Le projet de mandat reste dans le flou … sauf pour bétonner le paysage

N.B. : Ce billet est le premier d’une série qui complète mon compte-rendu des dernières sessions du conseil départemental (novembre et décembre) paru sous le titre « Le Conseil départemental reste bourré de contradictions ».

Parmi les innovations enclenchées par notre nouveau président en avril dernier, il y avait la promesse d’écrire collectivement un projet cohérent pour les actions à mener par le conseil départemental d’ici 2021. Il est vrai que le mode de scrutin cantonal ne facilite par la lisibilité des ambitions des candidats, du moins pour ceux qui s’accommodent de se présenter sans projet. Toujours est-il que la majorité a inauguré une méthode intéressante d’y remédier une fois élue. C’est ainsi que l’ensemble des conseillers départementaux, les agents de la collectivité et un certain nombre d’institutions partenaires ont pu plancher tranquillement sur le futur immédiat du Département. Côté élus, le travail a consisté en des séminaires d’un jour ou deux, par commissions thématiques, début septembre, puis en une synthèse présenté devant l’assemblée entière en novembre. Un rapport complet a enfin été rédigé au niveau de l’exécutif.
C’est cette démarche qui vient d’aboutir à l’adoption d’un projet de mandat sur lequel je reste assez partagé puisque je me suis abstenu. C’est que, en fait, malgré la concertation réelle au sein de l’institution départementale, non seulement ce projet de mandat n’est pas celui des écologistes pour le Loiret, mais il présente des points sensibles sur lesquels la majorité n’a pas beaucoup avancé par rapport au passé, faute de véritables arbitrages.
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Le Conseil départemental reste bourré de contradictions

L’année 2015 est quasiment achevée pour les élus départementaux du Loiret après les deux jours de session qui se déroulaient jeudi et vendredi dernier. Je veux vous en parler longuement et je reviendrai aussi sur la journée du 19 novembre dernier qui préparait les décisions de cette semaine.

C’est en effet en novembre que j’ai proposé une première fois à mes collègues de se positionner, dans le cadre de la COP21, en faveur du désinvestissement des énergies fossiles. Ce voeu a finalement été remanié et adopté à l’unanimité cette semaine. Il fait du développement durable un pré-requis de toutes les politiques engagées par le Département du Loiret. Il rappelle des objectifs tels que « zéro carbone en 2050 » ou « zéro précarité énergétique en 2050 ». Il incite les forces vives du département à retirer leurs investissements du secteur des énergies fossiles.
Sur le papier, c’est un grand pas en avant.

Malheureusement, la même assemblée a approuvé très largement un projet de mandat qui fait la part belle aux vieilles habitudes. Malgré des finances très affectées par les contraintes nationales et plombées par un endettement qui s’est envolé durant le précédent mandat, la majorité a choisi de limiter ses dépenses sociales et de poursuivre son action dans tous les autres domaines ou presque. Certes, la méthode a changé, les politiques de guichet laisseront place, le plus souvent, à des politiques concertées et ciblées. Mais la priorité reste la poursuite d’une croissance introuvable selon un modèle économique qui nous amène dans le mur depuis 50 ans.

Concernant ce demi-siècle écoulé, une des vice-présidentes départementales n’a pas hésité à remettre en cause le trop grand confort dont notre société aurait bénéficié. Cette idée est discutable puisque le gaspillage fut réel, mais le confort, tous n’en ont pas profité. Même en admettant que notre société a vécu « au-dessus de ses moyens », j’ai été scandalisé qu’elle en attribue la faute à un excès de droits et de libertés individuelles accordés aux Français. Comme si c’était la démocratie qu’il fallait abandonner pour ne surtout pas remettre en cause la société de consommation et les énormes inégalités qu’elle engendre. Sans s’en rendre compte parfois, la majorité départementale s’engage dans une voie particulièrement réactionnaire où l’égalité des droits et la liberté feraient obstacle au grand projet productiviste qui ravage notre environnement.

Résultat, pour rétablir la fameuse « cohésion sociale », le projet de mandat de la droite Loirétaine prévoit de construire de nouvelles routes et de baisser les allocations individuelles de solidarité. Si les pauvres veulent manger, il faudra qu’ils le méritent, s’ils sont vieux ou malades et demandent de l’aide, il leur faudra démontrer qu’ils ne l’ont pas « bien cherché ». En revanche, si vous êtes un investisseur déjà nanti et que vous êtes prêt à les faire trimer (i.e. si vous promettez de créer des emplois), alors le Loiret vous accueillera à bras ouverts. Le projet de mandat ne prépare pas un environnement bienveillant pour tous les habitants, mais il veut construire avant tout un « territoire » attractif pour les riches.

C’est donc en vain que j’ai tenté de convaincre mes collègues que le projet de pont entre Mardié et Darvoy est totalement contradictoire avec la lutte contre le changement climatique car il pérennise le tout-camion et le tout-voiture. En outre, cette déviation ne résoudrait que partiellement les nuisances que connaissent les habitants de Saint-Denis-de-l’Hôtel et de Jargeau, nuisances qui seraient en revanche amplifiées ailleurs. Enfin, une telle infrastructure aurait indiscutablement un impact sur le fameux « capital nature » du Loiret, comme disent mes collègues quand ils parlent des êtres vivants, de l’air, de l’eau et de la beauté du département. Malgré cela, la majorité entend y consacrer près de 20% des dépenses d’investissement d’ici 2021 au détriment de bien d’autres besoins.

Comme à mon habitude, je ferai un récit détaillé des débats du conseil départemental ayant conduit à ces décisions.
L’essentiel de mes préoccupations était d’ailleurs déjà présent dans mon intervention de début de session, jeudi 17 décembre même si l’enregistrement à pâti d’un décalage des haut-parleurs de la salle :

Je vous propose de reprendre ces mêmes thèmes au fil de mes prochains billets qui traiteront du projet de mandat, du développement durable avec le voeu sur les énergies fossiles, de la déviation de la RD921, du débat budgétaire 2016 et enfin des dotations des collèges.

Communiqué : cumul et découpage cantonal, la fausse « proximité » des élus

Le rapport de la commission pour la rénovation et la déontologie de la vie publique, remis récemment au Président de la République, a ranimé le débat sur le cumul des mandats. Nous entendons à ce sujet des arguments fallacieux qui associent le cumul, plaie de la démocratie locale, à une hypothétique proximité avec les citoyens. Malheureusement, le gouvernement a examiné hier un projet de loi qui tombe dans le même travers.

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On prend les mêmes et on recommence ?

Tout le monde ne va pas forcément s’en apercevoir mais 2011 est une année électorale. Non seulement la campagne présidentielle de 2012 n’en finit pas de démarrer mais les assemblées départementales vont une dernière fois se renouveler par moitié (ensuite, à partir de 2014 ce sera le grand n’importe quoi de la réforme territoriale UMP). Et comme un scrutin cantonal archaïque n’est jamais sans lien avec le Sénat, c’est également en 2011 que se tiendra une élection sénatoriale par moitié (le Loiret est concerné mais seuls votent les « grands électeurs »).

Bref, une année électorale et deux occasions de sanctionner Eric Doligé. Le Sénateur-Président départemental sera en effet aux premières loges, d’abord face aux habitants du canton de Meung-sur-Loire puis devant les grands électeurs du Loiret. Car bien entendu, il se représente pour chacun de ses deux mandats. Il a probablement largement le temps de tout faire puisqu’il est retraité. Entrepreneur retraité bien sûr, mais aussi député retraité et maire retraité. Par contre, en tant que comédien, il est toujours en activité si l’on en juge par le spectacle qu’il a offert à ses fans en lieu et place des voeux du Conseil général aux personnalités.

Oh, évidemment, lors de la dernière session, notre Président s’est senti un peu gêné de cumuler toutes ces fonctions. Alors il a ironisé sur la longue liste des politiciens qui se livrent aux accumulations de mandats. Je crois même me souvenir qu’il s’est référé à une grande commune de l’Est parisien dont une Sénatrice verte a conquis la mairie lors des dernières élections municipales. Pas de bol, Dominique Voynet n’entre pas dans les schémas auxquels l’UMP du Loiret est habitué. Elle vient de profiter de ses voeux aux Montreuillois pour indiquer logiquement que son rôle à la tête de leur ville ne lui permettait pas d’envisager la poursuite de sa carrière de sénatrice. Oh, ce n’est pas aussi exemplaire que certains fanatiques qui font de leur mandat de conseiller général un unique horizon, mais tout de même, si cela pouvait donner aux Magdunois l’envie d’élire Patrice David à mes côtés, je suis sûr que le Loiret serait encore mieux représenté au Sénat par un ex-Président du Département.