Le département du Loiret volontaire pour défendre … l’institution départementale

Jeudi dernier, aux premiers jours d’un été déjà largement anticipé par la météo, le conseil départemental se réunissait en assemblée plénière pour sa session de juin, la première depuis que le pays entier a choisi de se mettre « en marche ». Les orientations du conseil départemental, très conservatrices sous des dehors d’innovation permanente, furent malheureusement conformes aux craintes que j’avais exprimées la veille dans un communiqué.

Le bouleversement politique apparu lors des récentes élections présidentielle et législatives occupa bien entendu une grande part du débat de politique générale qui constitue traditionnellement la première séance. Outre cette séance de jeudi matin, dont je me propose de rendre compte ici, je consacrerai un deuxième billet à la séance de l’après-midi (la plus chaude au dehors comme au dedans) puis conclurai par la séance du vendredi.

C’est donc par l’actualité nationale que le Président Hugues Saury ouvrit les débats, reconnaissant volontiers que « le paysage politique a changé ».

Pour Hugues Saury, donc, il n’y a point d’émerveillement face au nouveau paysage politique de la France. Il souligna qu’Emmanuel Macron « a le devoir de ne pas décevoir ». Par un calcul douteux, additionnant les abstentionnistes et les votes exprimés en faveur de partis extrémistes, le président départemental s’inquiéta du fait que « les deux tiers des Français rejettent le système politique » et notamment ce qui relève des « arrangements entre amis ». Inquiétude renforcée par sa conviction que les « affaires » n’ont pas disparu. Ce qui l’amena à s’en prendre au gouvernement d’Édouard Philippe d’une façon où je perçus un brin d’amertume face à l’émancipation de certaines personnalités par rapport au parti Les Républicains.

Revenant vers les préoccupations relatives aux collectivités territoriales, toujours sous forme d’inquiétudes plutôt que de critiques, Hugues Saury marqua sa désapprobation envers certaines des promesses du nouveau Président de la République. Il développa sa rengaine contre l’État qui décide de nouvelles mesures que les autres sont obligés de financer. A propos du projet d’exonération de la taxe d’habitation, il s’interrogea ouvertement : va-t-on vraiment compenser le manque à gagner pour les communes ?
Bref, Hugues Saury y voit une remise en cause de la libre administration des collectivités. D’où son inquiétude pour notre Département, une collectivité qu’il pare de toutes les vertus, en particulier dans le Loiret où les finances sont particulièrement bien maîtrisées.

Ainsi, notre président annonça les principales décisions à prendre pendant la session, à commencer par la modification du budget 2017. A ce sujet, il insista sur les dépenses nouvelles à prévoir pour répondre à l’augmentation de 150 % du nombre des mineurs non accompagnés qui sont de la responsabilité du conseil départemental. Un accroissement dont Hugues Saury rend responsable « la politique migratoire nationale » plutôt que les guerres ou les injustices qui déstabilisent tant de pays, parmi lesquels ceux qui se fournissent en armement auprès de la France. Sa conclusion, c’est que pour ce qui est du Loiret, la limite est dépassée et nous n’avons pas la capacité d’accueil.

Hugues Saury annonça ensuite d’autres sujets dont il sera question plus tard comme le schéma départemental de cohésion sociale, des dépenses de voiries ou en faveur des collèges ou encore le schéma départemental de développement touristique. Il mit enfin l’accent sur deux dispositifs nouveaux, l’un pour former les collégiens et ceux qui les encadrent en matière de premiers secours, l’autre consistant à développer un partenariat avec des agriculteurs pour faciliter l’action du Département en cas de difficultés sur les routes. Il est indéniable que ces deux « innovations » sont pertinentes et utiles. Je doute cependant qu’elles méritaient la mise en scène exceptionnelle à laquelle leur présentation donna lieu par la suite.

Pour conclure, notre président affirma sa conviction que, à travers les décisions à prendre durant la session, nous nous montrerions tous particulièrement « volontaires dans la défense de notre institution ». Conscient du mauvais esprit qui me caractérise, je gardai pour moi le fait que, si je suis particulièrement volontaire dans la défense de la qualité de vie de nos administrés, je ne crois pas vraiment que cela passe par une défense de l’institution départementale en elle-même. De là à dire que ce serait même plutôt l’inverse …

Il s’ensuivit un débat où les interventions alternèrent entre des échanges intenses quant à la vision politique du président, notamment à l’échelon national, et puis les désormais traditionnelles questions bien préparées au sein de la majorité pour pointer telle ou telle réussite, réelle ou supposée, dans l’administration du Loiret.

Il nous fut ainsi rappelé que, le festival de musique de Sully et du Loiret, c’est une bonne chose, réunir des principaux de collèges, c’est une bonne chose, les nouveaux contrats pour subventionner les communes et intercommunalités, c’est une bonne chose, le développement d’un réseau de communication Très haut débit, c’est une bonne chose. Qu’il me soit permis de ne rendre compte ici que des débats qui n’avaient pas été écrits par avance sous l’égide du cabinet du président.

Ainsi, Christophe Chaillou, le premier, revint sur l’analyse de la situation nationale. Il déclara, pour sa part, souhaiter que le Président de la République réussisse. Il affirma ressentir pour tous les élus locaux la nécessité de se remettre en cause face au message des Français. Son interprétation du bouleversement politique national fut particulièrement pertinente à mon sens quand il insista sur le message d’optimisme qui l’avait emporté sur la France des peurs et du repli. Nous autres élus avons l’habitude de repérer ce qui ne va pas et de nous plaindre tout en cherchant des solutions. Les électeurs semblent avoir préféré un discours beaucoup plus positif et confiant dans les capacités collectives de la France et de ses habitants. Christophe Chaillou se démarqua par sa conviction que les citoyens en ont assez qu’on leur parle des soucis internes des collectivités territoriales pour équilibrer leur budget. Ils veulent de l’élan, des envies et pas des jérémiades.

Hugues Saury fut forcé de reconnaître la justesse de ce raisonnement et se dit plutôt d’accord. Mais je notai dans son propos quelques moments de « rechute » dans les vieux travers. Il faut nous remettre en cause, certes …
Mais les citoyens devraient savoir que lorsqu’ils empruntent une route ou une piste cyclable, il y a toujours un élu derrière, un élu qui a voulu tout cela …
Mais, les médias ont trop tendance à pointer les querelles et dénigrer les acteurs politiques
Mais, …

Eh oui, les gens sont ingrats, pensai-je en moi-même. D’autant que ce sentiment vaut encore plus pour les écologistes. Nos convictions sont aujourd’hui très largement partagées. Chacun sait que l’environnement doit être protégé pour préserver avant tout les humains qui l’habitent. Et pourtant, ceux qui proposent des réponses écologistes ne sont que rarement choisis par leurs concitoyens pour les mettre en œuvre dans les institutions. Quel gâchis ! Mais c’est un gâchis que je ne veux imputer ni aux électeurs, ni aux médias. Si les écolos sont des incompris, ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Un peu plus tard, Marianne Dubois, fraichement réélue députée, prit la parole pour remercier tous ceux qui l’avaient encouragée durant sa campagne. Il y en avait probablement beaucoup dans l’assistance mais je crains de ne pouvoir m’attribuer la moindre parcelle de ces remerciements. La rescapée de la vague « En marche » qui submergea la moitié du Loiret poursuivit sur le thème de la fracture rural/urbain, elle-même se positionnant parmi les authentiques partisans de la ruralité dans sa circonscription et y voyant la raison de son succès (sauf à Fleury-les-Aubrais, peut-être?). Forte de son nouveau mandat de parlementaire, Marianne Dubois nous expliqua enfin que si les Français se désintéressent de l’engagement républicain (autrement dit, s’ils s’abstiennent parfois de voter), c’est la faute à l’enseignement public qui ne leur apprend pas correctement leurs devoirs de citoyens. Il suffisait d’y penser.

Finalement, ce fut mon tour d’intervenir.
J’abordai successivement trois sujets en commençant par une réaction à la séquence électorale de ce printemps. Je provoquai involontairement une interruption de mes propos par le président Saury lorsque je crus pouvoir dire qu’il est « opposé » au gouvernement d’Édouard Philippe. Sans doute avais-je mal compris les mots relativement durs qu’il avait prononcé contre le transfuge LR. J’opposai la « capacité citoyenne » au discours faisant provenir toute l’initiative politique des seuls élus installés. J’avouai enfin être heureux de l’amélioration de la place des femmes à l’Assemblée, dont il faut reconnaître qu’on la doit essentiellement à La République en Marche et pas à LR.
La suite de mon intervention consista à m’élever contre le thème de la ruralité et le fait que mes collègues ont tendance à parler presque toujours des « territoires » et finalement assez peu de ceux qui les habitent. Il me semble toujours difficile d’interpréter la sociologie des Loirétains à partir de l’opposition entre urbain et rural alors que ces notions sont si difficiles à définir et que les géographes se disputent à leur sujet. Notons que, peu après, le vice-président en charge des politiques territoriales, Frédéric Néraud, semblera conforter mon propos en refusant « une vision trop schématique rural/urbain » en matière de Très haut débit. Bref, pour moi, les fractures dans notre société sont avant tout des fractures sociales. Je ne vois pas des gens de la ville ou de la campagne mais des gens beaucoup plus riches que d’autres. Voilà pourquoi je préfère qu’on réduise les inégalités entre les personnes plutôt qu’entre les territoires.
Enfin, je repris la question des mineurs non accompagnés, autrement dit des migrants de moins de 18 ans sans famille. Je m’insurgeai contre l’idée que des « limites » soient dépassé dans un département aisé d’un pays riche alors que d’autres régions du monde vraiment défavorisées accueillent jusqu’à cent fois plus de migrants. Au moment où l’on s’apprête à leur proposer une bourse réservée à une poignée d’entre eux, je soulignai que la quasi totalité de ces jeunes sont méritants, ne serait-ce que pour surmonter leurs conditions de vie dans les hôtels où le conseil départemental les héberge en les laissant parfois bien seuls. Créer une bourse ne nous exonère pas de répondre aux besoins vitaux de tous les mineurs non accompagnés dans le Loiret.

Ecouter l’intégralité de mon intervention

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Hugues Saury me répondit qu’il était assez d’accord avec moi avant de me contredire sur plusieurs points et en revenir à l’idée que l’on ne peut pas s’inquiéter de tous les jeunes qui sont confiés au Département mais seulement des plus méritants. S’il manque des places pour les héberger, c’est qu’il n’y a pas de « génération spontanée » des bâtiments pour répondre à la « saturation » actuelle. Une phrase que j’interprétai aussitôt comme l’annonce qu’il ne sera pas construit de nouveau lieu d’hébergement pour accueillir ces jeunes mineurs (nous y reviendrons). De passage sur Twitter peu après, je ne pus m’empêcher de faire le parallèle avec la « saturation » des routes départementales auxquelles répond une « génération spontanée » des déviations.

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