Appel au meurtre : Eric Doligé ne dément pas ses outrances

Je ne l’avais pas encore évoqué ici mais vous le savez sans doute déjà, le Président du Conseil général a fait parler de lui cette semaine dans les médias nationaux et pas en bien. S’exprimant devant les caméras de la chaîne parlementaire, au cours des journées parlementaires de l’UMP, notre sénateur-président a fait part de son « instinct meurtrier », lequel le pousserait volontiers à choisir comme cible « Hollande et sa bande ».


Dans un premier temps, nous étions en droit d’espérer qu’il s’agissait d’une tentative de faire de l’humour devant ses comparses (Jean-Claude Gaudin s’empressa d’ailleurs de lui proposer une kalachnikov). Mais en fait, cela exprime à la fois une banalisation de la violence et un véritable mépris envers les institutions. Ce n’est plus de l’humour mais l’affichage d’une haine recuite face à la dure réalité démocratique. Comme si tout autre qu’un UMP était forcément indigne de gouverner. Le vernis s’écaille et l’on s’aperçoit que ceux qui paraissaient républicains ne sont finalement que des autocrates en puissance. C’est assez dramatique que cet exemple viennent précisément d’élus voire de multi-élus qui cumulent depuis des lustres jusqu’au mandat de trop, ainsi que le suggère Valérie Corre.

Même le citoyen le plus remonté ne se montre pas aussi odieux qu’Eric Doligé. Prenons l’exemple d’une de ses bêtes noires : le Castor énervé, un mammifère ligérien protégé qui ne mâche pas ses mots. Le castor énervé est coutumier des réquisitoires sévères contre les projets routiers du Conseil général et le tout est présenté avec un humour ravageur. Toutefois, jamais ce petit animal aux dents acérées ne pousserait le bouchon aussi loin que de satisfaire des « instincts meurtriers » en visant « Doligé et sa bande ». De toutes façons, à part des troncs d’arbres, un castor n’a jamais abattu qui que ce soit.

Bref, si l’on peut parfois tolérer des blagues un peu glissantes de la part d’un castor énervé, comment admettre qu’un homme public expérimenté persiste et signe dans l’offense à la République et l’apologie d’instincts criminels. Cela provoqua évidemment l’indignation des observateurs de la vie publique.

C’est donc dans un contexte particulièrement délétère que s’ouvrait ce matin la session de septembre du Conseil général du Loiret. Après une rapide concertation, l’ensemble des conseillers de l’opposition socialiste, écologiste et communiste estimait nécessaire d’obtenir un minimum de regrets de la part d’Eric Doligé. Notre nouveau président de groupe socialiste et écologiste, Michel Brard l’exprima ainsi de façon solennelle :

« Monsieur le Président, je m’adresse à vous ce matin, au tout début de notre séance d’ouverture de la session, au nom de l’ensemble des conseillers généraux de gauche de notre assemblée. Je souhaite vous interroger car depuis hier, les médias vous prêtent des propos qui choquent, qui heurtent ; des propos de haine, de violence à l’encontre de celui que les français ont choisi comme Président de la République.
Il me semble important de souligner que, dans l’action politique, vous êtes un élu national de longue date, qui connaît bien et pratique la contradiction, l’échange et la confrontation. Bien sûr, il est légitime de ne partager ni les convictions ni les idées des autres. Mais il y a manière et manière d’exprimer ses convictions. Et je pense que si ces mots ont été véritablement prononcés, ils dépassent largement le cadre d’une expression respectueuse et républicaine.
La violence est un fléau, on ne sait jamais quand on tient des propos qui sont aussi extrêmes, ce que l’on peut provoquer ! Cette violence verbale qui est souvent l’expression d’une haine, peut donner véritablement des dérives à caractère populiste, dérives que tous les républicains doivent condamner. Beaucoup de démocrates de gauche comme de droite ont exprimé, au niveau national, leur désaccord.
Je le dis très simplement Monsieur le président, j’aimerais que ce matin, vous nous disiez que tous ces propos sont soit inexacts, soit qu’ils ont été prononcés dans un contexte particulier, et que vous les retirez ! »

Malheureusement, cette demande resta vaine. Eric Doligé concéda tout au plus que les termes qu’il avait employés pouvaient être « excessifs » mais il n’en exprima pas le moindre remords, estimant qu’ils traduisaient bien son sentiment face aux calamités que subissent aujourd’hui les Français par la faute du gouvernement. Peut-être que, comme son mentor François Fillon, Eric Doligé estime que la vie est plus douce sous la férule de Vladimir Poutine. Il ne perçoit pas le ridicule qu’il y a à dramatiser à ce point la situation de la France, sixième puissance mondiale malgré le doublement de ses dettes sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Alors que n’importe qui hésiterait à proposer, sans précaution oratoire, d’éliminer même « Bachar El-Assad et sa bande », notre sénateur UMP ne voit pas de problème à maintenir de tels propos envers le gouvernement élu par les Français et qui travaille à redresser le pays (ce n’est pas simple !).

Face à une telle arrogance et à la violence qu’elle promeut, l’ensemble des conseillers généraux d’opposition a donc décidé de se retirer de la séance d’ouverture de la session, refusant d’écouter un discours aigri où, une nouvelle fois, les attaques les plus virulentes contre le gouvernement dissimuleraient les impasses de la politique départementale. L’une de ces impasses réside d’ailleurs dans le mépris pour les attentes sociales de la population du Loiret et la journée de ce vendredi promet d’être agitée au sujet de l’action des éducateurs de rue que la majorité refuse de poursuivre à compter de 2014. Ceux-ci étaient très nombreux à manifester devant l’Hôtel du Département ce midi et nous sommes plusieurs élus à les avoir rejoints pour dénoncer le désengagement du Conseil général d’un domaine où il est pourtant indispensable qu’il intervienne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *