La Loire

Nul n’est besoin de vanter la beauté des paysages ligériens car elle se découvre au détour de chaque chemin. Cette beauté s’est concrétisée par le classement de la Loire au Patrimoine mondial de l’humanité. La faune et la flore sont plus subtiles à découvrir pour le randonneur ou le promeneur. Pourtant la biodiversité est ici exceptionnelle, ce qui justifie l’appartenance de la Loire au réseau européen Natura 2000. Cette richesse est due à plusieurs facteurs :
– La position géographique de nos 4 communes ayant une façade ligérienne (Mardié, Bou, Chécy et Combleux) tout en haut de la courbe que dessine le fleuve avant de se diriger vers l’ouest, position très favorable pour les oiseaux migrateurs arrivant du nord de l’Europe,
– la grande largeur du fleuve à cet endroit de son cours,
– la présence de deux grands massifs forestiers, l’un au nord, la forêt d’Orléans, l’autre au sud, la Sologne entraînant des échanges de faune,
– la situation de notre territoire à peu près au milieu du fleuve permettant de subir les influences atlantiques mais aussi les influences montagnardes de l’amont.

Mais ce qui contribue sans nul doute le plus à cette biodiversité est la dynamique du fleuve. Celui-ci est en perpétuelle transformation : l’érosion sape les rives, les bancs de sable s’accumulent en certains endroits, la végétation s’installe et transforme progressivement ces « grèves » en îlots boisés, d’autres îles disparaissent rongées par les crues et les embâcles.

A chaque stade correspond des milieux particuliers qui s’imbriquent souvent les uns dans les autres. Chacun est peuplé d’une flore et une faune caractéristique que nous vous invitons à découvrir :

Les eaux libres

La faune aquatique de la Loire est assez perturbée et notre région n’échappe pas à la règle. La Loire est aujourd’hui peuplée de nombreux poissons introduits qui se sont plus ou moins bien acclimatés. Certains sont bien connus : Silure glane, poisson chat, Sandre, Perche arc-en-ciel etc …, d’autres le sont beaucoup moins : Aspe, Carassin, Pseudorasbora … A côté de ces nouveaux arrivants, les espèces autochtones ont parfois bien du mal à subsister et certaines populations sont très vulnérables voire en danger de disparaître : Anguille, Grande Alose, Brochet, Lote, et bien sûr, Saumon atlantique dont un plan de restauration à l’échelle du bassin n’apporte pas les résultats escomptés.

A côté des poissons introduits le plus souvent pour la pêche, d’autres espèces exotiques prolifèrent de jour en jour sans que l’on soit capable d’en mesurer les conséquences sur les écosystèmes. C’est le cas notamment de la Corbicule, mollusque arrivé dans nos eaux en 1992 par l’eau des ballasts des bateaux empruntant l’estuaire de la Loire. Aujourd’hui, on observe de véritables tapis de coquilles à certains endroits attestant de l’explosion démographique de l’espèce. Certains en viennent même à se demander si ces mollusques au pouvoir filtrant important n’ont pas une action de réduction de la turbidité des eaux.

Parmi les mollusques abondants en Loire il faut aussi citer la Paludine, mollusque de belle taille de couleur jaune verdâtre avec trois lignes brun clair sur la coquille. On la trouve en très grand nombre sous les pierres.

Beaucoup moins fréquents, mais très spectaculaires sont les anodontes et tout particulièrement l’Amulette des canards, gros bivalve parcourant très lentement les fonds de sable et de cailloux du fleuve.

Anodonta anatina Corbicula fluminea
Potomida littoralis Unio mancus

Quant aux écrevisses, la situation est des plus claire : il n’y a plus dans notre canton d’écrevisses autochtones et aucun document n’atteste de la présence ancienne de l’écrevisse à pieds blancs. En Loire, nous ne trouvons que l’écrevisse américaine (ci-dessous), petite écrevisse de moins de 10 cm de long avec des tâches rouge-brun sur l’abdomen, introduite en France à la fin du 19è siècle. Elle est commune sous les pierres et dans les herbiers mais ne creuse pas de terrier. Quant aux autres espèces introduites, Ecrevisse à pattes grêles, Ecrevisse signal, Ecrevisse rouge de Louisiane, il n’y a guère que cette dernière qui se trouve dans le Sens, sur la commune de Donnery.

Ecrevisse américaine

Du début avril à la mi-septembre, par une chaude journée ensoleillée vous aurez peut-être la chance d’observer le Balbuzard pêcheur, qui comme son nom l’indique se nourrit exclusivement de poissons qu’il capture avec ses serres après un vol stationnaire puis un piqué impressionnant. La forêt d’Orléans constitue depuis les années 80 le berceau d’une population unique en France, aujourd’hui constituée d’une vingtaine de couples à partir de laquelle l’espèce commence à essaimer, notamment en Sologne.

Balbuzard pêcheur en vol Nid de Balbuzard en forêt d'Orléans
Balbuzard pêcheur en vol Nid de Balbuzard en forêt d’Orléans

L’eau libre sera aussi le lieu, notamment en hiver, de séances de pêche associant grands cormorans et mouettes rieuses, les secondes profitant des restes abandonnés par les premiers. Le Grand cormoran a fort mauvaise presse auprès des pêcheurs mais force est de constater qu’il s’attaque principalement à des poissons souvent fort peu appréciés des pêcheurs : chevesnes, poissons chats etc …

Grand cormoran en vol Grand cormoran dans l'eau
Grand cormoran en vol … et dans l’eau
Grands cormorans et Mouettes rieuses au repos
Grands cormorans et Mouettes rieuses au repos

Les vases

Ce milieu est parmi les plus intéressants. C’est un milieu très provisoire qui peut apparaître ou disparaître au gré des variations de la hauteur d’eau, en bordure d’un banc de sable. Quelques plantes patrimoniales y sont inféodées : la Limoselle, le Souchet brun ou la Pulicaire. C’est aussi le lieu où se nourrissent les Chevaliers et Bécasseaux, au printemps et à l’automne lors de leurs haltes migratoires : Chevaliers guignette, gambette et aboyeur.

Ce milieu est très instable et certaines années il a du mal à s’installer car la gestion du barrage de Villerest et son soutien d’étiage empêche la lente baisse des eaux nécessaire à l’apparition de ces vases.

Cyperus fuscus Cyperus michelianus
Gnaphalium uliginosum Pulicaria vulgaris
Chevalier gambette Chevalier guignette
Chevalier gambette Chevalier guignette

Les bancs de sable

Chaque année apparaissent des bancs de sable, les « grèves ». Ces sables sont mobiles et seront entraînés par la prochaine crue. Du fait de ce renouvellement, la végétation mettra du temps à s’installer et son développement optimum se fera en septembre, voire octobre. Selon le taux d’humidité, la granulométrie, la température au sol et la hauteur du banc de sable les espèces végétales seront différentes.

Nous y rencontrerons des Chénopodes, le souchet comestible ou bien encore la Lampourde à gros fruits.

Chenopodium botrys Cyperus esculentus
Datura stramonium Xanthium orientale

Mais c’est surtout le lieu de reproduction des Sternes, fleurons de l’avifaune ligérienne. La petite Sterne naine, au bec jaune, occupe les parties les plus basses des bancs de sable, souvent en compagnie du Petit gravelot, alors que la Sterne pierregarin, plus grosse et au bec rouge à pointe noire, creuse son nid dans le sable dans les parties les plus hautes du banc de sable.

Ces oiseaux, très grands migrateurs puisqu’il vont passer la mauvaise saison dans l’hémisphère sud, payent un lourd tribu aux crues printanières. Lors des années 2007 et 2008 aucune reproduction n’a pu avoir lieu sur le fleuve.

Notre territoire est particulièrement riche en Sternes avec plusieurs colonies. La plus importante est l’île aux oiseaux dans la boucle de Bou-Sandillon, mais le canton compte deux autres sites d’importance à Alboeuf (Bou) et aux Baffaits en limite amont de Mardié. A eux trois, ces sites totalisent 45 couples de sternes naines (sur un total de 235 pour l’ensemble du Loiret) et 95 couples de sternes pierregarin (sur un total de 280 couples pour l’ensemble du Loiret), chiffres fournis par l’association Loiret Nature Environnement, chargée du suivi des sternes dans le Loiret.

Sterne pierregarin Sterne naine
Sterne pierregarin Sterne naine

Depuis environ 20 ans deux espèces de Mouettes se sont installées sur la Loire : la Mouette rieuse à la tête chocolat et plus récemment la Mouette mélanocéphale à la tête noire. Arrivant plus tôt en saison que les Sternes, ces deux espèces occupent des ilots plus hauts, se découvrant plus tôt, et supportent mieux la présence de végétation.

Notre canton est particulièrement important pour la nidification de ces deux espèces de mouettes puisque l’île aux oiseaux de Bou/Sandillon totalise 500 à 600 couples de mouettes rieuses (sur un total de 2200 à 2725 couples pour l’ensemble du Loiret) et 100 à 150 couples de mouettes mélanocéphales (sur un total de 400 à 525 couples pour l’ensemble du Loiret). A noter aussi la nidification sur cette île du Goéland leucophée avec 20 couples, seule colonie du Loiret.

Mouette mélanocéphale Mouette rieuse (plumage hivernal)
Mouette mélanocéphale Mouette rieuse (plumage hivernal)

Pour découvrir tous ces oiseaux, il suffit de longer le fleuve depuis Lattingy (commune de Mardié) jusqu’à Alboeuf (commune de Bou). Un sentier avec panneaux d’informations, le circuit des Azins, est balisé sur la commune de Bou.

Les rives non boisées

Dans cette catégorie, nous reconnaîtrons plusieurs types de milieux :
– les cariçaies constituées de grosses touffes de Carex, souvent les pieds dans l’eau. C’est souvent entre ces touffes que l’on voit se faufiler la Couleuvre vipérine, splendide reptile aquatique, totalement inoffensif et protégé, qu’il ne faut en aucun cas confondre avec la mal-aimée Vipère aspic.

Carex Couleuvre vipérine
Carex Couleuvre vipérine

– les phragmitaies ou roselières sont rares sur la Loire car supportant mal les fortes variations du niveau des eaux. Notre canton en compte cependant une petite, le long de la Patache, à Combleux, juste en aval du déversoir. Au faciès similaire mais beaucoup plus commune la phalaridaie est formée d’un peuplement mono-spécifique de Baldingère, grande graminée occupant une large bande en retrait de l’eau. Ces formations végétales sont le lieu de prédilection de la rousserolle effarvatte, petit passereau insectivore au chant puissant. On y observe aussi de nombreuses libellules, principalement des caléoptrix.

Phalaria_arundinacea Phragmites australis

– Plus haut et moins soumis aux crues régulières, notamment sur les pentes des levées, nous trouvons différentes friches et prairies plus ou moins sèches avec de nombreuses espèces de fleurs s’épanouissant au printemps.

Levée herbeuse Muscari comosum
Saxifraga granulata Veronica austriaca
Vicia cracca Veronica persicaria
Aster Euphorbia cyparissias

Les rives et îles boisées

Sous l’influence directe de la nappe alluviale, les forêts alluviales sont les plus caractéristiques de l’axe ligérien. On distingue la forêt à bois tendre sous la forme de boisements arbustifs (Saule pourpre, Saule à 3 étamines, Saule des vanniers) ou en boisements plus importants (Saule blanc, Peuplier noir et Erable negundo).

Sur les niveaux supérieurs la forêt de bois tendre est remplacée par une forêt de bois dur composée essentiellement de Chênes, Ormes et Frênes. Malheureusement, suite à l’enfoncement du lit de la Loire, cette forêt relique disparaît car petit à petit déconnectée du fleuve et de la nappe alluviale pour être souvent remplacée par des peuplements de substitution tel que les robineraies composées exclusivement du Robinier faux-acacias et d’une flore de peu d’intérêt.

Ile de Bou-Sandillon Ile de Combleux
Ile de Bou-Sandillon Ile de Combleux
Semis naturel de peuplier sur un banc de sable
Semis naturel de peuplier sur un banc de sable

Les saulaies, notamment lorsqu’elles peuplent les îles sont le royaume du Castor. Si les « symptômes » du Castor sont facilement visibles : arbre taillé en crayon ou en biseau pour les plus petits, coulées dans l’herbe, empreintes dans la boue, réfectoire dans l’eau … l’animal est lui beaucoup plus discret et il faudra s’armer de patience au printemps pour essayer de l’apercevoir au crépuscule. Pourtant, il n’est pas rare aujourd’hui sur notre fleuve et notre canton compte plusieurs familles issues de la réintroduction menée par la Société d’études et de protection de la nature du Loir-et-Cher dans le milieu des années 70.

Jeune Castor à Combleux Coulée dans une rive
Jeune Castor à Combleux Coulée dans une rive
Coupe en biseau Pied dans la vase
Coupe en biseau Pied dans la vase
Coupe pour le transport Terrier-hutte
Coupe pour le transport Terrier-hutte
Réfectoir avec reste de branchages Coupe en crayon
Réfectoir avec reste de branchages Coupe en crayon

La flore des boisements est banale et constituée d’espèces florissant tôt dans la saison avant que les feuilles n’apportent trop d’ombrage.

L’avifaune se rapproche de celle que l’on peut trouver dans nos parcs et jardins : Fauvette à tête noire, Rouge-gorge, Mésanges charbonnière et bleue, Pinson des arbres, Pics vert et épeiche, Pigeon ramier et parfois Tourterelle des bois, Merle noir etc …

Faucon crécerelle Geai des Chênes
Faucon crécerelle Geai des Chênes
Grimpereau des jardins Grive muscicienne
Grimpereau des jardins Grive muscicienne
Hibou moyen-duc Merle noir
Hibou moyen-duc Merle noir
Mésange bleue Mésange charbonnière
Mésange bleue Mésange charbonnière
Pigeon ramier Rouge-gorge
Pigeon ramier Rouge-gorge