Ce n’est qu’un au revoir …

Le conseil général c’est fini, vive le conseil départemental. C’est ce que j’ai ressenti au sortir de l’ultime session plénière, sans grand enjeu, qui se tenait la semaine dernière. Elle était étalée sur deux jours, les 12 et 13 mars, ne serait-ce que pour avoir deux occasions de partager un bon repas entre élus, si j’en crois une boutade lancée par Eric Doligé.

La première journée, le jeudi, consista en la séance habituelle avec discours de président le matin et examen des rapports l’après-midi. La prestation d’Eric Doligé tourna rapidement au bilan de ses 21 ans de présidence, suivi de l’éloge de tous les conseillers appelés à quitter l’assemblée car ne se représentant pas. Un certain nombre d’entre eux lui répondirent sur le même ton très conciliant et artificiellement apaisé en cette période de campagne électorale. Ne voulant pas rompre l’entente cordiale, je me contentai d’ironiser par quelques tweets que vous pouvez désormais apercevoir dans la colonne de gauche de ce blog et plus généralement ici.

Cette apparente apathie me valut une brève interview un journaliste de la République du Centre qui se passionne plus, parfois, pour ne nombre de prises de parole que pour leur contenu. Il en résulta la brève ci-contre qui traduit finalement assez bien mon état d’esprit. Elle montre aussi à quel point le bilan de la majorité UMP est éloigné des réalités sociales du Département alors même que cette collectivité est en charge de la politique de justice sociale et d’égalité. Mais bon, quand on a pour but d’édifier le paradis des camions, on ne peut pas en plus s’assurer que les enfants et les personnes âgées ont accès à leurs droits les plus élémentaires.

Après un premier « banquet », donc, nous nous retrouvâmes le jeudi après-midi pour expédier les affaires courantes, à savoir quelques aménagements des sentiers de randonnée du Loiret, une mutualisation des formations de nos agents et une information sur le patrimoine départemental. Tout cela fut réglé en un peu plus d’une heure. Restait à trouver une idée pour revenir le lendemain et le président proposa d’aborder en séance la question de la réforme territoriale. Bonne idée, même si elle paraissait un peu incongrue après des années pendant lesquelles il s’est toujours exprimé à ce sujet sans nous consulter, que ce soit pour annoncer la fusion du Loiret avec l’Eure-et-Loir ou pour dénoncer tel ou tel aspect des propositions du gouvernement de gauche. Je décidai donc de participer au débat du vendredi … et au déjeuner officiel qui suivrait. Après tout, c’était peut-être le dernier de ma carrière politique, non ? 😉

La dernière séance débuta à nouveau par un exposé du président qui précisa qu’il n’avait pour objectif que de recueillir notre avis et à travers nous celui de nos administrés que nous ne manquons pas de croiser en cette période électorale.

Il développa ensuite sa vision de la réforme territoriale qui se résume assez facilement en disant que le Département est la meilleure des institutions et que celui du Loiret est vraiment exceptionnel. Bien entendu, les exemples à l’appui de cette conviction n’ont pas été pris parmi les services rendus aux citoyens mais privilégiaient encore et toujours les acteurs économiques privés ou le rôle de « bâtisseur » qui caractérise les élus cherchant à laisser une trace.

Au milieu de plaintes renouvelées contre le gouvernement, Eric Doligé nous resservit sa litanie contre toutes les normes et il souligna le coût exorbitant des fouilles archéologiques que la loi impose dans tout projet d’aménagement. 6 millions pour seulement préparer le terrain à la zone d’activité d’Artenay-Poupry, cela fait réagir notre président qui se demande si on ne pourrait s’en sortir avec seulement le dixième de cette dépense. La question n’est pas totalement déplacée, mais alors pourquoi continuer à assurer une publicité élogieuse à ces fouilles archéologiques si c’est pour en réclamer ensuite la suppression ?

Plusieurs de mes collègues donnèrent aussi leur point de vue, pas toujours en accord avec le président mais cherchant à souligner parfois ce qui nous rassemble. Certains lui donnant quitus sur le sujet de la suppression de la compétence générale des collectivités locales, d’autres défendant avec lui le cumul des mandats ou le maintien de la gestion des collèges au niveau départemental.

Christophe Chaillou évoqua plus gravement son inquiétude face aux réactions de la population à l’égard des élus, toutes tendances confondues. Il analysa fort justement l’éloignement des citoyens vis-à-vis de l’action publique et collective, conduisant à un pessimisme radical qui se retourne, parfois irrationnellement, contre toute forme d’engagement politique sincère.

Quelques membres de la majorité départementale renforcèrent le plaidoyer du président en faveur des zones dites « rurales » et de leur prétendu besoin d’un conseiller général à l’ancienne pour les représenter.

J’intervins parmi les derniers, à l’approche du repas, pour exposer la position écologiste concernant l’organisation territoriale.

Après mon collègue Michel Guérin faisant ses adieux, ce fut Hugues Saury (le dauphin ?) qui conclut en estimant que, finalement, les différentes interventions s’accordaient à défendre les départements. Il proposa que l’assemblée adopte un voeu commun résumant l’opinion générale.
C’était faire peu de cas des divergences apparues dans le débat mais l’opération avait sans doute été conçue en amont car le président Doligé enchaîna aussitôt en approuvant la suggestion et en se lançant dans une digression supposée devenir le texte d’un vote. Confus et abusivement consensuel, son propos fut difficiule à suivre. Cela ne l’empêcha pas de prétendre à la fin que c’était donc le point de vue désormais officiel de tout le conseil général.
Je lui fis donc remarquer qu’il était en train de se moquer de nous et de gâcher un débat pourtant pluraliste et constructif. Pour moi comme pour toute l’opposition, il était inconcevable de transformer nos échanges en un vote et de voter sur la seule base d’un exposé oral plus ou moins improvisé et incohérent. Je rappelai que le règlement du conseil général prévoit qu’un voeu ne peut-être débattu et éventuellement adopté que si son texte en a été déposé 12 jours avant la séance. Nous étions là, au contraire, au terme d’une matinée ajoutée officieusement à l’ordre du jour et face à une délibération dont aucun élu, pas même le Président, n’aurait pu donner le contenu exact puisqu’elle venait d’être inventée en direct et à l’oral.
Cela tourna à la confusion quand le président maintint l’idée que nous venions d’adopter, sans vote mais « avec trois abstentions », cette absence de texte. Autrement dit, je me demande encore ce que pourra bien être le compte rendu officiel de cette ultime séance du conseil général du Loiret.

Dommage de terminer sur une fausse note mais cela montre bien qu’il est nécessaire de maintenir une représentation solide de la gauche et des écologistes à l’échelle départementale. Ne serait-ce que pour les décisions restent transparentes et publiques.

Encore un budget pour les plus riches

Le conseil général a adopté pour 2015 son dernier budget avant le renouvellement de l’assemblée et la mise en œuvre de la réforme des départements. Dans une période de contraintes financières, les choix opérés par la majorité de droite n’en sont que plus écrasants : persistance des aides attribuées sans discernement et priorité accordée à des équipements publics souvent superflus au détriment de la réduction des inégalités.

Pourtant, la collectivité départementale est la seule compétente pour l’insertion ou pour la solidarité. Dans le Loiret, malheureusement, les dépenses vont d’abord aux politiques de prestige, aux secteurs déjà les mieux dotés ou relevant de la compétence de la Région.

Avec ma collègue écologiste Estelle Touzin, ces injustices nous choquent autant que l’indifférence à l’égard de notre environnement et nous avons été amenés à rejeter de nombreuses délibérations ou à nous abstenir dans certains cas, parfois seuls et souvent accompagnés par les élus communistes et socialistes.

Je vous ai déjà donné un aperçu de la première journée de cette session plénière du conseil général qui se tenait mardi. Les deux journées suivantes se sont enchaînées à un rythme soutenu et je vais tâcher d’en rendre compte très largement, du moins en dehors des dossiers pour lesquels le vote a été unanime (heureusement, il y en a beaucoup quand même).

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Entrée en matière contrastée pour le budget 2015

L’assemblée départementale entamait hier une semaine de session plénière consacrée au vote du budget tandis qu’une contestation inédite s’exprimait à nos portes, rassemblant l’ensemble des organismes qui assurent l’hébergement de personnes handicapées.
A l’intérieur, le climat était plus calme, les esprits étant sans doute déjà tournés vers la future campagne électorale qui se prépare pour les élections départementales des 22 et 29 mars prochain.

En attendant, jusqu’à vendredi, il faudra quand même examiner avec attention le budget préparé par la majorité pour l’année 2015. Hormis le lancement de la labellisation de l’Agenda 21, il n’y aura pas vraiment d’autres décisions prises dans les jours qui viennent.
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Affrontements en douceur pour la session de rentrée

Dans un monde en ébullition et tandis que les collectivités françaises ne sont pas moins agitées par la réforme institutionnelle qui fait des zig-zag, la session de septembre du Conseil général du Loiret a presque fait figure d’oasis de calme et de consensus politique.

C’est en effet un ton particulièrement modéré qu’a adopté le président Doligé en introduction et il a ensuite contenu les sempiternelles récriminations qui marquent ses discours depuis deux ans.

Il y avait pourtant quelques raisons de voir émerger nos divergences et je crains d’avoir joué au fauteur de trouble lorsque j’ai mis en évidence l’instrumentalisation des agents du Département au profit du parti du président du Conseil général. C’est notamment le cas quand on leur demande de diffuser un texte de dénonciation du gouvernement particulièrement engagé.

Comme la session a presque entièrement tenu en une journée (celle de demain sera de pure forme si l’on excepte la visite du Préfet), mon compte-rendu promet d’être un peu long. Mais il faut bien ça parce que je crains que vous ne trouviez guère d’écho des positions écologistes par ailleurs.
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Retour sur une rentrée très communicative

La rentrée scolaire 2014 a donné lieu à une grande campagne de promotion du Conseil général du Loiret qui mérite d’être relativisée.
Oui, le Conseil général mène depuis 30 ans un renouvellement régulier des bâtiments des collèges du Loiret selon la compétence qui lui a été déléguée. L’investissement a été et reste considérable en la matière, pour le plus grand bien des jeunes qui étudient ainsi dans de meilleures conditions.
Mais les deux collèges neufs livrés cette année tout comme les trois qui suivront en 2015 ont plus que jamais été payés à crédit. Le partenariat public-privé (PPP) qui regroupe ces investissements va peser durablement sur l’équilibre financier de notre collectivité dont la dette est bien au-dessus de la moyenne des départements comparables. Selon la chambre régionale des comptes : « l’endettement indirect que représente ce type de montage [les PPP] pour la collectivité est non négligeable ».
Finalement, les belles réalisations d’aujourd’hui peuvent sonner le glas de cette politique généreuse en faveur de l’éducation à moins que la majorité ne projette de faire payer à d’autres ses audaces financières, ce que nous constatons malheureusement dès qu’il s’agit de venir en aide aux populations en difficulté.
Fin de la prévention spécialisée, abandon de l’accueil provisoire des jeunes majeurs au profit d’une aide beaucoup plus modique, fin de la présence de personnel infirmier dans les centres d’accueil de personnes handicapées, mises en place de contraintes qui interdisent les investissements dans ces mêmes centres, fin de l’aide aux systèmes de téléassistance des personnes âgées, instauration puis augmentation des tarifs de transports scolaires … depuis quelques années les régressions se succèdent dans le Loiret dès qu’il s’agit de solidarité et de cohésion sociale, la première des compétences que la loi confère aux départements.
A chaque fois, il nous est expliqué que le Conseil général en faisait trop et qu’il doit cesser de pallier des défaillances imputables à l’Etat. Cela s’accompagne d’un discours partisan dénonçant le gouvernement en place, y compris en y employant sans retenue les ressources de la collectivité. Le magazine Loiret Mag est entièrement détourné de son rôle et devient digne de la Pravda.
Il y a parfois du vrai dans les responsabilités imputables à l’Etat, même si cela ne date pas de l’arrivée de la gauche au pouvoir. Mais il est pour le moins curieux que ce constat récent ne soit pas appliqué dans tous les domaines. Car lorsqu’il s’agit de se mêler de ce qui ne le regarde pas, le Conseil général du Loiret n’est pas en reste. Que ce soit pour le développement économique, l’autoroute A19, l’enseignement supérieur et la recherche, le Département empiète volontiers sur les plate-bandes de l’Etat.
C’est encore plus parlant dès qu’il s’agit d’éducation et de jeunesse. Alors que Conseil général s’était toujours interdit de financer des livres scolaires des collégiens, ce qui incombe à l’Education nationale, des tablettes numériques ont été mises en place à grands frais … dans le canton d’élection du Président. Au lieu d’aider les jeunes en difficulté avec des éducateurs de rue, c’est toute une équipe de communication qui concocte une propagande permanente à destination des collégiens sous couvert de soutien pédagogique (encore une compétence que le Département ne devrait pas exercer). L’application MOD’J, vanté par une campagne publicitaire, propose d’ailleurs un contenu dont le choix reste opaque. On y trouve des informations internes, des sources institutionnelles ou des supports privés arrivés là on ne sait comment. Il est d’ailleurs paradoxal d’employer des agents départementaux pour ce travail scolaire et de s’en vanter alors que, dans le même temps, le personnel chargé de nourrir les collégiens est dessaisi de son travail avec l’externalisation et la privatisation de la restauration scolaire.
Enfin, le point commun de chacun de ces dossiers, c’est la constance avec laquelle les citoyens sont écartés des décisions qui les concernent. Jamais consultés les usagers des cars dont les tarifs augmentent, jamais consultés les élèves et leurs parents lorsqu’un collège est reconstruit en PPP, jamais consultées les associations du secteur médico-social avant de leur annoncer des coupes budgétaires.
Voilà pourquoi, si l’on peut se réjouir de la bonne santé du Loiret relativement à d’autres territoires français, il est un peu indécent de lire ou d’entendre aussi fréquemment les louanges que s’adresse lui-même le Conseil général. Cet autosatisfaction devient de l’aveuglement face aux difficultés qui touchent de nombreux Loirétains.