Histoire du canal d’Orléans

L’histoire du canal d’Orléans est indissociable de celle du canal de Briare. Ce dernier, reliant la Loire au Loing fut mis en service en 1642 et permit aux bateaux descendant la Loire de quitter celle-ci à Briare pour se diriger vers la capitale. Le problème de la navigation « avalante » étant réglé, celui de la navigation « remontante » restait entier. En effet, les bateaux remontant de basse Loire arrivaient sans trop d’encombre jusqu’à Orléans, grâce aux vents dominant d’Ouest, le vent de galarne. Mais passé Orléans, remonter les grands méandres de la Loire, souvent à contre vent, pour atteindre Briare, prenait beaucoup de temps et coûtait donc fort cher. L’idée de la construction d’un canal reliant la Loire dans les environs d’Orléans au Loing, près de Montargis, s’imposa rapidement. Cela fut d’autant plus facile qu’entre Grignon et le Loing existait depuis 1676 un petit canal permettant à un forestier, Robert Mahieu, d’acheminer les bois coupés en Forêt d’Orléans jusqu’à Paris. Face aux difficultés financières rencontrées par ce dernier, c’est le Duc d’Orléans, frère de Louis XIV, qui va reprendre et mener à son terme le projet.

Le canal d’Orléans, terminé en 1691 mais emprunté pour la première fois en 1692 permet sur une longueur d’un peu plus de 75 km entre Combleux et Buges de franchir un dénivelé de 26 m sur le versant Loire et 38 m sur le versant Seine. Ces dénivelés sont franchis grâce à 25 écluses. L’alimentation en eau du canal fut toujours un problème et nécessita le creusement d’étangs en forêt d’Orléans ainsi que la mise en place de station de pompage sur toutes les écluses du versant Loire afin de remonter l’eau de biefs en biefs.

Démolition de la cabane abritant la pompe prenant l’eau en Loire pour alimenter le bief de Chécy-Combleux

Démolition de la cabane abritant la pompe prenant l’eau en Loire pour alimenter le bief de Chécy-Combleux

Sur le versant Ouest, la construction du canal va emprunter en partie la vallée de la rivière l’Oussance, dont la dénomination a connu plusieurs variantes au fil du temps, puisqu’elle est connue aussi sous le nom de «rivière du Sens» ou «Le Cens». Cette petite rivière qui prend sa source sur la commune d’Ingrannes, débouchait dans la Loire au niveau du Port Morand à Chécy. Mais du XVI au XVII e siècle, après que la Loire se fut éloignée du coteau, l’Oussance eut un tracé plus long suivant le coteau jusqu’au lieu dit le clocheton, De là, elle se dirigeait vers Combleux pour se jeter en Loire au niveau du déversoir actuel. Cette partie entre le Clocheton et la Loire, ne fut pas repris lors de la création du canal, mais on peut encore en voir des traces au milieu des taillis.

Compte tenu de la qualité des terrains, l’étanchéité du canal se révéla loin d’être satisfaisante en aval de Chécy, et il fut décidé de reconstruire une partie du bief. La partie du canal située entre Chécy et l’actuel Pont Tournant, fut reportée de quelques dizaines de mètres plus au sud. Pour la construction de cette nouvelle section et de ses levées, il fut prélevé dans l’ancien bief de grandes quantités de terre. La trace de ces travaux se trouve sous la forme d’une longue et profonde dépression entre le coteau et le canal, connue sous le nom de «gouffres du Cens». La jonction de l’ancienne section avec la nouvelle, constitue un élargissement important connu sous le nom de la cale-à-Girard, dénomination en rapport avec le marinier charpentier, Mr Louis Girard qui, vers 1850, habitait le Clocheton. Cette cale de radoub, permettait, en fermant des portes d’écluse, de mettre les bateaux à sec sur des madriers pour pouvoir les réparer dans un lieu plus sûr que les grèves de la Loire.

Avec l’ouverture du canal, Combleux devint, un lieu de transit important et les bords de Loire furent aménagés en conséquence pour recevoir les nombreux bateaux qui déchargeaient leurs marchandises ou qui attendaient pour le passage de l’écluse. Les bateaux qui venaient de la Loire et se présentaient à l’embouchure de Combleux, étaient tout d’abord contrôlées par l’éclusier qui en vérifiait la charge et le tirant d’eau. Les mariniers venaient se faire inscrire à la maison du contrôleur et attendaient leur tour avec plus ou moins de discipline pour le passage de l’écluse, priorité étant donnée aux bateaux chargés des denrées périssables comme les bateaux-viviers transportant des poissons. Arrivés à la maison du receveur dans l’ancien monastère de Pont Aux Moines, les mariniers se devaient d’acquitter les droits de circulation. L’avancée des bateaux jusqu’à la Seine, se faisait par un halage à dos d’hommes, qui furent ensuite remplacés par des chevaux.

chaland sur la Loire chaland sur la Loire
Deux grands chalands sur la Loire

L’âge d’or de ce canal se situe entre 1830 et 1850, mais la concurrence du chemin de fer, et le développement de la vapeur facilitant l’approvisionnement de la capitale par la Seine, entraîne le déclin de la marine de Loire, et l’activité sur le canal se ralentit d’année en année. Pour sauver la situation, un projet, de prolongement du canal à partir de Combleux jusqu’à Orléans, est adopté en 1905 alors qu’il était depuis très longtemps réclamé notamment par la Chambre de commerce d’Orléans. ­­­

Les travaux du nouveau canal commencés en 1907 vont à nouveau bouleverser la physionomie de Combleux : des propriétés sont morcelées ou détruites, le quartier de l’embouchure prend l’aspect d’une île, un pont tournant et une écluse sont construits.

Creusement du nouveau canal
Creusement du nouveau canal

Après une interruption des travaux, en raison de la guerre, le nouveau canal est inauguré le 13 juillet 1921, mais il aura une durée de vie assez courte puisqu’il est déclassé en 1953 et interdit à la navigation en 1954.

Embranchement du canal vers Orléans
Embranchement du canal vers Orléans

Depuis quelques années, un vaste programme de restauration du canal a été engagé. L’agglomération d’Orléans a remis en service l’écluse permettant au canal de déboucher sur la Loire au niveau d’Orléans. Le Conseil Général du Loiret finance un très important programme sur 20 ans. Aujourd’hui, tout le versant Seine est de nouveau navigable de Grignon à la jonction du canal de Briare. Sur le versant Loire, il devrait être possible fin 2010 de joindre Orléans à Fay-aux-Loges après la rénovation de l’écluse située près de l’église de Combleux et la remise en état du pont tournant, au cœur de Combleux.