De plus en plus irrespirable ?

La session plénière du conseil départemental s’achevait ce matin par le rapport d’activité des services de l’État dans le Loiret, présenté par le Préfet Jean-Marc Falcone en personne. Officiellement, le rapport concernait uniquement l’année 2017 mais le Préfet n’hésita pas à se projeter un peu dans l’avenir. Il se prêta ensuite au jeu des questions-réponses et plusieurs élus de la majorité purent ainsi exposer leurs attentes en matière de finances publiques, de repression des rodéos motorisés … etc.
De mon côté, je décidai de l’interpeller sur la pollution atmosphérique permanente qui s’installe dans notre métropole d’Orléans. Même quand aucune alerte majeure n’est décelée, l’été interminable que nous connaissons a favorisé le maintien d’un taux moyen qui est finalement plus inquiétant par sa persistance que les encore rares journées d’alerte.
C’est le message que je tentai de faire passer, chiffres à l’appui.
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En réponse, le Préfet me détailla poliment les dispositifs existants pour lutter contre les pics de pollution mais parut ignorer totalement que l’on puisse envisager des actions dans la durée pour diminuer l’exposition prolongée à des doses plus faibles mais non négligeables.
Dommage.
Asthmatiques, allergiques et autres cancéreux en puissance que nous devenons tous un peu, nous n’avons plus qu’à nous acheter des bouteilles d’oxygène.

Jeunesse et éducation au menu avec tarif unique pour tous

Comme je l’ai écrit précédemment, le conseil départemental travaillait aujourd’hui sur sa politique en faveur de la jeunesse et, depuis hier, il fixait ses budgets par rapport aux collèges.
Je ne peux que saluer certaines évolutions dans ces deux domaines même si cela a clairement été conçu pour ne pas être plus coûteux qu’avant et ça, ça limite un peu la portée des changements. D’autre part, la majorité départementale reste bloquée dans ses convictions concernant des outils de solidarité comme l’application du quotient familial aux tarifs des cantines. Selon eux, tout le monde doit payer le même prix pour le même service et si jamais il y a des Loirétains en difficulté, ce doit être aux communes ou à l’État de venir à leur rescousse.
Je voudrais à ce sujet revenir sur un argument qui me semble assez malhonnête.
Quand la collectivité fixe les tarifs des repas servis dans les collèges, elle consent un effort notable pour participer au coût de ce service. Ainsi, ceux qui utilisent la restauration scolaire bénéficient de l’apport financier de l’ensemble des contribuables. C’est bien normal puisqu’il s’agit de s’assurer que tous les enfants aient accès à la scolarisation y compris avec un repas le midi.
Or, il se dit parfois que, puisque ce service est payé par les impôts et que ceux-ci frapperaient plutôt les contribuables aisés, il ne serait pas nécessaire d’en rajouter une couche en alignant les tarifs sur les capacités contributives des bénéficiaires. Malheureusement, il n’est pas vrai que les citoyens les plus aisés soient plus imposés que les autres. Seul l’impôt sur le revenu vérifie cette équation mais il ne représente que 10 % de l’argent public qui est ensuite disponible pour la redistribution. Quand on cumule tous les prélèvements obligatoires, nous contribuons plutôt proportionnellement à nos possibilités : la progressivité de l’impôt est une illusion et les taux de fiscalité sont loin de tenir compte des capacités contributives des Français. C’est donc par le caractère discriminant de la redistribution, et seulement ainsi, que l’on peut faire en sorte que l’impôt serve à la solidarité nationale. Sinon, et c’est malheureusement ce qui s’observe à travers de nombreuses études, l’État et les collectivités ont une fâcheuse tendance à « prendre aux pauvres pour donner aux riches ».
C’est donc en finançant par le budget du Département un tarif social dans les cantines que l’on peut espérer au moins « prendre à tous pour donner aux pauvres ». Dommage que l’idéologie dominante dans notre assemblée loirétaine ne puisse pas accéder à cette évidence.
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L’agriculture productiviste expliquée (trop violemment) à ceux qui la subissent

Je vous racontais, dans mon précédent billet, le démarrage de la session d’automne du conseil départemental en me concentrant sur ma propre intervention à propos des enjeux climatiques. J’exposai combien il est absurde de consacrer la majeure partie des investissements départementaux à l’extension du réseau routier parce que cela ne fera que déplacer les problèmes de circulation tout en aggravant les comportements les plus préjudiciables à la sauvegarde du climat.

Malheureusement, je n’ai pas été très convaincant puisque, peu après ces arguments échangés avec le président Gaudet, ce sont deux autres membres de l’assemblée qui se sont mis à réclamer de nouveaux projets routiers.
Comme si le budget départemental était extensible à l’infini, Frédéric Néraud (pour la route de Bellegarde à Montargis) et Nadine Quaix (pour la route de Châteauneuf à Gien) plaidèrent la supposée nécessité de fluidifier le trafic. Le premier eut ainsi l’occasion d’admettre que « L’A19 … n’a pas apporté de réponse satisfaisante à la liaison Orléans-Montargis ». La seconde qualifia la liaison Orléans-Gien de « vitale » en demandant où en était le dossier de création de « créneaux de dépassement ».
Or, même si nous attendons encore les résultats d’études en cours, on est en droit de se demander ce qu’il y a de « vital » à gagner 2 minutes pour les quelques centaines de personnes qui font chaque jour le parcours entre Gien et Orléans. Défendre la présence d’un hôpital hors d’une métropole, construire un lieu d’accueil pour les femmes battues, entretenir le réseau de distribution d’électricité et même réduire la vitesse limite à 80 km/h sur certaines portions de routes, cela peut parfois être littéralement « vital ».
Mais mettre des dizaines de millions pour se donner l’illusion que Gien, Montargis et Orléans sont plus proches que dans la réalité, franchement, je n’en ferais pas ma priorité.


Pour en revenir à la session plénière du conseil départemental, elle s’est poursuivie mercredi après-midi et hier jeudi par l’étude de divers rapports dont les plus polémiques portaient sur les collèges (j’y reviendrai) ou sur l’agriculture (non sans animation).

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#ilestencoretemps mais le conseil départemental fait l’autruche face aux enjeux climatiques

Le Conseil départemental entamait ce mercredi sa session d’automne, par une journée chaude et ensoleillée en dépit de la date plus tardive que les années passées. La session débuta par un tour d’horizon et la présentation de l’ordre du jour par le Président Gaudet, très remonté par la confrontation entre les collectivités territoriales et l’État. Il annonça notamment le nouveau « plan jeunesse », les ajustements budgétaires ou l’achat du Canal d’Orléans, sujets qui seront débattus par la suite.

Plus original, Marc Gaudet se référa à l’actualité des derniers jours – sans doute pensait-il aux inondations – et nous expliqua que « la problématique environnementale est d’importance ». Reprenant la définition du rapport Bruntland, il rappela que le développement durable consiste à assurer les besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à assurer leurs propres besoins. C’est justement la formulation qui a ma préférence quand j’aborde ce sujet. A ceci près que, en matière de climat ou de biodiversité, ce ne sont pas des générations à venir dont il faut se préoccuper désormais, mais de nous-mêmes. Les mesures à prendre sont urgentes et radicales tout en étant parfaitement possibles en modifiant seulement nos plus mauvaises habitudes de vie.
Malheureusement, Marc Gaudet ne voit pas les choses ainsi et ses propres contradictions deviennent vite insurmontables. Le développement durable, même après l’avoir si bien défini, il le voit comme la poursuite de toutes nos erreurs dans l’aménagement du territoire et dans nos modes de déplacement … avec quelques petits ajustements à la marge. Ainsi, il se vanta des prétendus 8 millions d’euros qui, dans le budget de la funeste déviation de Jargeau, seraient affectés à des mesures « environnementales ». Comme si, lorsque l’on dépense 80 millions pour encourager la production de gaz à effet de serre et l’aggravation du réchauffement climatique, il suffisait de réserver un dixième de cette somme à des mesures compensatoires plus ou moins raisonnables pour s’exonérer de toute responsabilité.

Et les responsabilités de mes collègues élus départementaux sont écrasantes. Développer les déplacements et le transport routiers aujourd’hui, ce n’est pas seulement jeter l’argent par les fenêtres, c’est s’employer à faire de la terre une planète invivable pour les humains. Et pourtant, je reste convaincu que toute l’assemblée départementale a bien conscience que le réchauffement climatique nous conduit à des drames et tous veulent sincèrement agir dans l’intérêt de la population.

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Le détail d’un budget vraiment pas « durable »

Il y a quelques jours, je résumais ici le vote du budget survenu lors de la session plénière du Département. Comme à mon habitude, il me faut maintenant reprendre en détail les débats auxquels j’ai participé au cours des séances des 29 et 30 mars. L’examen de chaque thématique du budget, son vote et enfin une série de décisions de moindre « envergure » ont en effet occupé ces deux journées.

Pour le budget, il est clair que la question des dépenses routières aura été la plus clivante. Sur ce point, malheureusement, je demeure isolé face aux rêves d’expansion infinie des infrastructures qui motivent plus mes collègues que la lutte contre la pauvreté.

Pour le fonctionnement des collèges comme pour la plupart des politiques sociales du Département, la « vision comptable » qui continue de prévaloir empêche de mesurer clairement les besoins et d’y répondre de façon pertinente. Ainsi, ouvrir de nouveaux établissements d’accueil d’enfants handicapés reste un mirage tandis que certains parents galèrent toujours et doivent parfois chercher la solution jusqu’en Belgique.
Le plan départemental de cohésion sociale, comme bien d’autres textes de programmation des politiques publiques locales, semble voué à s’écraser contre le mur comptable. Il faut dire que les mesures gouvernementales de (non)financement des départements ne facilitent pas les choses, même dans un département ayant de fortes ressources comme c’est le cas du Loiret.

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