Le détail d’un budget vraiment pas « durable »

Il y a quelques jours, je résumais ici le vote du budget survenu lors de la session plénière du Département. Comme à mon habitude, il me faut maintenant reprendre en détail les débats auxquels j’ai participé au cours des séances des 29 et 30 mars. L’examen de chaque thématique du budget, son vote et enfin une série de décisions de moindre « envergure » ont en effet occupé ces deux journées.

Pour le budget, il est clair que la question des dépenses routières aura été la plus clivante. Sur ce point, malheureusement, je demeure isolé face aux rêves d’expansion infinie des infrastructures qui motivent plus mes collègues que la lutte contre la pauvreté.

Pour le fonctionnement des collèges comme pour la plupart des politiques sociales du Département, la « vision comptable » qui continue de prévaloir empêche de mesurer clairement les besoins et d’y répondre de façon pertinente. Ainsi, ouvrir de nouveaux établissements d’accueil d’enfants handicapés reste un mirage tandis que certains parents galèrent toujours et doivent parfois chercher la solution jusqu’en Belgique.
Le plan départemental de cohésion sociale, comme bien d’autres textes de programmation des politiques publiques locales, semble voué à s’écraser contre le mur comptable. Il faut dire que les mesures gouvernementales de (non)financement des départements ne facilitent pas les choses, même dans un département ayant de fortes ressources comme c’est le cas du Loiret.


Budget pour sécuriser et moderniser les infrastructures
Rapport adopté à l’unanimité moins une voix contre, la mienne

Après que le Président de la commission des routes et des bâtiments, Alain Touchard, se fut réjoui que son budget soit passé d’un montant de 37 millions d’euros 2017 à 52 millions en 2018, c’est Pascal Gudin qui présenta la partie consacrée aux routes départementales.

C’est à ce moment-là que j’intervins comme d’habitude, pour exprimer ma désapprobation face au gaspillage que représentent les investissements pour l’agrandissement du réseau, en particulier la déviation envisagée pour le pont de Jargeau. Cette nouvelle route de 15km représenterait une dizaine de fois le budget annuel d’entretien des 4000 kilomètres de routes départementales existantes dans le Loiret. Or, l’entretien de ces routes et leur aménagement pour plus de sécurité sont absolument indispensables et je soutiens évidemment le retour à un budget plus raisonnable sur ces deux points. Cela ne m’empêche pas de trouver aberrant d’y ajouter la construction de routes nouvelles qui ne peuvent que créer encore plus de difficultés de circulation (en les déplaçant) tout en ravageant notre environnement et en gaspillant les terres agricoles. Pendant que, partout sur la planète, d’innombrables collectivités ont pris conscience du changement climatique et ont entrepris une transition écologique qui puisse en limiter les conséquences, le conseil départemental du Loiret reste donc bien ancré dans sa volonté de poursuivre le développement des années 70.

Voici comment je l’exprimai en séance :

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On me répondit que je serais le seul élu opposé au projet de Jargeau alors que tous les autres « font bloc » et qu’il s’agirait d’un « projet structurant ». En fait, si ce projet structure quelque chose, c’est la disparition de la fameuse « ruralité » qui aurait pu persister dans le val de Jargeau et aussi la poursuite de déplacements automobiles qui aggravent la crise climatique. Mais bien sûr, de ce point de vue-là, le Président Gaudet me ressortit la chimère des voitures électriques à venir. Comme si la France allait sans risque multiplier les centrales nucléaires pour construire et alimenter de tels véhicules supposés ne plus polluer. D’ailleurs, si c’était vraiment imaginable, cela ne manquerait pas de supprimer toutes les nuisances dont se plaignent les maires de Saint-Denis-de-l’Hôtel, de Jargeau et de Darvoy.

C’est aussi à ce moment-là que Marc Gaudet fit une de ses tirades à propos de nos « grands anciens » qui auraient été visionnaires, en leur temps, en choisissant de doter le Loiret de routes nouvelles. Ainsi, la tangentielle, sans laquelle les villes de Saint-Jean-de-Braye ou Chécy seraient aujourd’hui traversées par un flux considérable.

Il est indéniable que la France a eu raison, à une certaine époque, de se doter de routes. Il fut un temps, de même, où elle a eu raison de se doter de cabines téléphoniques aujourd’hui désuètes. Sauf que, non seulement la création de routes a constitué un des facteurs essentiels de l’accroissement du trafic et donc des embouteillages, mais il apparaît que cet accroissement du trafic a atteint son maximum depuis de nombreuses années et que, comme le disent les économistes qui font de la prospective, ce ne sont plus de ces infrastructures-là dont le pays a besoin.

Malheureusement, la lecture des études les plus sérieuses sur le mode de société où nous vivons aujourd’hui n’est pas la tasse de thé de certains de mes collègues. Ils préfèrent leur connaissance innée de ce qui était bon pour la population, connaissance ancienne fondée à une époque où l’on devait faire tourner le cadran du téléphone pour composer un numéro chiffre après chiffre (heureusement, à l’époque, il n’y avait que 6 chiffres par numéro !).

On m’opposa aussi le mythe selon lequel le Département serait un ardent partisan de la réouverture de la ligne SNCF Orléans-Châteauneuf et que, à ce titre, la déviation de Jargeau serait absolument indispensable au projet.

Face à cet enfilade de contre-vérités et de non-sens, je repris la parole avec une certaine véhémence.


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Budget pour l’organisation du service public de distribution d’électricité
Rapport adopté à l’unanimité moins une abstention, la mienne

J’avais abordé à propos des routes un des problèmes que me pose la politique de distribution d’électricité par le réseau départemental. Le niveau d’investissement pour l’entretien de ce réseau est absolument crucial si l’on veut qu’il reste en état de fonctionner correctement. Or, il existe une échéance en 2024 au terme de laquelle s’achève la concession de ce réseau à l’entreprise ENEDIS (ex-ERDF). Il me semble qu’il y a un sérieux travail à mener afin que, au moment de rechercher (ou non) un nouveau concessionnaire, le département ne se retrouve pas propriétaire d’une infrastructure vieillie et nécessitant des travaux coûteux. Autrement dit, que des économies réalisées aujourd’hui par le concessionnaire actuel ne deviennent pas une bombe à retardement pour l’autorité concédante qu’est le conseil départemental.

Avant de m’abstenir de voter ce rapport, j’ajoutai un autre motif de perplexité. Parmi les recettes fiscales permettant de financer l’entretien du réseau électrique, le Département a instauré un prélèvement spécifique pour les habitants des communes de moins de 2000 habitants. Cela représente tout de même près de 4 millions prélevés aux usagers vivants dans ces communes, autrement dit, essentiellement des personnes habitants ce qu’il est convenu d’appeler la « ruralité ». Cette « ruralité » pour laquelle mes collègues sont allés jusqu’à voter tout spécialement un plan d’actions et pour laquelle ils affichent traditionnellement un amour ostentatoire. Or, la majeure partie de la somme dont sont taxés les seuls usagers ruraux est reversée au pot commun du réseau électrique départemental. Je n’ai pas une grande appétence pour le concept de ruralité mais je n’en demeure pas moins sceptique face à une telle injustice fiscale, en parfaite contradiction avec les discours tenus par ailleurs.

Budget de gestion active et durable du patrimoine du Département
Rapport adopté à l’unanimité moins une abstention, la mienne

Il est devenu de bon ton d’ajouter l’adjectif « durable » aux intitulés flamboyants des politiques départementales. Ici, s’agissant du budget que le département consacre aux bâtiments dont il est propriétaire, j’avoue ma perplexité quant au sens à donner à ce terme de « durable ». Si l’on se réfère aux trois « piliers » du développement durable, il faudrait que la gestion du patrimoine immobilier du Département soit durable sur le plan économique, social et environnemental.
Or, de mon point de vue, être durable sur le plan économique, ce serait consacrer les investissements à des travaux permettant de réduire les futures factures de fonctionnement : investir pour n’avoir plus à chauffer sa maison ou à utiliser sa voiture, voilà qui serait durable pour les finances. Être durable sur le plan environnemental, ce serait consacrer les investissements à des travaux permettant ensuite de réduire l’impact de nos modes de vie sur la biodiversité ou le climat. Enfin, être durable sur le plan social, ce serait avant tout consacrer le budget à ce qui est indispensable à la population, sans hésiter, pour définir ces besoins, à utiliser des moyens de concertation sincères et suivis d’effets.

Voici comment je présentai ces arguments.


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Marc Gaudet admit qu’il fallait aller dans le sens que je préconisais tout en se targuant d’avoir déjà entrepris « une réelle politique pour réduire » les consommations futures du Département. Modestement, il reconnut néanmoins aussitôt que, pour le moment, « on commence à regarder » comment faire. Peut-être « pas suffisamment à ton goût » ajouta-t-il.

Évidemment, si c’est une affaire de « goût » et pas de qualité de vie des Loirétains, il n’y a plus qu’à s’incliner devant la faible pertinence des choix d’investissements.

Budget de la politique en faveur de l’Habitat
Rapport adopté à l’unanimité

Sur ce sujet très important, je m’inquiétai de la faible utilisation des crédits votés les années précédentes. Si le conseil départemental ne dispose pas, seul, de tous les leviers pour accroître l’accès au logement et l’amélioration des logements existants, il est regrettable de décider chaque année d’affecter des sommes non négligeables à cette politique pour constater ensuite qu’elles n’ont pas été dépensées.

Viviane Jehannet, Vice-présidente en charge du logement, n’en disconvint pas. Mais elle reporta en partie la difficulté sur les choix des bailleurs sociaux « que l’on ne maîtrise pas » ou alors sur « les maires qui ne veulent pas de PLAI ». N.B. : les logements sociaux pour lesquels le bailleur a recours à un prêt locatif aidé d’intégration (PLAI) sont ceux destinés aux personnes les moins aisées.
Marc Gaudet souligna qu’il voulait que le Département « travaille à être meilleurs dans la consommation des crédits ».
Alexandrine Leclerc, parlant au titre de présidente de LOGEM Loiret, rappela toutefois que la nouvelle loi en préparation sur le logement (loi ELAN) fait craindre un ralentissement de la construction en raison de la ponction financière imposée aux bailleurs sociaux.

Budget pour l’insertion et contre les exclusions
Rapport adopté à l’unanimité moins une abstention, la mienne

Ma collègue Vanessa Baudat-Slimani intervint à ce sujet pour noter, avec une satisfaction que je partage, l’attention apportée à la lutte contre le « non-recours », c’est à dire le fait que des personnes, ayant besoin d’une aide à laquelle la loi leur donne droit, n’y aient cependant pas accès pour diverses raisons. C’est une thématique que j’ai introduite il y a plusieurs années dans les débats de l’assemblée départementale par opposition aux jérémiades sur la fraude aux prestations sociales. Cette fraude est réelle et doit être endiguée avec rigueur, mais son poids sur les finances est bien moindre que les sommes économisées en raison des personnes qui ne reçoivent pas ce dont ils ont besoin. L’action sociale définie par la loi n’est pas une forme de charité mais traduit le choix d’une solidarité qui profite à tous. Laisser la pauvreté s’installer dans la société gangrène aussi la vie de ceux qui ont de quoi vivre. Voilà pourquoi, lorsqu’il est décidé que telle catégorie de population peut bénéficier de la solidarité nationale, il est indigne de rendre si compliqué l’accès à ce droit.

Malheureusement, si la lutte contre le non-recours est désormais entrée dans les préoccupations de la caisse d’allocations familiales et même si Marc Gaudet juge cela positif, il demeure une réticence naïvement exprimée par Viviane Jehannet : donner aux gens ce à quoi ils ont droit « ça impacte le budget ». Voilà pourquoi il est à craindre que cela reste un simple discours sans suite au sein du conseil départemental.

Budget en faveur des personnes âgées
Rapport adopté à l’unanimité moins une abstention (Vanessa Baudat-Slimani) et une voix contre, la mienne.

L’un des points de clivage à propos de la politique menée pour faciliter la vie des personnes âgées, c’est la façon dont le Département a repris en main le rôle des structures locales qui accompagnaient ces personnes (Centres Locaux d’Information et de Coordination ou CLIC). Après mes collègues Hélène Lorme et Vanessa Baudat-Slimani, je tins à marquer mon inquiétude pour la troisième année consécutive. En effet, en retirant les deux-tiers de leur financement aux CLICs, le conseil départemental ne leur laisse plus la possibilité d’assumer toutes les tâches qui étaient les leurs. Certes, il est question que l’accompagnement des personnes âgées soit désormais assurés par des agents des maisons du Département (MDD). Mais on sait bien que les travailleurs sociaux employés par le conseil départemental sont surchargés de travail et ne pourront pas répondre aux attentes. Vanessa Baudat-Slimani souligna notamment les difficultés pour les habitants de Saint-Jean-de-Braye ou Fleury-les-Aubrais qui sont rattachés à la Maison du Département située à Jargeau.

Voici comment je complétai son intervention.

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Comme j’avais développé un second sujet avec la question du crédit d’impôts sur la taxe sur les salaires (CITS), on me répondit que le Département doit malheureusement considérer que ce n’est pas une recette pérenne des établissements médico-sociaux. Ce serait donc pour cette raison que ceux-ci n’ont pas été autorisés à en disposer aussi librement que le prévoyait la loi. En l’occurrence, le Département « a préconisé aux établissements d’être prudents » en affectant ce CITS uniquement à des dépenses nouvelles et ponctuelles, à défaut de quoi il devrait être imputé automatiquement aux services financés par le conseil départemental.

Quant aux CLICs, Alexandrine Leclerc, Vice-présidente en charge des personnes âgées, reconnut que ce qui est mis en place par le Département n’est pas encore parfait. Mais, ajouta-t-elle, « la perfection n’est pas de ce monde ». Voilà un bel argument qui permet de mener n’importe qu’elle politique et de s’en laver les mains si ça ne marche pas.

Plus sérieusement, Pauline Martin, première Vice-présidente et maire de Meung-sur-Loire et Présidente de communauté de communes, souligna que l’enjeu va au-delà des CLICs et que c’est l’accueil des personnes âgées qui doit être repensé. Il n’y a plus qu’à s’y mettre.

Budget en faveur des personnes en situation de handicap
Rapport adopté à l’unanimité moins une abstention, la mienne.

Je ne me suis pas exprimé sur ce rapport commenté par mes collègues Hélène Lorme et Marie-Agnès Courroy. Cependant, en songeant aux témoignages que je recueille quant aux difficultés rencontrées par les familles d’enfants handicapés, j’ai choisi de ne pas valider ce budget trop timoré.

Budget de la politique enfance-famille
Rapport adopté à l’unanimité moins une abstention, la mienne.

Deux aspects de ce budget ont été abordés, notamment par ma collègue Hélène Lorme : la prévention spécialisée et les mineurs non accompagnés.

Sur le premier point, il est intéressant de constater que la rupture brutale survenue sous la présidence d’Eric Doligé est désormais remise en cause par la majorité. Reste à espérer que de nouvelles actions de prévention spécialisée pourront effectivement réapparaître dans des villes comme Gien ou Sully-sur-Loire, par exemple. En revanche, dans le périmètre de la métropole d’Orléans, cette compétence a désormais été transférée et ce n’est plus au conseil départemental de rattraper les dégâts occasionnés par la suppression de ces actions dans des villes comme Saint-Jean-de-Braye ou Fleury-les-Aubrais.

A propos des mineurs non accompagnés, autrefois dénommés mineurs étrangers isolés, la situation reste complexe mais le discours a changé. La majorité reprend désormais des analyses que j’ai pu défendre dans le vide pendant des années. Certes, ces jeunes ne sont pas français, ils sont arrivés souvent par l’intermédiaire de filières d’immigration clandestines, mais en fin de compte, il s’agit avant tout d’enfants, protégés à ce titre par les lois françaises et des textes internationaux. Ces jeunes ont vécu des moments dramatiques au cours de leur migration ou avant de fuir leur pays. Une fois en France, ils sont généralement très volontaires pour s’intégrer et leur réussite scolaire, ramenée à leur point de départ, est souvent exemplaire. Aujourd’hui, même Loiret magazine adopte ce point de vue en mettant en valeur le parcours remarquable de l’un de ces jeunes.

Malgré ces nouvelles (bonnes) intentions, la situation de ces jeunes dans le Loiret est encore loin d’être à la hauteur de l’enjeu. Ils demeurent hébergés de façon précaire dans des chambres d’hôtel, ils ne voient pas régulièrement un travailleur social qui les aiderait dans la vie quotidienne. Enfin, il reste un vide juridique important sur leur sort lorsqu’ils atteignent 18 ans et relèvent alors des services de l’État.

Au lieu de faire le point sur les moyens d’améliorer le sort de ces jeunes étrangers sous tutelle du Département, au même titre qu’il faut améliorer le sort des jeunes Français en rupture avec leur famille, c’est encore une vision comptable qui a dominé les débats. De nombreuses interventions ont porté sur le dialogue tendu entre l’association des Départements de France et le gouvernement à propos du financement de cette compétence. L’afflux récent de milliers de jeunes dans notre pays oblige la collectivité à réagir mais il n’est pas absurde d’attendre de l’État une solidarité financière sur ce sujet. Néanmoins, plutôt que d’en discuter longuement entre conseillers départementaux, nous aurions pu nous attacher à définir les actions prioritaires à mettre en œuvre dès aujourd’hui et voter un budget à la hauteur de ces ambitions, quitte à revoir à la baisse d’autres actions dont il sera question plus loin.

Budget en faveur de l’attractivité touristique
Rapport adopté à l’unanimité.

Cette fameuse « attractivité » du Loiret, dans le domaine du tourisme, fait beaucoup plus facilement l’unanimité. Pas d’obstacle comptable, en effet, pour ces actions dont les élus sont souvent très fiers. Moi-même, Loirétain d’adoption, il m’arrive aussi d’être fier des atouts de ce département. Surtout les atouts qu’il offre à ses propres habitants et tout particulièrement ses atouts naturels. Les espèces protégés d’oiseaux remarquables sont à l’honneur, par exemple, de la carte touristique publiée par la communauté de communes des Loges, celle-là même dont le président ne rêve pourtant que d’une grande rocade autour de sa ville et à travers les méandres du fleuve royal.

Je me suis donc saisi de cet exemple frappant de l’incohérence d’un maire prompt à qualifier ses opposants de noms d’oiseaux.


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Budget en faveur des communes et EPCI
Rapport adopté à l’unanimité moins une voix contre, la mienne.

J’ai déjà souvent écrit ce que je pensais de certaines incohérences de la « mobilisation du Département en faveur des collectivités locales ». Mais s’il fallait une raison définitive de m’opposer au budget préparé à ce sujet par la droite loirétaine, elle était toute trouvée avec le programme d’aide à l’installation de caméras de vidéosurveillance. En se proclamant premier partenaire des communes qui recourent à ce moyen de lutte contre la délinquance, non seulement le Département prouve une fois de plus sa prédisposition à sortir de ses compétences propres (bien que parfois défaillant sur celles qui lui incombent vraiment), mais il prouve également son dogmatisme en la matière. Car s’il existe des positions idéologiques autant en faveur que contre le recours à la vidéosurveillance, on peut aussi se référer aux évaluations scientifiques qui en sont fournies par les sociologues. La dernière en date est clairement exprimée dans le livre de Laurent Mucchielli, Vous êtes filmés ! paru le mois dernier. On y trouve des arguments sérieux pour conclure que l’argent investi dans la vidéosurveillance, au-delà de la conception de la société que cela implique, peut être considéré comme une dépense excessive par rapport aux résultats obtenus. D’autres méthodes de lutte contre la délinquance, plus respectueuses de la cohésion sociale, ont manifestement un meilleur rapport coût/avantages.

Budget du partenariat avec le monde agricole et forestier
Rapport adopté à l’unanimité moins une voix contre, la mienne.

Depuis 2015, la loi NOTRe (nouvelle organisation de la République) a retiré aux départements toute compétence en matière agricole. La plupart d’entre eux ont alors cessé les actions qu’ils menaient et que les conseils régionaux ont repris à leur compte. Mais dans le Loiret, où l’on se plaint aisément de ne pas pouvoir financer les politiques de solidarité qui sont obligatoires, mes collègues ont trouvé le moyen, par le biais d’une convention avec le conseil régional du Centre Val-de-loire, de continuer à payer pour le monde agricole. Oh, pas pour développer un modèle alternatif et respectueux de l’environnement. Non. Juste pour persister à déverser une manne incontrôlée au profit d’une agriculture intensive et productiviste.
Alors par cohérence avec mes revendications de dépenses plus efficaces dans le domaine social, j’ai choisi de ne pas soutenir ce budget « agricole et forestier »

Budget de la coopération internationale
Rapport adopté à l’unanimité moins une voix contre, la mienne.

A l’inverse de mon vote précédent, c’est cette fois parce que je le trouve particulièrement faible que je n’ai pas voté en faveur de ce budget des actions internationales. Certes, le partenariat/jumelage du Loiret et du Judet d’Olt, en Roumanie, est une initiative heureuse. mais in fine, les sommes consacrées à la coopération décentralisée ne représentent même pas 0,1 % du budget du Loiret, là où l’objectif affiché en France et par l’ONU est de 0,7 % d’aides internationales.

Budget des collèges
Rapport adopté à l’unanimité moins deux abstentions (Marie-Agnès Courroy et Hélène Lorme) et trois voix contre (Christophe Chaillou, Vanessa Baudat-Slimani et moi-même)

Sur ce budget des actions départementales en faveur de l’éducation, l’essentiel des dépenses concerne les collèges, aussi bien en matière d’investissements (constructions et travaux) que de fonctionnement. Or, depuis plusieurs années, le Département n’a cessé de réduire les dotations accordées aux collèges publics. Certes, une grande partie de ces suppressions de crédits ne fait que compenser la prise en charge directe de dépenses autrefois payées par les établissements. Il n’en reste pas moins que les moyens retirés aux collèges au bout du compte en viennent à pénaliser les élèves pour lesquels il devient parfois très difficile de mettre en place des projets pédagogiques originaux. Ayant largement alimenté ce débat par le passé, ne serait-ce qu’en octobre dernier, au moment du vote des dotations elles-mêmes, je m’abstins d’insister à nouveau. Je soulevais simplement la question du collège Alain Fournier au sein duquel les personnels en sont venu à faire grève à l’encontre du conseil départemental.


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On m’assura que, par le dialogue, cette situation était désormais moins tendue au collège Alain Fournier. Un article paru depuis dans la République du Centre laisse entendre que le problème n’est pas forcément résolu.

Enfin, mes collègues socialistes, notamment Christophe Chaillou, s’indignèrent plus particulièrement du contraste entre ces restrictions imposées aux collèges publics et l’accroissement des crédits versés au secteur privé. En conséquence d’une nouvelle jurisprudence, le conseil départemental est en effet conduit à augmenter les sommes versées aux collèges privés. Sans pour autant rallumer la guerre scolaire, cette disparité de traitement entre les collèges nous amena à rejeter le budget proposé.

Budget de l’éducation et de la jeunesse
Rapport adopté à l’unanimité moins deux abstentions (Vanessa Baudat-Slimani et moi-même)

Budget en faveur des sportifs
Rapport adopté à l’unanimité moins une abstention, la mienne.

Toujours pas de politique sportive, si tant est que le Département doive en avoir une. Ce budget se contente de « répondre à la demande » en perpétuant une forme de guichet où les acteurs du monde sportif peuvent venir puiser plus ou moins. Je veux bien que « les sportifs ont besoin de ces aides » mais, alors, quel secteur associatif n’a pas besoin d’une distribution de ce genre ?

« Le Département valorise et préserve les richesses naturelles du Loiret »
Rapport adopté à l’unanimité moins une abstention, la mienne.

Rien que pour le titre de ce rapport que je cite tel quel pour une fois, il m’était difficile d’approuver. Sur le fond, il est très décevant de constater que, malgré les sommes disponibles pour les espaces naturels, nous sommes encore loin de la « reconquête de la biodiversité » affichée par la loi. Les actions menées relèvent plus sûrement de la valorisation du « patrimoine naturel », une vision limitée dans laquelle se rangent parfois des objectifs touristiques qui n’apportent pas grand chose à la préservation des « richesses naturelles du Loiret ».
Ce budget est cependant celui qui permet de financer quelques partenaires importants dont il sera question plus loin.

Vote du budget primitif 2018
Rapport adopté à l’unanimité moins quatre abstentions (élus socialistes) et une voix contre, la mienne.

Au soir du jeudi 29 mars, après l’examen de chaque partie du budget selon les politiques menées, le rapporteur du budget, Olivier Geffroy, présenta l’ensemble cumulé qui devait constituer le budget global du Département. Il revint bien entendu sur le contexte financier national et les contraintes qui n’empêchent pourtant pas le Loiret de se préparer à investir 150 millions d’euros dans l’année qui vient.

Christophe Chaillou vit dans ce pronostic le signe que le Département du Loiret « va bien ». « Peut-être qu’on pourrait être plus volontaristes et généreux sur les politiques de la solidarité ou de la jeunesse », ajouta-t-il. Enfin, il déplora ne pas pouvoir « voter un budget qui diminue même peu les dotations aux collèges publics et qui augmente celle aux collèges privés ».

On nous présenta alors « la réalité » qui serait faite de « moyens supplémentaires dans tous les collèges ». De mon côté, c’est malheureusement une réalité alternative que je perçois dans les conseils d’administration des collèges que je fréquente. Le constat que l’on y fait, ce sont des moyens en diminution.

Déviation de Jargeau – Acquisitions foncières
Rapport adopté à l’unanimité moins une voix contre, la mienne.

La séance du vendredi 30 mars fut beaucoup plus tranquille et les décisions proposées recueillirent presque toutes l’unanimité. Je ne pus éviter de m’opposer à celle concernant l’acquisition de terres agricoles vouées à disparaître plus ou moins directement pour permettre le projet de déviation de Jargeau.

Préservation des ressources naturelles et de la valorisation du cadre de vie des habitants du Loiret
Rapport adopté à l’unanimité

Enfin, je fis une ultime intervention à propos du vote des subventions pour les associations Sologne Nature Environnement, FREDON Centre-Val de Loire, Loiret Nature Environnement et la Maison de Loire du Loiret. En effet, pour l’une d’entre elles, le projet subventionné concerne la réintroduction des balbuzards pêcheurs dans le Loiret et leur observation sur des aires de nidification artificielles qui leur sont proposées sur des pylônes électriques en forêt d’Orléans. Cela même qui agace tant mes collègues lorsque l’expérience a été mené, avec succès, dans les bois de Mardié.


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Le début des adieux du sénateur Saury

La session d’automne du conseil départemental se tient ces jours-ci et je vais tâcher de vous en rendre compte en pointillé au fur et à mesure.

Tout a commencé hier, mercredi, par une séance d’ouverture au cours de laquelle le sénateur fraîchement élu, Hugues Saury, fit le bilan d’une présidence départementale qu’il va être contraint d’abandonner pour poursuivre sa grande carrière politique nationale.

En revenant sur ses 30 mois de mandat à la tête du Département, il insista sur le renouvellement de la gouvernance par le dialogue – c’est indéniable – et la mise en place d’une solidarité envers les territoires du Loiret – ce qui est plus flou.
Il mit également en avant la nouveauté consistant à avoir écrit un « projet de mandat ». C’est sûr que c’est mieux que rien mais on pourrait penser que cela méritait d’être fait avant les élections.
Il vanta la nouvelle politique contractuelle d’aide aux communes, une amélioration en partie discutable – je l’ai déjà fait ici – mais dont on retient surtout maintenant que, sans cette distribution de subventions dans toutes les mairies du département, la notoriété du candidat au Sénat Hugues Saury eut été forcément moindre.

Après quoi, s’agissant de son « dernier discours » d’ouverture de session avant de partir « vivre l’action politique d’une autre façon », le président tint à dire merci à tous.

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Communiqué : Le conseil départemental du Loiret sait aussi se montrer indulgent

La commission permanente du conseil départemental du Loiret examinait ce matin le traditionnel bilan des aides départementales accordées aux entreprises industrielles et artisanales. Cette intervention économique, facultative par le passé, n’est désormais plus de la compétence du Département. Le suivi des accords pluriannuels avec les anciens bénéficiaires se poursuit néanmoins et il est toujours aussi peu exigeant.

L’affaire Nokia défraie l’actualité et démontre une nouvelle fois le cynisme des grands groupes auxquels les pouvoirs publics accordent leur confiance. Il n’y a pas lieu d’être optimiste pour les salariés français du groupe finlandais mais, à défaut d’obtenir des résultats, le gouvernement se montre pugnace et c’est l’image de Nokia qui pourrait en prendre un coup. Même si les entreprises aidées par le conseil départemental du Loiret sont bien loin des multinationales sans foi ni loi, on pourrait peut-être leur demander des comptes avec un peu plus de sévérité, à l’instar de celle que le Département applique parfois en matière d’aides sociales.
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Consignes pour souhaiter une bonne année qui valorise l’action du Président

Imagine-t-on François Hollande envoyer aux députés UDI, LR voire FN des suggestions quant à ce qu’ils pourraient dire à l’occasion de cérémonies de voeux dans leurs circonscriptions respectives ?

Le Président de la République proposerait aux parlementaires de féliciter les Français qui ont tenu bon face au terrorisme, de souligner l’engagement de notre pays dans la lutte contre le changement climatique et de célébrer les bons résultats économiques de la France, tout particulièrement l’inversion de la courbe du chômage.
Armés de ces « éléments de langage », on verrait alors les députés de l’opposition exposer partout le fabuleux bilan du mandat qui s’achève.
Hervé Mariton pourrait reprendre à son compte le succès du mariage pour tous, Marion Maréchal-Le Pen insisterait sur la solidité de l’Union européenne face au néo-impérialisme russe de Poutine et Philippe Vigier se réjouirait des emplois sauvés par les 35 heures.

Vous trouvez cette idée farfelue ?
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« Nous ne vivons pas dans le même monde »

La semaine dernière a vu le Département adopter son budget pour 2017 au cours d’une session de trois jours que, comme d’habitude, je vais m’efforcer de relater ici (et dans un ou deux autres billets à suivre).

Autant le dire tout de suite, je fus le seul à voter contre un budget que la majorité de droite a une nouvelle fois bâti selon sa fameuse « vision comptable » qu’elle oppose à mon prétendu « idéalisme ». La caricature à mon encontre prit un tour amusant lorsque le Président me reprocha de vouloir revenir à « la lampe à huile ». Il ne faisait pas allusion à mon génie personnel 😉 mais soulignait seulement que « nous ne vivons pas dans le même monde ».

En effet :

  • Je vis dans un monde aux quatre coins duquel sévit la guerre, notamment en Syrie où elle est particulièrement atroce pour la population civile, sans que nous ne trouvions comment résoudre ces crises ou simplement apporter un peu de réconfort aux victimes.
    Mais j’ai l’impression que Hugues Saury et les très raisonnables conseillers départementaux de sa majorité vivent dans un monde où il faut surtout s’occuper de son canton et attirer des investisseurs internationaux qui sont supposés y créer des emplois … même si c’est pour fabriquer des choses superflues ou dangereuses, voire pour produire les armes qui massacreront les gens ailleurs.
  • Je vis dans un monde dont la température moyenne se réchauffe, lentement mais sûrement, en nous promettant des dérèglements climatiques majeurs et bientôt irréversibles. Un monde où la pollution nous amène à nous intoxiquer chaque hiver avec des particules fines en excès – et ce n’est pas parce que nous sommes, cette semaine, redescendus en dessous du seuil d’alerte que l’air ambiant ne continue pas à favoriser l’asthme chez les enfants.
    Mais j’ai l’impression que Hugues Saury et les très raisonnables conseillers départementaux de sa majorité vivent dans un monde où l’on peut continuer à faire circuler toujours plus de véhicules diesel et de camions, quitte à engloutir l’essentiel de nos capacités d’investissement dans la construction de nouvelles routes au détriment des alternatives.
  • Je vis dans un monde qui est en train de perdre une part considérable de sa biodiversité avec la disparition de millions d’espèces vivantes et où l’on vient d’apprendre que même les girafes pourraient ne pas survivre au mode de vie des humains et rejoindre les dinosaures dans un futur bestiaire imaginaire (ci-dessous, des girafes, fuyant le réchauffement de l’Afrique, franchiraient la Loire sur un pont qui aurait largement contribué au dit réchauffement).
    Mais j’ai l’impression que Hugues Saury et les très raisonnables conseillers départementaux de sa majorité vivent dans un monde où il faut bien continuer à se nourrir de pesticides pour assurer la croissance du PIB. Un monde où les paysans se suicideraient, non pas parce qu’on leur demande de se comporter en industriels déconnectés de la nature et rémunérés par des subventions plutôt que par la vente de leurs produits, mais parce que l’État leur imposerait trop de règlementations sanitaires s’ajoutant à des aléas climatiques que l’on impute un peu vite à la seule fatalité.

Voilà pourquoi cette session budgétaire m’a paru si semblable aux huit que j’ai connues depuis mon élection et si peu propice à répondre aux premières nécessités, présentes et futures, des Loirétaines et des Loirétains.

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