Quand le bâtiment va tout va (??)

Avant de poursuivre mon compte-rendu de la session récente du conseil départemental, petit retour en arrière sur un épisode qui en annonçait la teneur, écologiste en puissance mais pas vraiment en acte.
Voici une image étonnante de ce que à quoi l’on pouvait assister quelques semaines plus tôt Chécy (photo Dominique Chauveau) : un écolo se lance dans la construction devant un président du Département hilare.
Avais-je retourné ma veste ?
Rassurez-vous, c’est plus simple que cela.

Nous posions la « première pierre » – en vérité un élément symbolique dans un mur de parpaings élevé pour l’occasion – de la reconstruction/extension du centre de loisir de la ville de Chécy. Ces travaux étant subventionnés par le conseil départemental, on s’explique la participation du président Gaudet ainsi que du conseiller départemental du canton, moi, en l’occurrence. Et l’on voit que je ne rechigne pas à manier la truelle – et le symbole – quand c’est ce que l’on attend de moi.
Pour autant, il serait audacieux de penser que je cautionne la priorité donnée par le conseil départemental aux investissements, bâtiments, infrastructures et travaux en tous genres. Je reste convaincu que ce que la population attend avant tout des collectivités locales, c’est une offre de services publics.
Bien sûr, la municipalité de Chécy a eu raison d’investir dans la (re)construction d’un équipement essentiel. Sans locaux mis aux normes et adaptés à cet usage, impossible de proposer des activités de loisirs aux enfants vivant dans la commune – et au voisinage de celle-ci. En outre, cette rénovation conduisant à une plus grande efficacité énergétique, elle dégagera des économies de fonctionnement permettant d’améliorer encore plus le service rendu. On ne peut donc pas être dogmatique sur la question des dépenses publiques. Il faut évidemment investir dans les travaux mais il faut aussi préserver l’essentiel pour le budget de fonctionnement qui assure la présence concrète du service public, avec des humains à qui parler : des agents municipaux dans les rues plutôt que des caméras de vidéosurveillance, par exemple.
Or, mon problème avec la majorité départementale, parfois même avec mon propre groupe politique, c’est que l’on présente les dépenses de fonctionnement comme des « charges » pour la collectivité – comme si, par exemple, offrir à manger à ceux qui ont faim, c’était quelque chose de pénible – et les dépenses d’investissement comme miraculeusement bénéfiques, quelles qu’elles soient. Certains discours tenus à ce sujet sont si caricaturaux que l’on pourrait imaginer le conseil départemental payer pour faire creuser une immense tranchée dans la campagne puis pour la faire reboucher … juste parce que cela « crée de l’emploi ». C’est ainsi que l’on me présente parfois le projet de déviation de Jargeau qui serait positif uniquement parce que les entreprises amenées à le bâtir auraient besoin de main d’oeuvre (encore faudrait-il qu’elle n’aillent pas la chercher loin du Loiret).
Or, pour en revenir à notre pose de « première pierre », aussi amicale que fut ma collaboration avec Marc Gaudet, je crains de n’avoir pas trouvé le fond de son discours très différent de ceux tenus pour toutes sortes d’investissements bien plus discutables et parfois même « inutiles et imposés », selon la formule qui a fait florès à Notre-Dame-des-Landes.
Le Président du Département a pu pourtant se montrer attentif aux enjeux écologiques, avant même la « percée des Verts » aux élections européennes et peut-être en prévision de la session « environnementale » qui allait suivre. Ainsi, il a mis l’accent sur l’intérêt des matériaux bio-sourcés tels que le bois utilisé, en partie seulement, pour l’ossature du bâtiment de Chécy. La mairie et son architecte ont sans doute de bonnes raisons de n’avoir pas été beaucoup plus loin dans l’utilisation de matériaux écologiques mais je me réjouis toujours que l’on pointe d’abord ce qui est positif. Il est agréable de voir Marc Gaudet insister sur cette question du bois dans le bâtiment. Et ajouter combien il a été impressionné, dans une autre commune du Loiret, par l’usage de la paille comme principal constituant des murs d’une salle municipale. Il est d’ailleurs conscient du caractère local – et agricole – de cette ressource renouvelable pour la construction. Je pourrai donc presque parfaitement m’entendre avec un tel président, ancien naturaliste et défenseur de l’innovation écologique. L’image ci-dessus illustrerait alors notre quasi-connivence.
Mais non. Malheureusement, « ça ne va pas être possible ».
Car si je vois bien que mes collègues de l’assemblée départementale « partagent le diagnostic » des écologistes sur un certain nombre d’urgences pour notre planète (à commencer par le dérèglement climatique), je ne vois pas les décisions qu’ils prennent tenir compte de ce diagnostic.
Marc Gaudet sait bien que les espèces vivantes subissent la plus radicale des extinctions imaginables et que nous le vivons en temps réel. Il sait aussi que notre mode de vie actuel, dépendant d’un usage immodéré des énergies carbonées ou simplement d’énergies gaspillées, ne peut être maintenu sans risque extrême de voir le climat planétaire nous rendre la vie impossible.
Mais malgré cela, ni lui ni mes collègues du Département n’osent changer leurs habitudes. La circulation routière reste leur priorité et l’aménagement du territoire inféodé à cette vision dépassée de nos sociétés qu’aucune autre collectivité ou presque ne met plus en avant dans ses projets.

1 réflexion sur « Quand le bâtiment va tout va (??) »

  1. Revenir sur 70 ans de politiques publiques dont la priorité était la construction et l’automobile prendra du temps, nécessitera que les jeunes générations, moins marquées par le ‘tout auto’ et plus sensibles à l’environnement parviennent au pouvoir. La sensibilisation touche aujourd’hui au delà des moins de 35 ans, la ‘bascule’ se réalisera brutalement, suite à un événement ou simplement par extension de la prise de conscience qui progresse chez les citoyens. Quand aux besoins de ‘services’ il est partout criant et leur suppression engendre la désespérance…. Rien de bon en perspective.

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