Déplacements automobiles : préparons la suite

A la veille d’un week-end chargé sur les routes, force est de constater que, tandis que le CAC40 et le baril de pétrole repartent à la baisse, le litre de Super continue de monter (au risque de fâcher la majorité, je ne m’intéresserai pas au gas-oil, un carburant pour camions dont l’utilisation par des véhicules citadins est relativement inappropriée). Du coup, dans mon petit baromètre de la colonne latérale, je vais laisser de côté le baril (actuellement à 86 euros) pour continuer de poser la question rituelle : avec l’essence à 1 euro 52 le litre (à Saint-Jean de Braye), est-ce le moment de construire des ponts sur la Loire ?

Et justement, en dépit des départs en vacances d’une large part de la population – mais pas toute, loin s’en faut – la consommation d’automobile ne se porte pas très bien en ces temps de disette (les chiffres du chômage et du pouvoir d’achat s’obstinent à bafouer les promesses du Président). Tout d’abord, nous apprenons que les Français n’achètent plus beaucoup de voitures depuis que l’on a cessé de subventionner la casse des vieux modèles (encore un casse-tête écolo, ça : faut-il rouler avec une voiture qui marche encore et qui pollue ou bien user énergie et matières premières pour en produire une neuve qui pollue moins ?).
En outre, non seulement nous n’achetons plus autant de voitures mais nous nous servons un peu moins de celles qui existent. Rien que dans le Loiret, les trafics routiers sont en baisse régulière ces dernières années alors que la population du département est en hausse.

A priori, voilà de quoi réjouir un écologiste. Malheureusement, cette évolution, prévisible et prévue depuis longtemps par les écolos, n »a pas été anticipé par ceux qui ont gouverné en nous traitant de doux rêveurs. Oui, je me réjouirais de voir la population se détourner peu à peu de tous les usages superflus de l’automobile si seulement les alternatives avaient été correctement développées de façon à préserver la mobilité de tous. Or, si les Français laissent leur voiture de côté, c’est aujourd’hui le plus souvent sous la contrainte, faute d’argent ; une contrainte d’autant plus insupportable que notre société mène la vie dure à celui qui n’a pas de voiture. Et qu’est-ce qui a été prévu dans le Loiret pour que chacun puisse continuer à vivre sans se ruiner à payer sa bagnole ? L’A19, une des autoroutes les plus chères de France et pourtant largement subventionnée par les contribuables du Département. Et qu’est-ce qui est prévu par le Président du Conseil général pour l’avenir ? Encore une dizaine de nouvelles routes dont trois qui franchissent la Loire pour un coût si élevé qu’on ne peut même plus entretenir le réseau existant. Et toujours pas le moindre signe en faveur de la ligne de train Orléans-Châteauneuf que le Conseil Régional veut rétablir.

Alors de deux choses l’une : ou bien ceux qui gouvernent notre département et notre pays sont incapables de prévoir quoi que ce soit en matière de ressources disponibles et durables sur notre planète, ou bien ils savent réellement où ils vont et ont décidé de préparer une société ouvertement inégalitaire avec, pour ne parler que des déplacements, des aéroports, des autoroutes et des TGV pour que les privilégiés aillent plus vite tout en faisant croire aux masses que ce sont elles qui en profiteront.

Le prix de la liberté … et le prix du baril

Le monde arabe est en train de donner une belle leçon de démocratie à la vieille Europe.

Tandis que nos sociétés voient leur prospérité s’éroder et les mentalités se réouvrir aux pires relents xénophobes, ce sont des peuples parmi les plus méprisés des bien-pensants qui ont décidé de prendre leur destin en main et de se dresser contre ceux qui les oppriment.

Il est facile aux racistes comme aux impérialistes décomplexés qui nous gouvernent de s’imaginer que les populations africaines et arabes ne sont pas mûres pour la démocratie. On a même pu entendre notre Président affirmer que les Africains ne sont « pas encore entrés dans l’histoire ».

La vérité, c’est que tous les humains sont capables du meilleur comme du pire. Les révoltes en Afrique du Nord et dans le Golfe persique ne signifient pas encore que ces populations sont devenues un phare pour l’humanité. Mais elles imposent une saine humilité aux européens pétris de droits de l’Homme. Surtout si l’on songe à la montée de l’intolérance qui accompagne la crise économique sur notre continent.

Et il se pourrait bien que la marche vers la démocratie des peuples du Sud nous conduisent à une autre révision de nos certitudes occidentales. En effet, l’instabilité dans des pays producteurs de pétrole a des conséquences  immédiates sur le coût d’une énergie dont nous avons trop longtemps pensé qu’elle nous était due à bas prix. Si, comme on peut l’espérer, le processus en cours produit effectivement une nouvelle stabilité sans dictature, il n’y a aucune raison de s’imaginer que cela perpétuera le pillage que les régimes totalitaires nous autorisaient. Il faudra donc s’habituer à devoir négocier d’égal à égal avec nos fournisseurs.

On peut même espérer qu’avec le pouvoir rendu aux populations ces états optent vers un ralentissement des exploitations les plus nocives, à l’image de l’Equateur qui propose de ne pas extraire les combustibles fossiles de son sous-sol afin de préserver la biodiversité du pays et de lutter contre le réchauffement climatique. Le genre de souci qu’on ne risquait pas de trouver chez Kadhafi par exemple. Une telle démarche serait tout aussi urgente dans un pays comme le Niger où l’absence d’état de droit autorise des sociétés européennes à travailler au mépris de toutes les précautions environnementales (sans parler des prises d’otages qui accompagnent une situation typiquement néocoloniale).

L’émergence démocratique en Afrique et au Moyen-Orient devrait donc nous amener à une transition d’autant plus rapide vers une société sans pétrole. Se débarrasser de notre addiction, comme dirait Greenpeace.

Alors, aujourd’hui que le prix du baril est repassé au-dessus de 100 dollars, je repose la question qui occupe la colonne latérale de ce blog depuis 4 ans : quand le pétrole devient rare et coûteux, est-ce vraiment le moment de construire des ponts sur la Loire pour continuer à se déplacer en voiture et à transporter des marchandises en camion ? J’en profite pour ajouter une nouvelle information à cette rubrique indémodable : en plus du prix du baril à New-York, j’indiquerai désormais le chiffre plus parlant du prix du litre de super sans plomb 95 dans une station de référence de Chécy.