensuite fallu admettre que son idée de faisait pas vraiment l’unanimité et il a adopté une position de repli. Malheureusement, pour ce qui est du budget, Marc Gaudet et sa majorité ont persisté dans les orientations budgétaires élaborées un mois plus tôt. Il a présenté un budget qui, une fois de plus, tourne le dos à la transition écologique. Et, une fois de plus, je fus malheureusement le seul à m’y opposer.

Comment expliquer qu’une collectivité qui se veut moderne reste aussi ancrée dans des certitudes du siècle dernier ?
Certes, il y a le développement du réseau Très haut débit, on construira bientôt un nouveau collège « écolo » à Orléans, on rénovera des maisons de retraite ou des hébergements pour personnes handicapées. D’accord. Mais tout cela mis bout à bout reste encore presque négligeable par rapport aux efforts consacrés à un seul projet routier. Même avec le programme destiné à faire du canal d’Orléans une infrastructure touristique majeure, « un des plus gros projets » évoqués par le président, on est à peine au quart du budget du projet de déviation de la RD921 à Jargeau. Pourtant, la démesure, l’inutilité et les impacts environnementaux considérables qui caractérisent cette nouvelle route restent totalement ignorés de mes collègues. Et dans bien d’autres domaines, agricole, éducatif ou touristique, les choix restent ceux qui prévalaient il y a 20 ans.
N’est-ce pas parce que le conseil départemental, institution bicentenaire, est précisément inadaptée aux enjeux d’une société du 21ème siècle ?

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Ça (trajectoire) plane pour les vieux dans le Loiret

J’ai assez abondamment disserté sur ma proposition de réduction de la fiscalité départementale sur l’électricité ici ou sur les réseaux sociaux. Néanmoins, ce ne fut pas la seule question abordée lors de la session de la semaine dernière. Agriculture, services publics et tarification des établissements médico-sociaux appelèrent également des débats contradictoires au sein de l’assemblée départementale. Tout cela, ne l’oublions pas, dans un contexte de réduction des dépenses de fonctionnement due au pacte, que j’ai déjà évoqué, par lequel le gouvernement impose au Département de ne pas accroître ses dépenses de plus de 1,2 %.
Curieusement, cette austérité obligatoire a conduit la majorité à une doctrine de la « trajectoire plane » pour ses choix budgétaires. Trajectoire plane, cela veut dire que les dépenses en 2019 devront rester identiques à celles réalisées en 2017 chaque fois que leur évolution ne dépend que des décisions du conseil départemental. Ainsi, tout en trouvant scandaleuse la limite imposée par l’État (+1,2 % maximum), le Département contraint ses partenaires à se débrouiller avec +0 % de dépenses tandis que l’inflation repart à la hausse. Il est probable que les services rendus, eux, diminueront. C’est à craindre notamment dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (les EHPAD).
Selon Pauline Martin, Vice-Présidente en charge des finances, forcer une « trajectoire plane » pour tous, c’est la condition pour ne pas avoir à supprimer certaines dépenses en faisant des choix entre les différentes actions. Or, c’est justement ce que je conteste, par exemple lorsque je propose de cesser toute intervention dans le domaine de l’agriculture dans la mesure où il s’agit d’une compétence facultative du Département et qu’il n’y applique aucune orientation politique d’intérêt public.
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