Quand le bâtiment va tout va (??)

Avant de poursuivre mon compte-rendu de la session récente du conseil départemental, petit retour en arrière sur un épisode qui en annonçait la teneur, écologiste en puissance mais pas vraiment en acte.
Voici une image étonnante de ce que à quoi l’on pouvait assister quelques semaines plus tôt Chécy (photo Dominique Chauveau) : un écolo se lance dans la construction devant un président du Département hilare.
Avais-je retourné ma veste ?
Rassurez-vous, c’est plus simple que cela.
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La Pravda du Loiret

Ou comment truquer l’information départementale pour soutenir un projet aberrant.


Depuis quelques semaines déjà, le numéro 17 de la revue Loiret magazine a été distribué à l’ensemble des Loirétains et il est disponible en ligne ainsi que dans de nombreux lieux publics. Ce magazine gratuit émane du Conseil départemental dont il est « l’organe officiel » comme on le dirait d’une publication du parti communiste. En effet, la revue est financé par le budget départemental et réalisée par le service communication avec des journalistes payés par l’institution. Le contenu n’est donc pas destiné à nuire à l’orientation politique de la majorité départementale.

Dans ces conditions, il est bien « naturel » que l’équipe du magazine mette en valeur la politique écologique du Département, si durement contesté sur ce sujet par différentes associations locales. C’est dans cette perspective que le numéro 17 a été construit autour de la présentation du projet de déviation routière pour un nouveau franchissement de Loire entre Mardié et Darvoy. La une, l’édito et un dossier de 8 pages ont été conçus pour enfoncer le clou : bétonner en zone Natura 2000 c’est « en harmonie avec la nature ». Le Président le dit d’ailleurs clairement dans son édito, créer une route sur 100 hectares de terres agricoles et naturelles, même si cela encourage les modes de vies les plus inadaptés aux enjeux écologiques, il n’y a qu’à dire qu’il s’agit de « répondre à une nécessité de sécurisation et de fluidité des déplacements pour développer un territoire » et que cela « ne s’oppose en rien au souci de préserver notre environnement. ».

Seulement, par delà ces assertions bien péremptoires et selon moi erronées, Loiret magazine utilise plusieurs procédés frauduleux qui paraissent particulièrement scandaleux dans une publication officielle.

Photomontages


Comme au plus beaux jours de l’Union soviétique, la photo de une du magazine est construite par une habile manipulation de l’image. On pourrait négliger le collage d’une image de héron qui provient directement d’un catalogue déconnecté de la réalité, à tel point que je serai étonné que l’on en connaisse un jour l’origine exacte, divers naturalistes m’ayant affirmé que l’espèce qui figure sur le montage serait le grand héron bleu d’Amérique, inconnu des rivages de la Loire.
Mais bon, c’est un montage et les hérons se ressemblent. Cela fait partie de la fabrication d’une image agréable à regarder.
En revanche, la représentation du pont sur cette image est tout simplement mensongère et truquée. C’en est même affligeant de croire que l’on peut duper les Loirétains en leur montrant un pont transparent et inutilisé qui disparaît comme par magie dans une forêt intacte.
On vous montre ceci :

Si on avez voulu vous donner une vision honnête du projet, vous auriez dû voir quelque chose comme cela (notez que je ne suis pas très bon avec photoshop):

Mes collègues élus départementaux savent se montrer intransigeants à chaque parution de la lettre du Castor, laquelle n’hésite par à caricaturer les défauts du projet de pont et ses promoteurs. Mais du moins ces caricatures sont-elles revendiquées comme telles et leur portée à la hauteur des faibles moyens financiers (privés) et du bénévolat des rédacteurs.
Je n’ose imaginer ce que ces censeurs impitoyables ont pu penser d’une revue officielle de l’institution départementale qui trafique aussi profondément la réalité par des photos truquées.

Publireportage


Mais comme la tromperie par l’image ne suffit pas, Loiret magazine comporte également une tromperie scientifique. En effet, l’un des articles les plus engagés du dossier, manifestement rédigé par une personne impliquée dans la politique départementale, est attribuée à une « écologue », dont nous ne connaîtrons jamais le nom mais qui est présentée comme une « scientifique spécialisée dans l’écologie ». Je ne sais pas si une telle personne existe vraiment mais chaque ligne de la page d’interview qui lui est attribuée dénote une profonde connaissance … non pas de l’écologie mais des débats de l’assemblée départementale. C’est clair, il y a mensonge sur l’auteure des propos publiés. Et du coup, on comprend mieux pourquoi c’est la première fois qu’une interview est publiée dans Loiret magazine sans que l’on ne nous fournisse le nom de la personne interrogée.

Faire des économies sur le dos des plus faibles, mode d’emploi (session budgétaire épisode 4 et fin)

Pour terminer mon compte-rendu de la session récente du conseil départemental, je vais tenter de vous donner une idée des différents rapports à propos desquels je suis intervenu et qui ont justifié que je m’oppose finalement au budget 2019 proposé par la majorité.

Je le rappelle, ce projet de budget était très loin de préparer la transition qui s’impose à notre société pour un 21ème siècle qui s’annonce comme celui du dérèglement climatique et de la perte de biodiversité. Un tournant si considérable pour les êtres vivants de notre planète que certains chercheurs estiment que la Terre est entrée dans une nouvelle ère que l’on peut baptiser l’anthropocène en raison du poids décisif exercé par les actions humaines.

A côté de cela, les décisions prises dans le Loiret peuvent paraître dérisoires. Pourtant, le mouvement des villes en transition est lancé partout dans le monde. Les collectivités locales ou régionales n’attendent pas tout des grands accords internationaux comme celui de Paris en 2015. La Région Centre Val de Loire, par exemple, va organiser sa propre conférence des parties sur le climat (COP régionale). Bref, rien de ce que décide le conseil départemental n’est anodin car chaque échelon dispose de ses propres leviers. La « bonne gestion » ne suffit pas, il faut aussi prendre les bonnes orientations pour préparer une société durable.

Principal responsable des politiques sociales, le Département reste très ambigu dans ses choix. L’exemple des jeunes présumés mineurs et pourtant rejetés à la rue depuis décembre est assez symbolique des priorités de la majorité de l’assemblée départementale. La solidarité envers les plus démunis leur apparaît comme une charge qui pèse sur le budget et qu’il convient d’optimiser. Cela revient à dire qu’on fera le tri entre ceux qui vont mal et qu’on marchandera l’aide à leur apporter. Les quelques fraudeurs qui s’installent parfois dans une position d’assistés permettent ainsi de justifier l’abandon de larges pans de la population. On ne dit pas ouvertement « débrouillez-vous tout seuls » mais, pour beaucoup de gens, c’est le résultat tangible des politiques décidées dans le Loiret. C’est ainsi que je le ressens dès que je tente d’aider personnellement telle ou telle famille en difficulté (sans user de passe-droit). C’est encore plus tangible pour les associations qui oeuvrent auprès de ces personnes au quotidien. Et il aura fallu une forte mobilisation de ces organisations, partenaires traditionnels du Département, pour que soit reportée une décision qui mettait en péril le bien être des personnes âgées en perte d’autonomie, au nom de la rationalisation et de l’optimisation.

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Laisser les enfants à la rue, mode d’emploi (session budgétaire épisode 3)

Un des sujets importants traités pendant la session du conseil départemental de la semaine dernière, ce fut « gestion » des jeunes étrangers non accompagnés considérés (ou pas) comme mineurs et relevant de la protection de l’enfance. Ce sujet fut abordé dans une séance à huis clos, la commission générale. Cela ne m’interdit pas de vous exposer les arguments que j’ai présentés à mes collègues à cette occasion.

C’est un thème récurrent depuis quelques années. L’immigration étant brutalement repoussée aux portes de l’Europe, des filières clandestines, parfois purement mafieuses, se sont mises en place au détriment des malheureux réduits à fuir leur pays. Ceux qui deviennent « migrants » ne le font jamais pour le plaisir mais poussés par la guerre ou par la misère provoquée par le dérèglement climatique ou simplement entretenue par le néocolonialisme et des dictatures sanglantes armées notamment par la France. Face au « mur » que leur opposent les pays plus développés, ces populations sont livrées à des trafics infâmes. Ainsi, depuis une dizaine d’années, ce sont beaucoup de jeunes de moins de 18 ans qui s’introduisent dans notre pays (parce que les frontières étanches, ça n’existe pas). Ils tentent de bénéficier d’une clémence qui est refusée à leurs aînés adultes : la prééminence des lois de protection des enfants sur les lois de répression de l’immigration.

En France, c’est aux collectivités départementales qu’il incombe d’assurer cette protection de l’enfance. Or, face à l’arrivée de centaines de jeunes étrangers, les services compétents sont soumis à rude épreuve. Ce n’est pas seulement le nombre qui est en cause, parce que des enfants français sous protection du Département, il y en a beaucoup plus. C’est surtout que ceux qui sont migrants ont un profil bien différent et que prendre soin d’eux réclame des mesures moins bien acceptées par les « comptables » qui sont aux commandes du conseil départemental. Le mot n’est pas de moi, c’est le vice-président en charge de cette question, il y a dix ans, qui me l’avait dit : « vous êtes un idéaliste alors qu’il faut une vision comptable du problème ». S’agissant de la vie de gamins qui ne rêvent que de s’intégrer et de rendre à notre pays ce que nous pouvons leur offrir, j’avoue que je préfère être « idéaliste » que « comptable ».

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Liberté de la presse, mode d’emploi (session budgétaire épisode 2)

En poursuivant ce compte rendu de la session du conseil départemental de la semaine dernière, permettez-moi de sauter les étapes et de vous parler un peu de la polémique qui enfle autour du projet le plus contestable du Département. Un rapport du BRGM, commandé par le conseil départemental à propos du futur pont de Mardié, fait état de risques particulièrement inquiétants compte tenu du sous-sol karstique dans le lit de la Loire.
L’association Mardiéval l’a dévoilé publiquement et son président, Jean-Marie Salomon, n’a pas mâché ses mots à ce sujet lors d’un passage sur France bleu.

Réécouter ci-dessus ou télécharger l’extrait du journal de 7h du 1er février

Réécouter ci-dessus ou télécharger l’extrait du journal de 8h du 1er février

Cette interview, à sens unique mais somme toute assez raisonnable, a fait bouillir le président Marc Gaudet. Il faut dire qu’il est plutôt habitué, a contrario, à une communication où sa propre vision des choses est la seule retenue par les médias. Pour une fois qu’une possibilité de s’exprimer sans modération bénéficiait à leurs opposants, Marc Gaudet et ses collègues ont vu rouge et se sont autorisés à dézinguer publiquement le journaliste qui avait eu le malheur de donner du crédit à la thèse de Mardiéval.

Pour Marc Gaudet comme pour la plupart des élus départementaux, en effet, tout affront se lave en public et sans égard pour la personne visée. D’où la mise en scène de la consternation et la dénonciation du malheureux journaliste de France bleu. Seul point positif, cette noire colère contre un organe de presse amena le président départemental à reconnaître que ses précédentes fureurs contre l’association Mardiéval étaient finalement plus théâtrales que sincères. « Ils sont dans leur rôle lorsqu’ils me caricaturent », admit Marc Gaudet. Sous-entendu, c’est de la part d’un journaliste que « c’est inacceptable ».
Et là, mes collègues élus perdirent un peu la mesure de leurs propres responsabilités et profitèrent de la tribune que leur offre leur mandat électoral pour se défouler contre le malheureux rédacteur de la radio de service public. C’est presque sous les huées que je m’efforçai, seul, de défendre la liberté de la presse envers et contre tout. Je rappelai combien la réception des médias est brouillée lorsque l’on est soi-même partisan. J’en veux pour preuve un autre matin de session où j’étais arrivé furieux contre un article de journal avant de constater qu’Eric Doligé, président de l’époque, était tout aussi furieux de ce même article … mais pour des raisons totalement inverses. Je demandais donc à chacun de relativiser l’injustice dont ils se sentaient victime.
Le comble, c’est que, le lendemain, un autre journaliste s’attacha ne citer justement que mon nom parmi ceux qui avaient, selon lui, « dénoncé » son confrère (ci-contre). Comme quoi, on est toujours « trahi » par la presse … mais, je le maintiens, heureusement qu’elle est là.

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