Minable, vous avez dit « minable » ? comme c’est peu équitable : session budgétaire, acte final

La semaine de la session plénière, pour un conseiller général, c’est aussi un peu une semaine gastronomique, il faut bien l’avouer. Néanmoins, je ne crois pas avoir brutalement pris de l’embonpoint au point que le Président du Conseil général me confonde avec Gérard Depardieu et, à l’instar de Jean-Marc Ayrault envers le comédien exilé, en vienne à reprocher un « côté minable » à mes arguments politiques.

Mais qu’est-ce qui a pu énerver ainsi Eric Doligé ? Vous en jugerez par vous même avec cet ultime compte-rendu dont l’issue ne présente aucun suspens : le budget départemental pour 2013 est franchement un budget de droite et il a été adopté sans sourciller par les 27 conseillers généraux de la majorité contre les 14 écologistes, socialistes, communistes et républicains. A se demander à quoi bon nous élire un par un dans des cantons si les votes sont aussi prévisibles que dans les assemblées élues à la proportionnelle.

Rapport C5 Un engagement financier assumé et des mesures concrètes pour un soutien constant aux personnes âgées
Adopté avec 14 contre (toute la gauche)

Micheline Prahecq déplora que le faible taux horaire qu’impose le Département mette en difficulté des associations d’aide à domicile. Elle dénonça également l’insistance qui est employée pour contrôler les bénéficiaires des aides sociales, avec rétroactivité, comme si nous n’étions confrontés qu’à des fraudeurs alors que, bien souvent les personnes concernées n’arrivent pas elle-même à savoir pourquoi elle perçoivent telle ou telle somme.

Jean-Noël Cardoux défendit la nouvelle politique de vérification des sommes versées désignée sous le terme de « contrôle social solidaire ». Il n’hésita pas à expliquer que si certaines associations d’aide aux personnes âgées sont en difficulté c’est parce que leurs directeurs sont trop bien payés, qu’on y recrute des amis ou que l’on dépense beaucoup pour faire fonctionner le siège parisien de l’association.

Mon intervention sur ce sujet n’utilisait pas de telles insinuations puisque je voulus seulement faire un parallèle avec tous les autres domaines d’intervention du Département où le « contrôle » n’est pas aussi fortement défendu par la droite. L’indignation que je provoquai se traduisit par de multiples interruptions avec lesquelles il me fallut composer.

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En effet, il est parfois difficile d’entendre certaines choses. Ceux qui s’arrogent le droit de tomber à bras raccourcis sur les mauvais gestionnaires d’associations ne peuvent tolérer qu’on leur renvoie l’image des mauvais gestionnaires d’entreprises. C’est un peu comme si tout entrepreneur, par nature, n’était qu’un philanthrope désireux de faire le bonheur de ceux qu’il emploie. Ce n’est pourtant pas le point de vue sincère d’Eric Doligé qui tint à me citer les contrôles que l’ADEL exerce sur les entreprises ayant reçu de l’argent public. Mais le même Eric Doligé se refuse toujours à encaisser les cent mille euros que l’entreprise Cantalou doit au Conseil général.

De même, il est difficile de s’entendre dire que ce « contrôle social solidaire » apparaît comme une suspicion à l’encontre des personnes âgées quand bien même, à chaque doute émis envers les acteurs économiques, le leitmotiv de la majorité est de reprocher à la gauche de « faire fuir » les entreprises du Loiret.

Le mot de la fin revint au Président Doligé qui m’accusa d’être caricatural … juste avant de conclure en parlant de « ceux qui regardent les petits oiseaux » et de « ceux qui sont près des réalités ».

Rapport C6 Une politique volontariste en faveur de l’enfance et de la famille dans un cadre règlementaire et financier défavorable et incertain

Adopté avec 3 contre (écologistes et Michel Ricoud)

Rapport C7 Le département acteur majeur pour l’autonomie des personnes handicapées

Adopté avec 11 contre (écologistes et la plupart des communistes et socialistes)

Rapport C8 L’emploi : le Département s’engage dans la lutte pour l’insertion et contre les
exclusions

Adopté avec 9 contre (écologistes, communistes et quelques socialistes) et 4 abstentions (autres socialistes)

Ces trois derniers rapports sur les politiques sociales, quand il n’étaient pas marqués, comme le précédent, par la mise en place du fameux « contrôle social solidaire », annoncaient des budgets qui ne permettent pas de remplir complétement les objectifs qui, à mon avis, devraient être ceux d’un département solidaire.

Ils furent suivi d’une longue liste de textes adoptés à l’unanimité parmi lesquels celui consacré au Service départemental d’incendie et de secours, dont je fus le rapporteur. Cette tâche consistant à résumer des choix budgétaires plutôt consensuels, je suppose que vous ne perdrez pas de temps à en entendre l’enregistrement mais pour qu’il soit bien sûr que je pratique la plus grande transparence quant à mes interventions publiques, en voici le contenu.

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Rapport D15 Convention de partenariat entre les Conseils Généraux d’Eure-et-Loir, du Loir-et-Cher et du Loiret

Adopté avec 13 abstentions (écologistes, socialistes et communistes)

Ce dossier, arrivé tardivement, visait à valider un rapprochement entre trois collectivités départementales voisines, rapprochement dont seuls les mauvais esprits peuvent soupçonner qu’il est de nature partisane avant tout. Comme nous le dit notre Président, c’est pure coïncidence si, parmi toutes les pistes possibles, c’est précisément avec deux autres départements de la Région Centre dirigés par la droite que nous envisageons de travailler aujourd’hui. Et ce n’est certainement pas une alliance pour contrecarrer l’action d’un Conseil régional de gauche. Ainsi, il ne faut pas voir de « caricature » ni que quiconque se sente visé lorsque l’on démarre avec cette pétition de principe : « l’avenir de nos territoires se bâtit sur la confiance et non par la contrainte, sur l’intelligence territoriale et non le dogmatisme ».

David Thiberge s’étonna que l’on soumette au vote une convention de partenariat dont la presse a déjà annoncé la signature. Il évoqua aussi une précédente expérience avortée avec des départements voisins de la frange francilienne et se demanda s’il y avait bien une stratégie cohérente dans les tentatives de nouer des liens entre collectivités.

Eric Doligé eut recours à sa réponse favorite face à nos critiques : « vos amis politiques font la même chose dans les départements qu’ils dirigent ». Il nous informa en effet que le Cher, la Nièvre et deux de leurs voisins venaient également de signer une convention d’une nature que nous supposerons similaire.

De mon côté, je relevai pourtant que la convention qui nous était proposée avait une forte connotation « infrastructures ». Je tentai de l’exprimer dans une intervention quelque peu improvisée :

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Rapport D14 Projet de budget primitif 2013

Adopté avec 14 contre (toute la gauche)

Bon, je ne vous ai rien caché du vote qui intervint à une heure où beaucoup n’attendaient plus qu’une chose, c’est que la séance s’achève au plus vite.

David Thiberge, Michel Ricoud et moi-même exposâmes successivement nos arguments, suscitant pour ma part de nouvelles réactions indignées, faute d’être écouté avec un brin de bonne foi.

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Malgré toutes mes précautions oratoires, Eric Doligé se sentit accusé personnellement de n’avoir qu’une vision comptable des problème sociaux et, par conséquent, d’en négliger les aspects humains (ce que je n’avais certainement pas l’intention de lui reprocher). Il se défendit néanmoins de cette accusation et c’est alors qu’il utilisa la comparaison avec Jean-Marc Ayrault pour qualifier plus ou moins directement mes propos de « minables ». Il prit d’ailleurs de telles précautions oratoires que je ne saurai lui faire grief de cet adjectif.

Mais qu’il soit bien clair que, quand bien même je ne le soupçonne pas du tout de négliger les aspects humains de l’action sociale du Département, je suis un témoin bien placé pour noter ceci : l’action sociale est très souvent associée à son coût élevé et montrée du doigt dans les propos et les écrits de l’exécutif départemental. Je ne sais combien de fois, par exemple, dans les quatre jours de cette session, Eric Doligé a pu répéter que le social représente les deux tiers des dépenses de fonctionnement du Loiret. Vous comprenez donc désormais que ce n’est que par ironie que j’ai moi-même repris ce chiffre. Quand au Président de la commission des affaires sociales, Jean-Noël Cardoux, j’ai encore en mémoire une conversation téléphonique à propos d’enfance en danger, conversation au cours de laquelle il me dit textuellement que j’étais « un idéaliste » et que lui avait une « vision comptable » de la question.

Enfin, rassurez-vous, tout ceci ne m’a pas empêché de manger à la table du Président peu après la clôture de la session. C’est le privilège d’une assemblée de notables institutionnalisée depuis deux siècles : tout finit autour d’un bon repas bien arrosé. 😉

Mais ne croyez pas pour autant que nous soyons coupés de nos concitoyens dans la misère. Au vote contrasté du budget avait succédé l’adoption unanime du voeu en faveur du programme européen d’aide aux plus démunis. Ce voeu, je l’évoquais dans un billet écrit ici la semaine passée. Il ne s’agit que d’une délibération de principe mais c’est déjà ça. Cela prouve que l’on peut encore surmonter de lourdes divergences politiques lorsqu’il s’agit d’affaires humaines bien concrètes.

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