2011

L’évolution des techniques permet à tout un chacun, du Président de la République au plus modeste des conseillers généraux, de présenter des vœux à qui veut bien les écouter (ou les lire, ci-dessous).

Je ne serai sans doute pas très original, mais à tous, je souhaite de vivre 2011 en bonne santé, chacun avec des raisons de profiter de la vie, tous ensemble dans notre grande diversité.

A propos de diversité, justement, il y aurait beaucoup à dire. Je forme le vœu que notre ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, comprenne toute la richesse que les humains peuvent retirer de leur diversité. Je souhaite que la liberté de circulation progresse partout dans le monde lorsqu’il s’agit des citoyens et qu’elle ne soit réglementée que lorsqu’il s’agit des capitaux ou des transports de matières premières par exemple.

Je n’oublie pas non plus que s’achève l’année internationale de la biodiversité. Les humains, comme tous les êtres vivants, ne peuvent vivre durablement sans un lien étroit avec leur environnement. Le fait que la multiplicité des formes de vies sur terre soit aujourd’hui menacée, comme jamais par le passé, cela aura forcément un impact sur l’espèce humaine. On ne peut plus construire une route, pas même un collège, mais encore moins une route, sans se poser la question de la surface empruntée à la planète. On ne peut pas négliger le moindre hectare de terre arable dans un monde de 6 milliards d’habitants. On ne peut pas plus négliger la zone humide ou la forêt ancienne qui disparaît sous le béton. Nous devons désormais agir avec plus de précaution.

Pourtant, au sein du Conseil général du Loiret, j’entends souvent des plaintes contre toutes les normes et les « contraintes » légales qui freinent l’action de la collectivité. Et je viens justement d’apprendre, en lisant le Canard enchaîné, que ce genre de discours fut également tenu ces dernières années par un grand industriel du Loiret. Le Président Sarkozy l’avait alors chaleureusement approuvé tout en lui remettant la grand-croix de la Légion d’honneur. Puisque c’est de Jacques Servier qu’il s’agit, je ne peux m’empêcher de penser aux obstacles que l’application du principe de précaution aurait mis en travers du Médiator, un médicament contre lequel le milieu médical se déchaîne aujourd’hui. En fin de compte, peut-être que certaines « contraintes » ne sont pas inutiles.

Voilà pourquoi je souhaite qu’en 2011, on ne regarde plus une fleur ou un papillon comme une « contrainte » pour le développement économique mais que l’on prenne sincèrement conscience que ce sont nos projets qui constituent des « contraintes » pour la qualité de vie. Au lieu d’entendre : « nous aimerions bien construire des autoroutes pour accroître le rendement du CAC40 mais les écologistes nous obligent malgré tout à préserver l’eau potable », on pourrait dire : « nous aimerions bien vivre sans nous épuiser au travail mais procurer à tous un logement et une alimentation saine nous oblige malgré tout à faire tourner quelques usines ». Voilà dans quel sens je voudrais que des « contraintes » s’exercent sur les habitants du Loiret.

Bien entendu, bien d’autres souhaits me viennent à l’esprit pour le canton de Chécy tout comme pour les récifs coralliens des antipodes mais pour conclure je reviendrais seulement à l’essentiel : portez-vous bien et gardez du temps pour vous émerveiller, ce sont mes vœux pour l’année 2011.

Etat policier (2)

Ah le bon M Hortefeux !

Il y a trois mois à peine, je commentais ici sa proposition de réintroduire la notion de vengeance dans la manière d’administrer la Justice.

Toujours d’attaque pour se mêler d’un Ministère qui, fort heureusement, lui échappe encore, Brice Hortefeux n’a pas raté l’occasion de venir au secours de policiers lourdement condamnés.  Et qu’ont-ils fait, ces braves fonctionnaires ? Eh bien, ils se sont simplement mis d’accord pour faire ensemble un faux témoignage permettant d’accuser d’un crime particulièrement grave un homme qu’ils savaient innocent de  cet acte … et pour cause, les vrais responsables étaient eux-mêmes policiers (cf. Le Monde).

Et notre Ministre de l’Intérieur de s’indigner : comment ? la police n’aurait pas le droit de faire des faux témoignages pour enfoncer un présumé coupable ? il faudrait que les gens soient présentés à des juges pour des actes qu’ils ont vraiment commis et dont on a la preuve ? Allons, ce n’est pas ainsi que les policiers pourront travailler sérieusement. Comment voulez-vous que les voyous craignent la police s’ils ne peuvent pas se dire qu’à tout moment celle-ci a le pouvoir d’embastiller qui bon lui semble, de le tabasser et même le rançonner au besoin ? Ah, au Chili, sous Pinochet, on ne s’embêtait pas avec de tels états d’âme. Et en U.R.S.S., vous croyez qu’ils avaient besoin d’un procès pour envoyer les gens au Goulag ? Oui, bien sûr, il y a parfois des bavures avec de tels systèmes. Mais que voulez-vous, on ne fait pas d’omelette sans casser les oeufs.

Vous croyez sans doute que j’exagère. Après tout, la victime des faux témoignages n’était peut-être pas un enfant de choeur. Mais attendre de la force armée en charge de la tranquillité publique qu’elle soit elle-même irréprochable dans l’exercice de ses fonctions, est-ce trop demander ? Donner à chaque policier un pouvoir discrétionnaire, quasiment de vie ou de mort, sur tout citoyen, n’est-ce pas prendre le risque de faire de la bavure la règle ? A ce rythme-là, combien d’adolescents verra-t-on opportunément s’accuser de cambriolages douteux chez des journalistes ou chez une ancienne candidate à l’élection présidentielle ? Combien de témoins de campagnes électorales illégales ou de marchés d’armement fructueux verra-t-on perdre subitement la mémoire ? Bref, combien d’affaires Dreyfus en perspective ?

La vendetta, stade ultime de l’Etat policier

J’ai de plus en plus l’impression que le stress permanent du gouvernement français et du Président grimpent vers des sommets où les plus grosses énormités peuvent être proférées sans sourciller. Je ne suis pas très instruit en droit et je vais peut-être écrire des bêtises mais il me semble que le Ministre de l’Intérieur bat des records.
Mais avant de commenter sa dernière trouvaille, je voudrais revenir sur un des titres lu hier matin dans mon quotidien régional : « Gitan tué : le gendarme acquitté, la famille en rage ». Au delà d’un respect de bon aloi envers le travail accompli en général par les fonctionnaires de la Gendarmerie, je ne connais cette affaire qu’à travers une interview de l’avocat de la famille de la victime. Je ne me prononcerai donc pas sur le fond mais il me paraît raisonnable d’imaginer la souffrance et la « rage » de cette famille. C’est ce qui m’amène à rapprocher cette histoire des propos publié le même jour par M Brice Hortefeux dans le Figaro magazine.

En effet, le Ministre de l’Intérieur y déplore tout « décalage entre la souffrance des victimes et la réponse pénale ». Je ne veux pas croire qu’il entende par là critiquer l’acquittement du gendarme qui a malencontreusement abattu un fuyard à Draguignan. Alors je me suis mis à réfléchir à cette idée de « le décalage entre la souffrance des victimes et la réponse pénale ».

Il me semble en fait qu’il existe d’autres systèmes appliquant une justice moins « décalée » de la souffrance des victimes. La vendetta, par exemple, consiste à ce qu’un membre du clan offensé soit chargé d’accomplir une vengeance décidée par les victimes elles-mêmes ou leurs proches. Plus besoin de Justice, même pas besoin de police non plus. Ceux qui souffrent se vengent et on n’en parle plus. Ou plutôt si, on en reparle, car en général les victimes de la vengeance se vengent à leur tour et ainsi de suite. Néanmoins, je ne suis pas sûr qu’un tel système ait encore beaucoup d’adeptes parmi les experts en droit.

Du coup, je me dis : n’est-ce pas le propre du droit d’être en « décalage » avec « la souffrance des victimes » ? N’est-ce pas l’essence même de la Justice que de prendre du recul, de juger les faits et les humains pour ce qu’ils sont et non à travers le prisme de la souffrance ressentie ?

Les victimes peuvent légitimement s’attendre à ce que tout soit entrepris d’abord pour trouver les coupables sans se tromper, ensuite pour les juger équitablement et aboutir à une condamnation proportionnée et enfin, pour redresser leurs torts et les réinsérer. Mais si la Justice rendue peut parfois réconforter les victimes, ce n’est pas là sa fonction première. Le rôle de la Justice me paraît être d’introduire une certaine confiance dans les relations sociales de sorte que chacun puisse juguler sa peur de l’autre en ayant l’assurance qu’une instance supérieure se charge de régler les conflits et de faire respecter une loi commune équitable.

A l’opposé, j’ai l’impression que, depuis huit ans déjà, la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy s’appuie sur les peurs les plus irrationnelles pour amener la France à ressembler à un Etat policier. Le caractère discriminatoire de cette politique, jusque là travesti en bonne blague auvergnate, est devenu cet été parfaitement explicite dans une circulaire de M Hortefeux. Depuis hier matin, en suggérant de supprimer tout « décalage entre la souffrance des victimes et la réponse pénale », le ministre de l’Intérieur envisage de passer au stade ultime de l’Etat policier, un stade où la police elle-même serait inutile et où la Vengeance deviendrait la loi.