La campagne électorale invitée de la session (sauf pour moi)

Avant même le début de la session plénière du Conseil général, ce matin, nous étions interpellés par le Réseau éducation sans frontière qui organisait un rassemblement citoyen devant l’Hôtel du Département. Descendu à leur rencontre avec certains de mes collègues de gauche (Estelle Touzin Micheline Prahecq et Michel Ricoud), je rencontrai trois jeunes mineurs étrangers isolés (sans parents) et de ce fait placés sous la responsabilité du Conseil général. Ils représentaient la trentaine d’enfants dans cette situation qui sont pris en charge dans des conditions assez précaires puisque logés sans encadrement adulte dans des hôtels d’Orléans. Ils me confièrent la pétition qu’ils avaient préparée pour les élus départementaux et que des militants de RESF affichaient sur les murs de l’Hôtel du Département. Jusque-là, nous étions dans le coeur de métier du Conseil général.

Remonté dans l’hémicycle, je découvris une autre sorte d’orphelin. Eric Doligé, un peu amer d’avoir perdu son cher Sarkozy, fit une entrée en matière très politique. Avant son traditionnel tour d’horizon des rapports à étudier pendant cette session, notre Président s’inquiéta d’un avenir qu’il ne voit pas tout rose pour le Département, sous-entendant que la nouvelle majorité présidentielle ne sera pas à la hauteur des besoins de la population. Un discours étonnamment déconnecté de l’ordre du jour et ponctué d’allusions appuyées aux élections législatives qui se profilent (NB : dimanche, je voterai pour Valérie Corre). La réplique sera également très politique de la part des élus socialistes et communistes, voire pour quelques élus de droite. Même Clément Oziel, ordinairement exaspéré par tout ce qui n’est pas purement départemental, trouve le moyen de glisser le nom du candidat UMP de sa circonscription (j’espère que Jean-Philippe Grand le battra). C’est lui aussi qui se plaignit de ce que Michel Ricoud soit intervenu dans le canton de Cléry sans en avertir le conseiller général du coin (en l’occurrence Clément Oziel lui-même). Franck Demaumont en profita pour rétorquer que lui aimerait être prévenu quand le Président du Conseil général organise une réunion concernant le canton de Châlette.

Le sommet, en matière de campagne législative dans l’hémicycle, fut atteint avec la superbe intervention de Claude Bourdin, tout à la gloire de Jean-Philippe Grand et des écologistes. Merci Claude. Tu en as déconcerté plus d’un à droite qui croyaient pouvoir miser sur la division de notre côté.

Quand vint mon tour de parler, je glissai une petite digression sur les sujets préalablement évoqués avant de porter la parole des jeunes laissés à l’abandon. Il faut dire que la presse locale bruisse de rumeurs sur le « départ » d’Eric Doligé et que celui-ci avait ironisé sur les problèmes de cumul parmi les sénateurs socialistes. D’où mon intervention.

Compte tenu de la présence dans l’assistance de membres de RESF et des jeunes étrangers eux-mêmes, Eric Doligé s’en tint à une réponse assez sobre. Il oublia les théories de l’appel d’air et autres allusions douteuses aux tricheries des enfants en détresse qu’il avait invoquées en mars dernier. Son seul argument porta sur le coût pour le Département que représente l’accomplissement de ses compétences sociales et la difficulté à répondre à l’arrivée de nombreux enfants dont il faut bien s’occuper. Le problème, comme le souligna fort bien Michel Brard par la suite, c’est que pour tant d’autres situations, le Président du Conseil général nous avait plutôt habitué aux fanfaronnades qu’à l’impuissance assumée. Capable, par le passé, de clamer que l’action sociale est notre mission principale et que, si elle devient plus difficile, il suffit de prendre les problèmes à bras le corps, Eric Doligé dut pourtant admettre son échec à surmonter l’incurie de l’Etat dans la gestion des jeunes à secourir. Face à cet Etat défaillant, faute de solution nationale au problème, on n’entendit plus de « on y pourvoira » ou de « heureusement que le Conseil général du Loiret est là ». Ces discours ne fonctionnent plus, désormais, que pour les autoroutes ou les TGV. Pourtant, la solidarité avec les personnes en difficulté, les personnes handicapées, les personnes âgées, les familles et les enfants, c’est justement là où la collectivité départementale doit assumer son rôle.

Finalement, ma collègue Estelle Touzin, qui bouillait que l’on put se résigner à laisser des enfants sans assistance, intervint une dernière fois dans cette séance introductive.

Rendez-vous demain vendredi pour une journée plus calme consacrée à de nombreux rapports d’information et quelques décisions budgétaires ou de réajustements dus aux restrictions budgétaires.

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