Pourquoi faut-il se mobiliser sur les questions climatiques et comment le faire à notre échelle ?

Tribune publiée par Apostrophe 45 à l’ouverture de la COP21, dimanche 29 novembre 2015

Ces jours-ci, Paris se relève d’un drame terrible tandis que la guerre et le fanatisme sévissent toujours dans de nombreuses régions du monde. C’est désormais notre première préoccupation. Néanmoins, cette situation ne peut faire oublier les difficultés économiques et sociales qui font également partie de nos préoccupations, en particulier le poids du chômage en France. Dans ce contexte, peut-on sincèrement présenter les enjeux climatiques comme prioritaires à très court terme ? Eh bien je pense que oui. Je pense que la préservation du climat doit devenir notre obsession en même temps que nous gérons les autres problèmes. Je pense que cela passe par des décisions internationales mais aussi par une prise de responsabilité locale. Voilà ce que je voudrais développer ici à la veille de la COP21.

Une urgence discrète mais une urgence quand même

L’enjeu climatique se distingue de tous les autres par son inertie. Il y a là un danger qui se construit lentement et qui frappera bien après que ses causes auront été supprimées. L’accumulation des gaz à effet de serre, la montée des océans, l’accroissement des températures sont des phénomènes peu visibles et pourtant ils sont enclenchés depuis plus d’un siècle. Même si nous pouvions stopper immédiatement toutes les sources de dérèglement climatique d’origine humaine, le processus de réchauffement de la planète se poursuivrait encore pendant des décennies. Et si nous ne faisons rien, ce sera l’emballement général et la Terre deviendra invivable pour une espèce humaine de 7 milliards d’individus. Autrement dit, face à la crise climatique, notre seule certitude est que l’inaction est mortelle. Voilà pourquoi nous ne pouvons pas attendre d’avoir résorbé le chômage ou d’avoir vaincu Daesh avant de nous attaquer à la question climatique.

Un enjeu énorme tout de suite et partout

Je ne veux pas reprendre en détail la menace climatique. Sachons seulement que, sans aucun rapport avec les variations à longue échelle qu’il a subi depuis des millénaires, le climat de notre planète est en train de connaître une évolution particulièrement rapide dans le sens d’un réchauffement des températures moyennes des océans et de l’atmosphère. En un siècle à peine, la température moyenne au sol, là où nous vivons, a gagné pratiquement 1 degré. C’est certes moins que d’autres variations passées, par exemple celles qui se produisirent entre des ères glaciaires et interglaciaires. Mais c’est beaucoup plus rapide et cela nous entraîne vers des températures que la planète n’a jamais connu depuis l’apparition de l’espèce humaine. Nous en constatons déjà des conséquences météorologiques avec des vagues de chaleur plus longues dans les pays tempérés, des îles que l’eau des océans commence à submerger, des cyclones plus violents sous les tropiques … etc.
Pour l’instant, c’est compliqué mais on peut encore s’adapter en s’armant de patience et de toutes nos connaissances.
Ce réchauffement global au 20ème siècle, désormais incontestable, a entraîné des études scientifiques qui nous donnent la quasi certitude que le phénomène est dû à l’activité industrielle des humains. Or, une fois admis que ce sont nos émissions de gaz à effet de serre qui ont provoqué un réchauffement de 1 degré en un siècle, on s’aperçoit que, selon les mêmes calculs et en continuant au rythme actuel, ce seraient entre 3 et 5 degrés supplémentaires qui pourraient s’ajouter aux températures moyennes durant le 21ème siècle. Cette accélération serait dramatique car il ne s’agirait pas d’une augmentation uniforme et modérée. Ces moyennes plus élevées conduiraient à des canicules extrêmes d’un côté, à des inondations de l’autre et, même en France, à une modification catastrophique du littoral face à la montée des eaux.

Faut-il pour autant abandonner la partie tout de suite ?

Les connaissances accumulées depuis 30 ans ne sont certainement pas rassurantes. Mais le propre de la connaissance, c’est aussi de donner des moyens d’agir. Nous n’avons pas affaire à une météorite dont la trajectoire aboutirait inexorablement sur la Terre. Ce changement climatique que les humains ont créé, ils peuvent encore le minimiser et le contenir dans des limites supportables. C’est l’objectif que se sont fixé les Nations-Unies à travers la Convention cadre sur les changements climatiques qui rassemble 195 pays ainsi que l’union européenne. Ces pays sont réunis à Paris ces jours-ci, c’est la fameuse COP21. Mais il est probable que l’accord auquel ils aboutiront ne réglera pas la question. Parce qu’il s’agit de modifier radicalement notre mode de vie pour sauver le climat, les décisions étatiques devront s’appuyer et être renforcées par des initiatives locales menées avec détermination.

Ce que peuvent les États

Dans le cadre de la COP21, chaque État va s’engager à réduire les émissions de gaz à effet de serre sur son territoire. Il faudrait que tous ces engagements additionnés aboutissent à une hausse de la température moyenne limitée à 2 degrés entre 1850 et 2100. Or, les chiffres fournis pour le moment sont encore loin de cet objectif. S’ils ne sont pas modifiés d’ici la signature d’un accord, il faudra prévoir un mécanisme de contrôle et de révision qui permette de renforcer au fur et à mesure les engagements pris.
Un autre enjeu international consiste à mobiliser des moyens financiers dans les pays les moins touchés, lesquels sont souvent ceux qui ont beaucoup contribué au dérèglement climatique jusqu’à présent. Cet argent doit financer la transition énergétique et l’adaptation au nouveau climat, sachant que cela coûtera d’autant plus cher si on ne parvient pas à rester sous la barre des 2 degrés. Il faut absolument arriver à orienter une aide financière conséquente vers les pays les moins riches qui sont souvent les plus touchés par les impacts climatiques.
Enfin, la COP21 serait réussie si elle parvenait à un accord qui déclenche un mouvement radical pour « décarboner » l’économie, c’est à dire aller vers une économie qui ne dépende pas de fortes émissions de gaz à effet de serre. Il s’agit de créer des richesses nouvelles, moins axées sur la consommation de biens et d’énergie que sur le partage et la qualité de vie. Cela implique de décider la fin des subventions aux énergies fossiles qui représentent actuellement 600 milliard par an.

Ce que peuvent les autorités locales

Un certain nombre de ces objectifs internationaux peuvent être mis en œuvre localement. Comme beaucoup d’autres collectivités, le conseil départemental du Loiret a élaboré un plan climat-énergie qui propose quelques mesures utiles. J’ai récemment proposé à mes collègues que notre Département s’engage dans le désinvestissement des ressources fossiles, tel que le propose l’organisation 350.org. La majorité a hésité mais n’a pas fermé la porte et nous aurons à nouveau ce débat après la COP. J »espère que nous aboutirons à des décisions qui fassent avancer l’économie décarbonée.
De nombreuses actions ne pourront être menées à la taille d’un pays entier. La réorganisation des déplacements, le renouvellement de l’habitat, le recyclage des matériaux, tout cela fonctionne mieux lorsque les choix sont adaptés à la réalité locale. Ainsi, dans le monde entier, le mouvement des villes durables ou des villes en transition peut faire baisser rapidement nos impacts sur le climat mondial. Voilà pourquoi, il faudra aussi que la COP envisage que les financements dans les pays en développement aillent directement aux collectivités locales pour être plus efficaces. Nous devons miser sur la coopération décentralisée, telle l’action de la ville de Chécy comme partenaire de Bangui, capitale de Centrafrique.
C’est aussi dans des projets concrets que les collectivités locales peuvent faire des choix en faveur du climat. Il y a quelques années, le conseil général du Loiret a raté une occasion en reconstruisant le collège de Châteaurenard. Au lieu de mettre en place un chauffage provenant de l’unité de méthanisation qui faisait vivre des agriculteurs locaux, c’est la solution de facilité qui a été retenue avec une chaudière au gaz de ville dont l’approvisionnement ne peut venir que de l’importation. Ainsi, on consomme des ressources naturelles achetées à l’étranger et dont le bilan carbone est déplorable alors qu’il était possible de « consommer » seulement du travail local qui fait vivre les habitants de notre territoire sans produire de gaz à effet de serre. Je ferai le maximum pour que le futur projet de mandat de l’assemblée départementale mette des garde-fous contre ces incohérences. Promouvoir des alternatives au tout-routier, lutter contre les gaspillages notamment aux côtés des plus démunis, investir là où l’on génère des économies et pas là où l’on ne fait que poursuivre la course aux dépenses inutiles, voilà quelques unes des priorités que je proposerai.

Ce que peuvent les citoyens

Bien entendu, les États et les autorités locales ont le pouvoir de changer beaucoup de choses, par leurs orientations budgétaires ou par la réglementation. Mais tant qu’ils demeureront un peu démocratiques, ils ne peuvent rien sans les citoyens. Le premier devoir de ceux-ci est donc de se faire entendre. Notre siècle verra croître les capacités des habitants à penser le futur et agir pour le transformer, ce que l’on appelle parfois « empowerment ». Si nous restons inactifs, si nous attendons tout d’en haut comme par magie, nous nous exposons aux plus grandes déceptions et, celles-ci n’étant pas bonnes conseillères, aux plus grands malheurs. Certes, aucun terrien ne va sauver la planète à lui tout seul et cependant, comme dans l’histoire du colibri popularisée par Pierre Rabhi, chacun peut prendre sa part, fusse-t-elle extrêmement modeste.
Je n’ai pas la prétention de donner l’exemple ou de tracer une voie bien droite vers une citoyenneté responsable vis à vis du climat. Je veux donc seulement partager les petits trucs que j’essaie de faire ou que d’autres ont déjà réussi à faire et qui m’inspirent. Bien entendu, il ne s’agit pas de baisser nos exigences de santé, d’alimentation saine et de confort, bien au contraire. Peut-être faut-il tout de même envisager un pas de côté pour redéfinir ce que nous entendons par « vivre bien » et « vivre ensemble ». Ensuite, on s’aperçoit rapidement que beaucoup de nos certitudes ne sont que de vieilles habitudes. Ainsi, j’ai longtemps été persuadé que nombre de mes déplacements ne pouvait absolument pas se faire sans une voiture. Et puis je me suis habitué à autre chose, le tram, le vélo, la marche ou le train selon les moments et les distances. Bien sûr, je n’ai pas abandonné l’automobile mais je suis désormais sûr d’une chose, c’est que j’ai le choix. Et quand j’exerce ce choix, je peux opter pour les déplacements doux.
De la même façon, en interrogeant notre mode de vie, il est possible de découvrir des pratiques de consommation pas plus compliquées que d’aller au supermarché et qui réduisent notre impact sur le climat. Je pense à des exemples basés sur le partage ou sur l’économie circulaire : acheter des produits d’occasion ou échanger ce dont on ne se sert plus comme dans le réseau Freecycle, réparer son vieux vélo ou reconfigurer un ordinateur comme avec l’association 1terreactions, acheter de l’électricité renouvelable à la coopérative Enercoop et puis réduire sa consommation en participant au défi « Famille à énergie positive » de l’Agence départementale d’information sur le logement-Espace info énergie, s’abonner à un panier de légumes bio hebdomadaire en participant à une association de maintien de l’agriculture paysanne ou simplement en s’inscrivant auprès de Val Bio Centre … etc.

C’est le moment !

L’humanité a été capable de mettre en route un changement d’ère climatique. Nous savons que nous sommes capables du pire mais aussi du meilleur. Sans rien enlever à nos aspirations individuelles ou collectives, il est possible d’enrayer la mécanique du réchauffement planétaire et de le faire en construisant un monde plus juste. N’attendez pas plus longtemps, pour le climat, c’est le moment !