L’agriculture productiviste expliquée (trop violemment) à ceux qui la subissent

Je vous racontais, dans mon précédent billet, le démarrage de la session d’automne du conseil départemental en me concentrant sur ma propre intervention à propos des enjeux climatiques. J’exposai combien il est absurde de consacrer la majeure partie des investissements départementaux à l’extension du réseau routier parce que cela ne fera que déplacer les problèmes de circulation tout en aggravant les comportements les plus préjudiciables à la sauvegarde du climat.

Malheureusement, je n’ai pas été très convaincant puisque, peu après ces arguments échangés avec le président Gaudet, ce sont deux autres membres de l’assemblée qui se sont mis à réclamer de nouveaux projets routiers.
Comme si le budget départemental était extensible à l’infini, Frédéric Néraud (pour la route de Bellegarde à Montargis) et Nadine Quaix (pour la route de Châteauneuf à Gien) plaidèrent la supposée nécessité de fluidifier le trafic. Le premier eut ainsi l’occasion d’admettre que « L’A19 … n’a pas apporté de réponse satisfaisante à la liaison Orléans-Montargis ». La seconde qualifia la liaison Orléans-Gien de « vitale » en demandant où en était le dossier de création de « créneaux de dépassement ».
Or, même si nous attendons encore les résultats d’études en cours, on est en droit de se demander ce qu’il y a de « vital » à gagner 2 minutes pour les quelques centaines de personnes qui font chaque jour le parcours entre Gien et Orléans. Défendre la présence d’un hôpital hors d’une métropole, construire un lieu d’accueil pour les femmes battues, entretenir le réseau de distribution d’électricité et même réduire la vitesse limite à 80 km/h sur certaines portions de routes, cela peut parfois être littéralement « vital ».
Mais mettre des dizaines de millions pour se donner l’illusion que Gien, Montargis et Orléans sont plus proches que dans la réalité, franchement, je n’en ferais pas ma priorité.


Pour en revenir à la session plénière du conseil départemental, elle s’est poursuivie mercredi après-midi et hier jeudi par l’étude de divers rapports dont les plus polémiques portaient sur les collèges (j’y reviendrai) ou sur l’agriculture (non sans animation).

C’est d’abord avec une belle unanimité que notre assemblée vota l’achat par le Département de la plus grande partie du canal d’Orléans actuellement propriété de l’État.
D’autres délibérations actèrent la modification du budget 2018 pour l’ajuster aux recettes et dépenses qui ont évolué. Ainsi, l’attention fut à nouveau attirée sur les besoins croissants des politiques sociales et de l’accueil de jeunes migrants isolés. Dans ce cas, je suis en plein accord avec la majorité pour déplorer une sorte de piège de la part de l’État qui confie cette nécessaire solidarité à la collectivité départementale mais la prive en même temps de moyens d’assurer correctement sa mission. Or, là il se peut que mon avis diverge de celui de mes collègues de droite, sans le modèle social français, sans les aides aux plus démunis, notre société serait totalement disloquée et en proie à bien plus de tensions et de violence. C’est quand les inégalités se creusent que le vivre ensemble se délite. Malgré les abus que l’on peut parfois constater, le bilan des aides sociales est largement positif, y compris pour ceux d’entre nous qui n’en auront jamais besoin (mais qui peut le dire à coup sûr ?).

Rapport D1 : Accompagnement des investissements productifs dans le secteur agricole
Adopté à l’unanimité moins une voix contre, la mienne.

C’est avec un rapport presque anodin que la question agricole s’invita dans nos débats. Il s’agissait de valider les dossiers de subvention d’exploitants agricoles loirétains répondant à un appel à projets concernant les investissements productifs agricoles. Bien que ces mesures soient portées par le conseil régional, le conseil départemental a conservé le droit d’y contribuer, en marge de ses compétences propres que sont la solidarité, les routes ou les collèges par exemple. Du coup, des financements départementaux viennent compléter les aides régionales et ce rapport, outre la validation des dossiers pour 2018, proposait d’élargir les critères de façon à distribuer plus d’argent.

J’intervins alors pour exprimer mes doutes quant à l’efficacité de l’intervention du Département, à mon avis plus idéologique que constitutive d’une nouvelle donne pour l’agriculture et les agriculteurs du Loiret.
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Marc Gaudet réaffirma au contraire sa certitude que « ces aides sont utiles pour maintenir des agriculteurs sur le territoire ». Personnellement, au rythme où les exploitations agricoles disparaissent, j’ai du mal à croire à ce discours.

Alors que ce débat s’était déroulé sans emportements, c’est le lendemain que Marc Gaudet choisit de porter contre moi une offensive plus sévère. A l’entrée dans l’hémicycle, chaque conseiller trouva un texte photocopié sans aucune signature ou explication. Il s’agissait tout simplement du communiqué que j’ai publié le 2 octobre dernier et qui s’intitulait : s’empoisonner « made in Loiret », c’est toujours s’empoisonner. J’y répondais aux annonces de notre président départemental à propos de plan alimentaire territorial, annonces engageant le Département sans qu’il n’en ait été question auparavant parmi les élus.
Un peu plus tard dans la séance, notre président se livra à un numéro d’indignation en lisant quelques extraits de ce communiqué, soigneusement choisis pour leur violence formelle à l’égard du modèle agricole dominant. Toujours sans me nommer, il affirma que mes propos était insultants pour toute la profession. Je dois reconnaître que, en l’écoutant, j’avais l’impression que mon texte avait sans doute dépassé mon sentiment. Même si certaines pratiques agricoles diffusent des produits nocifs que l’on retrouve dans la chaîne alimentaire ou dans les cheveux de chacun de nous j’avais sans doute usé sans discernement du terme « d’empoisonnement ».
D’autres élus renchérirent sur l’indignation du président, y compris Michel Breffy, en délicatesse avec mon blog, avant que je ne puisse répondre, sur la forme pour m’excuser des excès, mais aussi sur le fond pour rappeler quelques faits.
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Dans la foulée de ce mea culpa, Hugues Saury prit un malin plaisir à me le reprocher tout de même en s’agaçant que ce ne soit pas « la première fois » que je m’excusais pour des propos « choquants ». Je ne sais pas exactement à quelle autre fois il faisait allusion, peut-être ce billet datant de 2010 ?
En tous les cas, il ne s’agissait pas de « la première fois » pour la petite mise en scène de Marc Gaudet. Il m’avait fait la même chose l’an passé au cours d’une commission permanente (à huis clos). Mais cette fois-là, je n’avais pas présenté la moindre excuse. Et pour cause ! Le reproche qu’il m’adressait alors était totalement infondé dans la mesure où il m’avait interpellé à propos d’une publication à laquelle je n’avais pas du tout contribué et dont il faisait une lecture erronée. Pire, lors de cette attaque injuste, le président n’avait même pas daigné m’accorder la parole en réponse. Si Hugues Saury se souvient d’un mea culpa de ma part à cette occasion, il aura donc rêvé.

En revanche, de mon côté, j’admets volontiers ne pas me souvenir d’excuses de la part d’Hugues Saury après des propos déplacés. C’est forcément parce que lui-même s’exprime toujours posément et sans s’emporter.
Mais ce qui est choquant en politique est parfois très relatif.
Quand Eric Doligé s’était fait prendre en train de proposer de décimer le gouvernement de François Hollande, je ne me souviens pas des protestations d’Hugues Saury.

Alors, oui, il m’arrive d’être trop provocateur sur le théâtre de la vie politique loirétaine où je tiens un rôle bien modeste. Même si un repentir sincère ne suffit pas à m’exonérer de mes responsabilités, je crois que la portée de mes propos ne mérite pas que mes collègues jouent les vierges effarouchées, eux qui n’ont pas tous le flegme et la retenue du sénateur Saury.

Rapport supplémentaire : Versement d’une aide exceptionnelle au Département de l’Aude

Nous reprîmes les débats avec une proposition de solidarité financière à l’égard du conseil départemental de l’Aude comme marque de soutien dans ces moments difficiles suivant de dramatiques inondations.
Là encore, ayant par ailleurs abordé le sujet avec toute la gravité nécessaire, le président Gaudet avait décidé de profiter de l’occasion pour me taquiner en décidant de faire projeter un reportage télévisuel consacré à la protection contre les crues dans ce Département de l’Aude. En gros, il était question des sommes importantes débloquées depuis 20 ans pour des travaux de sécurisation des zones inondables, sommes en grande partie inutilisées en raison d’obstacles administratif. Le principal exemple du reportage concernait des digues qui n’avaient pas encore été renforcées parce que cela nécessitait une autorisation de détruire des espèces protégées. La faute aux écolos en quelque sorte. Un peu comme ce qui se passe dans le Loiret avec la déviation de Jargeau à ceci près qu’ici, le Préfet n’hésite jamais une seconde avant de tolérer la destruction du patrimoine naturel quand le Département le demande.
Ainsi interpellé par le film projeté, je décidai de répondre encore.
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Mais, bien entendu, je votai la dotation de 5000 euros pour l’Aude qui fut adoptée à l’unanimité.

Motion de soutien aux Sapeurs-Pompiers de France – Directive Européenne du Temps de Travail (DETT)

Le dernier sujet que j’aborderai pour l’instant, c’est ce texte que Marc Gaudet nous proposait à la suite d’un vote similaire dans le département de l’Héraut. Il s’agissait d’exprimer une inquiétude face à une directive européenne dont la transposition dans la loi française pourrait perturber l’organisation des secours en France. Notre pays, en effet, bénéficie de l’engagement de très nombreux sapeurs-pompiers volontaires en complément des professionnels salariés pour cela. Pour le moment, cet engagement volontaire est considéré comme un loisir au regard de la législation sur le temps de travail. La loi, au terme de longues luttes sociales, limite la durée de travail hebdomadaire des salariés tout comme elle interdit de faire travailler les enfants. Des exceptions sont prévues, bien entendu. Or, à l’échelle européenne où cela se joue, une Directive propose de considérer désormais le volontariat des pompiers comme du temps de travail. C’est manifestement une mesure qui remettrait en cause cet engagement si utile à notre protection. Je n’étais donc pas opposé à la motion proposée. Toutefois, je déplorais qu’elle ne souligne pas l’importance de la limitation du temps de travail ni ne précise que les sapeurs-pompiers volontaires sont déjà suffisamment encadrés pour que le temps consacré à cette mission ne viennent pas s’ajouter à leur temps de travail au point de les épuiser.
Voici ce que j’exprimai alors.
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Enfin, nous avons eu des débats à propos des dotations des collèges et des tarifs de restauration scolaire mais ils vont se poursuivre ce vendredi matin et je ne manquerai pas de les évoquer dans un prochain billet consacré à cette session plénière.

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