Grincheux et les sept mains

Sept, c’est le nombre de représentants de l’opposition au sein de la commission permanente du Conseil général et ce sont donc malheureusement les seules mains qui se sont levées avant-hier pour s’opposer au hold-up d’Eric Doligé sur les cuisines de cinq collèges du Loiret. La majorité a comme d’habitude fait preuve d’un soutien sans faille à son président et a entériné une décision plus que douteuse et déjà mise en oeuvre au mépris des principes élémentaires de démocratie.

Du coup, même si l’on n’en sait pas plus sur les intentions réelles de l’exécutif départemental, il deviendra bientôt impossible que les collégiens de Bazoches, Châteaurenard, Chécy, Ferrières et Traînou puissent déguster à la cantine des repas réellement cuisinés sur place. Pourtant, pour garder la porte ouverte à toutes les évolutions, il suffisait de ne rien changer au contrat de partenariat signé il y a moins d’un an. Le Conseil général ne gagne donc pas un centime en renonçant à de vraies cuisines mais son président voulait être sûr que le recours à la livraison de plats en liaison froide, partielle ou totale, deviendrait incontournable.

Ce choix purement idéologique apparaît comme une vengeance personnelle d’Eric Doligé, écoeuré de vivre sous un gouvernement de gauche et résolu à en faire payer le prix fort aux Loirétains en appliquant sans modération les recettes ultralibérales. Cruelle dérive, au terme de son ultime mandat, pour un élu qui s’était plutôt bien coulé jusque-là dans le moule d’une institution départementale bicentenaire, modérée et consensuelle, voire un brin archaïque ;-). Son récent engouement pour la modernisation, la rationalisation et l’optimisation à marche forcée se traduit malheureusement par un abandon des populations qui en ont le plus besoin et qui ne sont même plus écoutées.

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Non à la cuisine centrale privatisée

Petit retour sur une décision incompréhensible des hauts fonctionnaires du Conseil général (c’est à se demander si le Président lui-même était au courant quand on voit que plusieurs Vice-présidents sont tombés des nues).

Comme je l’annonçais récemment, nous manifestâmes hier, plutôt nombreux. On me voit en train de répondre aux questions du site Orléans infos.

Voici ce que j’ai dit pour un autre media, Agorapress :

Se débarasser des fonctionnaires jusqu’au dernier ?

L’acharnement avec lequel Eric Doligé détruit les services publics départementaux ne connaît plus de limite.

Six ans après le collège de Villemandeur et les contentieux contre le Département finalement perdus par les entrepreneurs, il semble qu’aucun investissement du Conseil général n’échappe désormais au système de partenariat public-privé (PPP). Un moyen pour la collectivité de se débarrasser de toutes les missions qui lui incombent.

Après les projets de franchissement de la Loire (3 dans le département) et les 3 nouveaux collèges de Sainte-Geneviève des Bois, Meung et Saint-Ay, ce sont désormais 12 nouvelles casernes de pompiers, 5 collèges et 1 cuisine centrale qui ne seront ni construits ni administrés sous maîtrise publique. Les contrats de partenariats ne relèvent plus d’une méthode originale et exceptionnelle pour passer des marchés urgents ou complexes. C’est une offensive idéologique forcenée pour dépouiller le service public et démanteler la collectivité elle-même. Si on continue à ce rythme, dans dix ou vingt ans, le Conseil général ne sera plus qu’une coquille vide qui percevra des fonds publics et les reversera sous forme de loyer à des multinationales chargées de s’occuper des besoins de la population. Avec toute la philanthropie qu’on leur connait.

Le comble est atteint avec le dernier projet sorti de l’imagination débordante des hauts fonctionnaires départementaux. Voici le schéma qui semble avoir été prémédité :
1/ chaque fois qu’un collège connaît une difficulté avec la cantine, on bascule sur un contrat de livraison des repas
2/ on construit des collèges nouveaux sans capacité de fabriquer les repas sur place
3 on dénonce haut et fort les normes sanitaires exigeantes qui risquent d’impliquer la responsabilité des élus en cas de problème
4/ on propose une cuisine commune à deux collèges, puis à trois (début septembre)
5/ et pour finir, on dévoile le projet démentiel qui consiste à confier à un partenaire privé la création d’une seule cuisine centrale situé à Meung-sur-Loire (tiens, tiens !) pour servir des repas réchauffés aux collégiens jusqu’à Gien ou Montargis.

Bien entendu, les syndicats des agents départementaux, les syndicats de l’Education nationale et les associations de parents d’élèves s’offusquent de voir la restauration scolaire ainsi maltraitée. Sous couvert d’économies qui restent à prouver, ce qui est sûr, c’est que bientôt les collégiens ne mangeront plus que du réchauffé.

Aussitôt que le projet fut officiel, le groupe socialiste, écologiste et républicain a publié un communiqué auquel j’ai contribué. A l’occasion de la commission consultative des services publics locaux qui se tenait hier, nous avons exprimé très fortement nos arguments contre le refuser d’assumer la sécurité sanitaire et contre le transfert au secteur privé d’agents départementaux injustement dénigrés et dont nous pouvons constater tous les jours le professionnalisme. Résultat, l’avis rendu s’est partagé entre 3 pour et 3 contre.

Evidemment, cet avis mitigé n’arrêtera probablement pas la détermination du Président Doligé. Mais la protestation va se poursuivre, à commencer par une manifestation le 16 novembre prochain à l’appel des syndicats et de la FCPE. N’hésitez pas à vous joindre à nous pour réclamer des vrais repas servi un service public désintéressé.

Enfin, en dehors de cette cuisine centrale privatisée, la poursuite des rénovations de collèges par PPP conduit à y retrouver le projet de reconstruction du collège Pierre Mendès-France à Chécy. Le truc consiste à rassembler cinq des collèges programmés pour les années à venir puis à prétendre que c’est compliqué de les faire tous les cinq en même temps et puisque c’est compliqué on fait un PPP. Au passage, même si la nourriture est encore annoncée comme cuisinée sur place, elle sera fournie par le partenaire privé après transfert forcé des agents territoriaux. Là encore, peut-être qu’une mobilisation locale pour le service public pourra montrer la détermination de la population à ne pas laisser dilapider la richesse des biens communs … en attendant 2012 pour exprimer votre rejet de cette droite décomplexée, ce que je conseille de faire par un bulletin Eva Joly, bien entendu ;-).