Soutenons des agriculteurs bien de chez nous

En plein salon de l’agriculture, un petit supplément avait été ajouté à la récente session plénière du conseil départemental, consacrée aux orientations budgétaires 2018, dont j’ai parlé ici-même la semaine dernière. Il s’agissait du vote d’une motion relative à la nouvelle carte des zones défavorisées en agriculture.

C’est en effet un sujet qui agite depuis plusieurs mois certains agriculteurs du Loiret qui ont vu leur exploitation sortir des zones considérées comme difficiles à cultiver et donnant lieu à des subventions. Parce que quelqu’un a décrété que les frontières départementales étaient pertinentes pour redéfinir les terres agricoles plus ou moins favorables, la Sologne, par exemple, reste défavorisée (et aidée) dans le Loir-et-Cher mais pas dans le Loiret. On comprend que ceux qui perdent des aides financières dans cette affaire en aient conçu quelque rancoeur contre la bureaucratie.

C’est ainsi que les agriculteurs du Loiret ont décidé de mener plusieurs actions d’éclat ces derniers temps.

Le conseil départemental du Loiret avait tenu à les soutenir dans leurs revendications en adoptant déjà une motion en 2016. Il n’est donc pas étonnant qu’un nouveau texte nous ait été proposé cette année. Cependant, bien que je sois d’accord pour réclamer une plus grande cohérence dans le zonage des terres agricoles, il y avait deux choses qui me tracassaient un peu. Tout d’abord, le fait que le texte soumis à l’assemblée départementale n’ait été présenté qu’à la toute dernière minute, en séance, sans possibilité de l’analyser calmement ou de l’amender. Ensuite, plus que pour la précédente motion, ce texte insistait bien sur le fait que le Loiret se retrouvait « perdant » dans une décision touchant à tout le territoire national. La solution désavantageuse pour les agriculteurs de notre département apparaissait donc comme une solution avantageuse pour d’autres. Mais alors, de quel droit pouvait-on critiquer ce choix ? Le nouveau classement, probablement sur la base de critères objectifs, ne se résume-t-il pas à une répartition dont les malheureux « perdants » font tout simplement le bonheur des « gagnants » ?

J’improvisai donc une brève intervention (non enregistrée) dont voici l’essentiel :
« Sur le fond, on n’a quand même pas toutes les précisions. C’est un nouveau zonage donc il semble logique qu’il y ait des territoires bénéficiaires et des territoires que vous qualifiez de « perdants », le Loiret figurant en l’occurrence parmi les perdants. Mais à ce moment-là, si nous votons un vœu contre ce zonage, et que les départements gagnants votent un vœu pour le zonage, ça ne résout pas le problème, en fait. Qu’est-ce qu’on dit des gagnants ? Est-ce que notre vœu consiste à dire que les territoires supposés « gagnants » du nouveau zonage ne le soient plus ? Parce que, dans ce cas, ça veut dire qu’on vote un vœu contre d’autres territoires. Peut-être que c’est le rôle du conseil départemental du Loiret de défendre les agriculteurs loirétains, mais, politiquement, ça ne me paraît pas très rationnel. C’est vrai que j’aurais préféré avoir beaucoup plus d’éléments. Je suis d’accord quand il s’agit de demander de la cohérence dans le zonage. Néanmoins, je ne suis pas convaincu d’avoir toutes les données pour juger le choix qui a été fait de pénaliser des communes, donc des agriculteurs du Loiret. Vous parliez d’exploitations qui risquent de fermer, mais je pense que c’est au bénéfice d’autres agriculteurs et peut-être que d’autres exploitations vont être sauvées ailleurs sur le territoire national. C’est pour cela que ce vœu me gêne un peu. »

A cela, Marc Gaudet me répondit, assez maladroitement, en confirmant que le zonage est bien une répartition dans « une enveloppe (financière) constante ». Paradoxalement, il ajouta que, par son voeu, le conseil départemental voudrait « des gagnants partout » car « on peut ajouter des zones mais pas au détriment d’autres communes ».

Je fus plus sensible aux arguments de mes collègues élus des cantons concernés, Michel Lechauve et Christian Braux qui démontrèrent l’incohérence de la méthode de découpage des zones agricoles tandis que Hugues Saury soulignait la nécessité, le cas échéant, de mesures d’accompagnement lorsque l’on modifie ainsi la classification des terres.

C’est ainsi que je me joignis à l’unanimité de mes collègues pour adopter cette motion. En espérant ne pas contribuer à déshabiller Paul pour habiller le Loiret.

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