3
mars
2010

Pont sur la Loire : concertation ou propagande ?

Gros débat à Meung-sur-Loire, lundi dernier, à propos de la déviation qui constitue le troisième franchissement de Loire en projet dans notre département. Une réunion de concertation qui est tout à l’honneur du Conseil général car elle a été menée avec un respect manifeste du dialogue, même s’il faut bien avouer que ce type de réunion découle avant tout d’une obligation légale et que l’exposé du projet était assez loin de la neutralité.

Mettons ce panégyrique de la déviation sur le compte de la profonde conviction de bien faire qui anime les partisans des nouvelles routes structurantes. Mais on peut regretter que, de leur côté, ils ne sachent pas reconnaître la sincérité des citoyens qui s’y opposent. Ah, oui, lorsque la rencontre a lieu à Jargeau, on se flatte d’une salle majoritairement acquise au bitume mais si, comme à Meung lundi, la plus grande partie de la salle démonte patiemment l’argumentaire du Conseil général, l’exécutif a vite fait d’y voir une manipulation d’associations dont il nie la légitimité. Pourtant, la concertation, ce n’est pas seulement un exposé magistral des élus suivi des compliments d’un public plein de gratitude et dont l’utilité se résumerait à signaler les petites modifications permettant d’ajuster le projet au territoire réel.

Mais revenons au débat de fond.

Les arguments des bétonneurs sont toujours les mêmes. Les traversées de Meung-sur-Loire ou de Cléry Saint-André sont encombrées, il y a beaucoup de camions dans des petites rues et on perd beaucoup de temps dans les embouteillages. La nouvelle route serait plus écologique, le pont ferait joli dans le paysage et le remembrement faciliterait le travail des agriculteurs. Il n’est certainement pas question de faire une fleur aux industriels de la logistique installés à Meung, d’ailleurs cet itinéraire n’attirera probablement pas plus de trafic car personne ne souhaite aller ainsi de Meung à La Ferté en passant par Jouy-le-Potier. Cléry Saint-André demeurera le pauvre village déshérité qu’il est aujourd’hui, aucune activité d’envergure n’étant appelée à s’installer à proximité du nouvel axe routier. Si, si, je vous assure, tout cela a été dit, sans doute avec plus de sérieux.

Malheureusement, la salle ne semblait pas convaincue et plusieurs intervenants ont abordés les sujets qui fâchent : coût du pont, appel d’air pour les camions alors que le trafic routier actuel est très très modeste pour une départementale, aucune réponse au véritable engorgement des traversées est-ouest de Meung ou Cléry (le double que dans le sens nord-sud), impacts sur le foncier agricole et sur l’environnement. Le tract des associations B.A.U.L.E. et Mauves vivantes est très clair à ce sujet.

De mon côté, j’ai rectifié les informations relatives aux instances européennes en rappelant l’avis clairement négatif du Parlement européen (nos élus) même s’il n’est pas suivi par la Commission européenne (les fonctionnaires qui proposent les directives et en contrôlent l’application). J’ai souligné que, construire toujours plus de routes, c’est un projet de société sans issue tandis que le coût de l’énergie en augmentation devrait nous amener à privilégier des alternatives en matière de déplacements. Je n’ai pas eu de réponse des maires de Meung et Cléry à qui je demandais si, au cas où ils disposeraient des 43 millions d’investissements prévus pour ce pont, ils n’auraient pas d’autres priorités pour leurs villes (cette somme, probablement sous-estimée, équivaut aux investissements des deux communes pendant deux ou trois ans). J’ai souligné l’augmentation prévisible du trafic avec une nouvelle voie (cela venait d’être nié au moment même où l’on projetait une estimation future annonçant 30% en plus avec deux ponts par rapport à un seul).

Conclusion : la majorité du Conseil général poursuit la fuite en avant pour aménager un département logistico-routier mais les citoyens ne se laissent plus embobiner et affichent d’autres priorités. Rendez-vous lundi 8 mars à 18h à la salle Loire de Cléry Saint-André pour le deuxième round de cette concertation préalable.



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