Moins de taxes sur l’énergie, chiche !

Le Conseil départemental du Loiret tenait ce jeudi sa session plénière trimestrielle avec un ordre du jour plutôt allégé. Une innovation, cependant, à défaut de voter le budget 2019 avant le début de l’année comme c’était le cas autrefois, c’est le débat d’orientations budgétaires qui est au programme de décembre. Ce débat sans vote sert à préparer une session budgétaire désormais fixée fin-janvier, début-février. Ce sera pour moi l’occasion de faire une proposition concrète de réponse départementale à la crise que connaît le pays.

Car, bien entendu, après un instant de recueillement en mémoire des victimes de l’attentat de Strasbourg, les débats de la séance d’ouverture ont rapidement porté sur l’analyse et le commentaire du mouvement des gilets jaunes. Marc Gaudet, Hugues Saury et Christophe Chaillou proposèrent ainsi des visions variées de la situation complexe dans laquelle se trouve notre société. De mon côté, je tentai plutôt d’imaginer une contribution à l’échelle seulement départementale afin de montrer de la considération envers le désespoir latent dans toute cette affaire. J’y reviendrai.

Selon le président Marc Gaudet, le mouvement des gilets jaunes est « un cri de désespoir » de la population, pas assez rapidement pris en compte par le Président de la République. Cela concerne les habitants de « territoires » qui paient autant d’impôts que les autres mais n’ont pas les mêmes services à proximité. Mais tout en reconnaissant que la transition énergétique est indispensable, Marc Gaudet évoque des causes à cette révolte des gilets jaunes qui relèveraient plutôt de l’addiction à la voiture individuelle. Ainsi, la première faute aurait été l’instauration de la limitation à 80km/h sur les routes départementales sans concertation avec les collectivités concernées. Puis le déclencheur a incontestablement été la taxation des carburants et les hausses annoncées du gaz et de l’électricité. Or, pour le fan de bitume qui préside à la destinée du Loiret, les gens voudront toujours se déplacer en voiture et il n’y a « pas encore d’alternative au moteur thermique ». Il faudrait donc s’incliner et poursuivre le tout-camion et le tout-bagnole avec des énergies fossiles jusqu’à la destruction totale de notre environnement. Voilà le piètre imaginaire de la majorité départementale. La voiture individuelle serait notre horizon indépassable et tant pis si cela provoque la « fin du monde ». Et voilà le Département du Loiret prêt à rogner sur toutes ses dépenses pour être sûr de pouvoir se payer de nouvelles routes sans jamais étudier la moindre alternative qui offrirait une mobilité plus satisfaisante pour les habitants.

Hugues Saury parla ensuite plus comme un sénateur que comme un conseiller départemental. Il fit une analyse peu différente de celle de Marc Gaudet et insista sur son grand sujet du moment, la reprise du processus de décentralisation que le gouvernement actuel a insidieusement stoppé. Pour le Sénateur Saury, en effet, la voie de sortie de crise passe par une proximité plus grande auprès des habitants, ce que seules les collectivités locales pourraient apporter. Comme je ne manque pas d’exemples dans le Loiret de politiques départementales qui se décident très loin des aspirations des publics concernés, je ne pus m’empêcher de penser que « proximité » ne rime pas forcément avec démocratie. D’autant que, par la suite, il fut souligné par mes collègues que le déficit d’explication était à la base de la colère actuelle envers les élus et le modèle de la représentation politique. Mais croient-ils vraiment qu’il suffirait de mieux « expliquer » les décisions venues d’en haut pour parvenir à endiguer le besoin d’être « entendus » qui émane de la base ?

Pour Christophe Chaillou, la toute première erreur du Président Macron, ce fut la suppression de l’ISF qui a fait éclore l’idée qu’il n’y en a que pour les riches, pour ceux qui savent et qui décident pour les autres. Bien sûr, cette idée germait depuis des décennies et il ne faut pas croire qu’elle ne vise que le gouvernement actuel. Il y a aussi quelque chose d’irrationnel qui ne se résoudra pas par de simples mesures comptables. Du coup, Christophe Chaillou n’est pas vraiment optimiste pour les semaines à venir et craint notamment les effets psychologiques de l’apparition, fin janvier, sur les fiches de paie, du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu.

Bon, autant le dire, ce n’est pas moi qui avancerait une analyse plus pertinente que mes collègues ou que celles des observateurs compétents de la vie politique française. Je me contentai donc de souligner que d’autres formes démocratiques me paraissent les plus à mêmes de sauver ce qui peut l’être dans notre modèle basé sur la démocratie représentative. Puis je lançai l’idée de faire un geste fiscal envers ces populations présentées comme « délaissées » depuis si longtemps. En effet, le conseil départemental dispose d’une taxe qu’il prélève au taux le plus fort et qui ne frappe que les habitants de petites communes. En plus, il s’agit d’une taxe sur l’électricité qui alourdit d’autant la facture énergétique de ces populations et tout ça essentiellement pour financer un excédent budgétaire destiné à de nouveaux investissements discutables. Bien sûr, je suis habituellement plutôt favorable à une taxation de l’énergie, mais seulement si cela s’accompagne d’une intervention radicale pour en diminuer la consommation de façon à ce que le pouvoir d’achat en sorte grandi. Or, ce n’est pas possible dans cet exemple. Voilà pourquoi je proposai à mes collègues d’étudier purement et simplement la suppression de la taxe communale sur la consommation finale d’électricité.

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Pas besoin de vous dire que Marc Gaudet a balayé l’idée d’un revers de la main.
Un grand merci aux « ruraux » qui continueront donc de payer leur électricité plus cher que les autres, juste pour que le conseil départemental aligne un excédent budgétaire qualifié de « bonne gestion ».

1 réflexion sur « Moins de taxes sur l’énergie, chiche ! »

  1. Bonjour Thierry,
    Oui c’est judicieux d’aller sur ce chemin d’une fiscalité incitative mais à la baisse ..pas à la hausse comme on le voit toujours …Cette solution est très peu proposée car il faut toujours piocher dans les poches des gens pour boucher les trous abyssaux des dépenses publiques comme par exemple le fonctionnement de X trucs et bidules qui ne servent à rien ( agence de ceci, établissement public de cela, institut, comité, conseils etc ..) Et on en créé toujours plus pour se donner bonne conscience comme dernièrement l’agence nationale pour la biodiversité et l’agence régionales pour la même biodiversité ..il faudrait demander à M. Gaudet, Saury ce qu’ils pensent de leurs efficacités et si elles servent à quelque chose quand ils décident de faire leur pont de Mardié ds une zone sauvage et très riche en biodiversité…
    Ne peut on pas , plutôt que d’évoquer constamment « l’hôpital ou les écoles « ..évoquer tout ce qui ronronne et ne sert à rien à toutes les échelles …?
    Certains se reconnaitront ..

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