France 2017 : la démocratie se défait, l’écologie dans le trou

Nous voilà arrivés au terme du processus électoral national qui (re)distribue le pouvoir tous les 5 ans. Mis à part le fait que le pire a été évité – bien que le Front national se fasse de plus en plus menaçant – je ne vois pas vraiment de raison de me satisfaire du résultat. Entendons-nous bien, je n’exprime ici aucune hostilité de principe au projet d’Emmanuel Macron : il bénéficie de la légitimé électorale et elle est à la fois indiscutable mais très fragile. On ne peut nier le rajeunissement et le renouvellement de la classe politique malgré les quelques « dinosaures » qui ont survécu, comme à Montargis. Les choses ont donc déjà changé sur la forme. Reste à savoir ce que cela impliquera sur le fond. A mon avis, rien ne permet de penser qu’une « révolution » des idées soit « en marche ».

Un des enseignements que je tire de ce printemps électoral, à coup sûr, c’est que la démocratie représentative s’est plus que jamais détachée aspirations des citoyen.ne.s. Je connaissais déjà les faiblesses du système de délégation de pouvoir qui caractérise la Vème République et limite la participation de la population aux décisions. Mais cette année, nous avons touché le fond.
* Et d’une, l’élection présidentielle a presque totalement effacé les élections législatives.
Il n’y a qu’à voir le taux de participation que nous avons connu hier ! De fait, sans vouloir minimiser les qualités du nouveau député de ma circonscription, dans bien des cas, n’importe qui avec la photo d’Emmanuel Macron sur son bulletin de vote pouvait se voir propulser à l’Assemblée nationale. N’en faisons pas grief à celles et ceux qui en ont bénéficié. La faute en incombe à leurs prédécesseurs, notamment le gouvernement Jospin qui a scellé le piège en inversant le calendrier en 2002, après avoir enterré la promesse de passer à la proportionnelle. Finalement, il est communément admis que les élections législatives ne servent à rien si ce n’est à donner au Président de la République une majorité parlementaire plus ou moins large. Ce n’est évidemment pas ce que dit la lettre de notre Constitution mais c’est manifestement une conviction bien ancrée dans les esprits et cela se traduit par une inversion des priorités : le Président est désormais la clé de toute décision, le gouvernement vient juste après et le Parlement, in fine, regarde les trains (de réforme) passer.
* Et de deux, l’élection présidentielle a presque totalement occulté les débats politiques de fond.
Le mode de désignation du Président de la République combiné au mode de sélection des candidats des principaux partis, cela conduit nécessairement à mettre en avant la personnalité des postulant.e.s plutôt que leurs propositions. La télévision, encore dominante parmi les medias qui influencent le vote, a certes proposé de multiples débats. Mais la primauté de l’émotion sur le raisonnement rendait difficile l’exposé d’argumentaires sérieux. Par ailleurs, la faillite morale individuelle de François Fillon a suffi à ruiner la force collective du projet politique de la droite. Enfin, l’abondance des sondages, en plaçant initialement Marine Le Pen seule en tête, a renforcé le recours au « vote utile ». Bref, le « jeune » Macron, bienveillant et déterminé, l’a emporté sur toute la ligne, mais qui connaît vraiment son programme en dehors des militants politiques ou syndicaux ?

Une chose est certaine, alors que le bon sens populaire répète à l’envi que « le climat est détraqué », l’écologie politique a carrément disparu des écrans radar.

Europe Ecologie Les Verts a fini de sombrer dans des stratégies internes incompréhensibles. Penchés sur leur nombril, mes camarades de parti ont d’abord magnifié l’élection présidentielle qu’ils auraient dû critiquer, puis, une fois affichées des querelles de personnes qui aboutirent à la désignation de Yannick Jadot, celui-ci a brutalement déserté le combat au profit du candidat socialiste … avec le soutien d’une large majorité de ceux qui, la semaine d’avant, vouaient le PS aux gémonies.
Malheureusement, dans ce contexte de décrépitude du parti écolo, nous avons pu vérifier au plus haut point le slogan selon lequel : « on ne fait pas d’écologie sans écologistes ». En effet, une fois Benoît Hamon naufragé, il n’a pratiquement plus été question d’écologie dans le débat public. [N.B. : quant aux soi-disant « insoumis » qui revendiqueraient d’être les seuls vrais écolos, comme ils sont d’ailleurs le seul vrai « peuple populaire », il serait trop long d’exposer en quoi la pureté de leurs idéaux les entraîne aux antipodes de ma conception libertaire de l’écologie ou de ma conception humaniste de la gauche]

Bref, en l’absence d’écologistes visibles, le sujet est passé à la trappe. Les un.e.s et les autres ont bien pu glisser ici ou là une phrase éplorée sur le climat en danger et la vie qui disparaît de la planète. Mais ce n’était que pour passer plus vite aux choses « sérieuses » : la sécurité (autrement dit l’arbitraire policier au quotidien et les ventes d’armement au niveau international), l’économie (autrement dit la croissance des bénéfices et le pillage des ressources) et les inégalités territoriales (autrement dit : occupons nous des « territoires » à défaut de pouvoir faire quelque chose pour ceux qui y vivent : ainsi en va-t-il de l’attractivité des territoires, de la ruralité délaissée, des territoires à énergie positive et autres raisonnements « territoriaux » dont les humains et leur environnement vivant sont systématiquement exclus).
Cependant, les effets de la pollution sur la santé, la transition énergétique vers un scénario sobre, efficace et renouvelable, l’économie circulaire intense en emplois, les mobilités durables pour remplacer les bagnoles et les camions, bref, tout ce qui est au coeur d’un mode de vie sain, équitable et convivial, rien de tout cela n’a pas été proposé comme prioritaire.
Le résultat est à la hauteur de cette éclipse écolo : il n’y plus qu’un seul député écolo, le généreux et persévérant Eric Alauzet, réélu dans le Doubs (bravo Eric !). Il va avoir du boulot. Je sais que ça ne lui fait pas peur mais entre un parti écologiste qui ne le soutient même pas et les 576 autres député.e.s qui s’occupent d’autre chose, il va lui falloir du courage pour relayer à l’Assemblée les projets du ministre de la transition écologique et solidaire.

Et oui, je n’ai pas oublié ! Nous avons aussi gagné un ministre de l’écologie de haut niveau. Non seulement il est compétent et motivé comme le furent Dominique Voynet et d’autres avant elle. Mais il dispose d’une position renforcée et d’un crédit dans la population qui ouvrent des espérances. Nicolas Hulot sera à la hauteur, je n’en doute pas. Comme beaucoup de Françaises et de Français, j’attends de voir s’il aura suffisamment de marge de manoeuvre.

2 réflexions au sujet de « France 2017 : la démocratie se défait, l’écologie dans le trou »

  1. bravo pour ton analyse mais tu oublies que les maux de notre système électoral viennent du fait que nous avons raccourci le mandat du président à 5 ans et non plus 7 ans (on est en élection permanente). Pour l’écologie il y a eu sans doute trop d’ayatollah ce qui lui a fait perdre en crédibilité
    Soyons confiant

  2. Concernant l’écologie, on espère que les citoyens qui manifestaient de plus en plus de sensibilité à l’environnement n’auront pas jeté « le bébé avec l’eau du bain »…
    Les trois députés survivants de l’ancien régime ne sont sauvés que par quelques voix fragiles… Mais le « dégagisme » va-t-il faire des miracles en matière de démocratie participative ? L’expérience prouve que c’est plutôt un patient travail de fond qui permet d’aboutir à la réussite. Alors « la luta continua »…

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