Les enfants ne sont pas des sardines

J’étais tout à l’heure aux côtés des agents départementaux de la Maison de l’Enfance qui manifestaient leur colère devant l’Hôtel du Département. Depuis plusieurs mois, en effet, ce lieu d’accueil où l’on héberge des enfants mineurs en danger est confronté à une surpopulation ingérable. En cause, d’une part l’arrivée de nombreux jeunes étrangers sans famille, les fameux MNA ou mineurs non accompagnés dont nous parlons souvent en session, d’autre part l’obstination de la majorité départementale à ne voir que l’aspect comptable du problème, ce qui conduit à refuser de s’occuper dignement de ces enfants.

Résultat, après les avoir plus ou moins abandonnés dans des hôtels sordides, le conseil départemental n’a pas su faire autrement que de placer des dizaines de jeunes en excédent dans les locaux de la Maison de l’Enfance. D’où le slogan affichant que ce « ne sont pas des sardines » et l’illustration de cette situation par des manifestants serrés à même le sol.

Cette présence de mineurs étrangers, venant s’ajouter aux très nombreux enfants français confiés aux services départementaux, ce n’est pas une nouveauté. Malheureusement, la question n’a jamais été traitée dans le respect de la dignité des jeunes. Selon la « vision comptable » revendiquée par l’exécutif départemental, il ne peut être question d’ouvrir de nouvelles structures d’accueil. Pire, il semblerait que se prépare désormais la fermeture d’une ou plusieurs MECS (Maison d’enfants à caractère social) dans le Loiret. Les jeunes qui y sont accueillis sont des enfants qui sont en danger dans leur famille où l’on ne prend pas soin d’eux. Ce ne sont pas des migrants. Mais si on ferme les lieux d’accueil, cela veut dire qu’ils seront placés dans des familles et, incroyable mais vrai, il arrive que ce placement s’effectue dans leur propre famille par le même type de décision de justice qui les en a retirés.

Dans ces conditions, c’est dire si les jeunes étrangers sont mal vus.

La vice-présidente Alexandrine Leclerc a cependant reçu une délégation des manifestants pour aborder les questions qui fâchent. Les revendications des personnels de la Maison de l’Enfance ont reçu des réponses plutôt favorables. Quelques moyens en plus et une promesse de résorption de la surpopulation des locaux d’ici quelques semaines (en attendant ce seront toujours des sardines).

Oui mais …

Si les agents départementaux ont obtenus des garanties pour l’amélioration de leurs conditions de travail aujourd’hui très dégradées, aucune réponse n’est apportée aux jeunes. S’ils ne viennent plus grossir les effectifs de la Maison de l’Enfance, est-ce que cela veut dire qu’ils se retrouveront à la rue ? dans des hôtels ?

A quand un renversement de la problématique qui consisterait à accueillir d’abord avec dignité ces jeunes au lieu de finasser sur les lignes budgétaires ?
Si la solution paraît plus coûteuse au départ, de nombreux exemples montrent que tout le monde y gagne in fine. Quant au fameux « appel d’air » qui terrorise mes collègues élus, les études menées à ce sujet montrent qu’il n’y a pas de corrélation entre la qualité de l’accueil reçu et la motivation des migrants à venir en France. Alors, oui, cela demande des efforts que de traiter les jeunes en détresse avec humanité. Mais je connais bien d’autres dépenses départementales qui sont bien moins justifiées que cela.

La campagne électorale invitée de la session (sauf pour moi)

Avant même le début de la session plénière du Conseil général, ce matin, nous étions interpellés par le Réseau éducation sans frontière qui organisait un rassemblement citoyen devant l’Hôtel du Département. Descendu à leur rencontre avec certains de mes collègues de gauche (Estelle Touzin Micheline Prahecq et Michel Ricoud), je rencontrai trois jeunes mineurs étrangers isolés (sans parents) et de ce fait placés sous la responsabilité du Conseil général. Ils représentaient la trentaine d’enfants dans cette situation qui sont pris en charge dans des conditions assez précaires puisque logés sans encadrement adulte dans des hôtels d’Orléans. Ils me confièrent la pétition qu’ils avaient préparée pour les élus départementaux et que des militants de RESF affichaient sur les murs de l’Hôtel du Département. Jusque-là, nous étions dans le coeur de métier du Conseil général.
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Se débarasser des fonctionnaires jusqu’au dernier ?

L’acharnement avec lequel Eric Doligé détruit les services publics départementaux ne connaît plus de limite.

Six ans après le collège de Villemandeur et les contentieux contre le Département finalement perdus par les entrepreneurs, il semble qu’aucun investissement du Conseil général n’échappe désormais au système de partenariat public-privé (PPP). Un moyen pour la collectivité de se débarrasser de toutes les missions qui lui incombent.

Après les projets de franchissement de la Loire (3 dans le département) et les 3 nouveaux collèges de Sainte-Geneviève des Bois, Meung et Saint-Ay, ce sont désormais 12 nouvelles casernes de pompiers, 5 collèges et 1 cuisine centrale qui ne seront ni construits ni administrés sous maîtrise publique. Les contrats de partenariats ne relèvent plus d’une méthode originale et exceptionnelle pour passer des marchés urgents ou complexes. C’est une offensive idéologique forcenée pour dépouiller le service public et démanteler la collectivité elle-même. Si on continue à ce rythme, dans dix ou vingt ans, le Conseil général ne sera plus qu’une coquille vide qui percevra des fonds publics et les reversera sous forme de loyer à des multinationales chargées de s’occuper des besoins de la population. Avec toute la philanthropie qu’on leur connait.

Le comble est atteint avec le dernier projet sorti de l’imagination débordante des hauts fonctionnaires départementaux. Voici le schéma qui semble avoir été prémédité :
1/ chaque fois qu’un collège connaît une difficulté avec la cantine, on bascule sur un contrat de livraison des repas
2/ on construit des collèges nouveaux sans capacité de fabriquer les repas sur place
3 on dénonce haut et fort les normes sanitaires exigeantes qui risquent d’impliquer la responsabilité des élus en cas de problème
4/ on propose une cuisine commune à deux collèges, puis à trois (début septembre)
5/ et pour finir, on dévoile le projet démentiel qui consiste à confier à un partenaire privé la création d’une seule cuisine centrale situé à Meung-sur-Loire (tiens, tiens !) pour servir des repas réchauffés aux collégiens jusqu’à Gien ou Montargis.

Bien entendu, les syndicats des agents départementaux, les syndicats de l’Education nationale et les associations de parents d’élèves s’offusquent de voir la restauration scolaire ainsi maltraitée. Sous couvert d’économies qui restent à prouver, ce qui est sûr, c’est que bientôt les collégiens ne mangeront plus que du réchauffé.

Aussitôt que le projet fut officiel, le groupe socialiste, écologiste et républicain a publié un communiqué auquel j’ai contribué. A l’occasion de la commission consultative des services publics locaux qui se tenait hier, nous avons exprimé très fortement nos arguments contre le refuser d’assumer la sécurité sanitaire et contre le transfert au secteur privé d’agents départementaux injustement dénigrés et dont nous pouvons constater tous les jours le professionnalisme. Résultat, l’avis rendu s’est partagé entre 3 pour et 3 contre.

Evidemment, cet avis mitigé n’arrêtera probablement pas la détermination du Président Doligé. Mais la protestation va se poursuivre, à commencer par une manifestation le 16 novembre prochain à l’appel des syndicats et de la FCPE. N’hésitez pas à vous joindre à nous pour réclamer des vrais repas servi un service public désintéressé.

Enfin, en dehors de cette cuisine centrale privatisée, la poursuite des rénovations de collèges par PPP conduit à y retrouver le projet de reconstruction du collège Pierre Mendès-France à Chécy. Le truc consiste à rassembler cinq des collèges programmés pour les années à venir puis à prétendre que c’est compliqué de les faire tous les cinq en même temps et puisque c’est compliqué on fait un PPP. Au passage, même si la nourriture est encore annoncée comme cuisinée sur place, elle sera fournie par le partenaire privé après transfert forcé des agents territoriaux. Là encore, peut-être qu’une mobilisation locale pour le service public pourra montrer la détermination de la population à ne pas laisser dilapider la richesse des biens communs … en attendant 2012 pour exprimer votre rejet de cette droite décomplexée, ce que je conseille de faire par un bulletin Eva Joly, bien entendu ;-).

Pourquoi pas un coup de balai dès le mois de mars ?

Deux occupations principales me retenaient loin de ce blog ces derniers temps : outre les activités usuelles d’un élu départemental qui ne cessent jamais tout à fait, j’ai multiplié les manifestations contre les retraites et participé à la création d’une dynamique à gauche pour les prochaines élections cantonales.

Pour ce qui est des retraites, certes, la loi est adoptée. Elle a cependant déclenché des mobilisations d’une ampleur exceptionnelle, d’autant que la répétition des grèves et des manifestations n’a que très peu entamé le mouvement jusqu’à aujourd’hui. Si l’on maintient un million de manifestants à nouveau demain, quand bien même nous fûmes plusieurs fois bien au-delà, cela restera un record pour la contestation d’une loi votée. En ce qui me concerne, je rejoindrai le cortège parisien en raison de ma participation à une autre mobilisation importante, celle pour le droit des femmes à choisir leur maternité.

En ce qui concerne les prochaines élections, certains trouveront qu’il est un peu tôt pour s’en préoccuper. Néanmoins ces dernières semaines m’ont amené à participer à des échanges fructueux entre les trois formations politiques dont l’alliance en 2008 a contribué à mon élection. Le résultat positif de ces rencontres annonce clairement la couleur, face à une majorité doligéenne qui tient de moins en moins bien ensemble. Je ne parle même pas de mon malheureux collègue Daniel Mériau, mis en examen cet été, mais les tensions ne cessent de croître entre les plus hauts fonctionnaires du Département (l’un d’eux est parti au printemps) et entre ces fonctionnaires et les principaux élus qui entourent le Président. Dans ces circonstances, je me réjouis du bilan de mon groupe politique et de la poursuite d’une alliance conquérante pour l’échéance des 20 et 27 mars. Dès le 16 novembre, nous mettrons en place tout ce qu’il faut pour élaborer un projet alternatif complet et bien plus ambitieux que le plan stratégique de la majorité actuelle. Et pour commencer, n’oublions pas le principal, que chacun s’inscrive bien sur les listes électorales et fasse inscrire tous les citoyens intéressés à l’avenir du Loiret.

Un renfort inattendu

Encore une belle manifestation dans les rues d’Orléans cet après-midi.
Réunir une nouvelle fois plus de 15000 personnes n’était pas garanti après les nombreuses journées de mobilisation déjà réussies ces dernières semaines.
Pari à nouveau gagné pour la rue.
Quant à ceux qui gouvernent, il faudra bien un jour qu’ils se débouchent les oreilles et reprennent ce dossier sans les a priori qui les conduisent pour l’instant à pénaliser de préférence les plus défavorisés.

Un renfort inattendu nous a quasiment rejoint en fin de cortège avec l’apparition inopinée à nos côtés d’un sénateur pourtant enclin à défendre la loi qui détricote nos retraites. Eric Doligé fut en effet contraint de parcourir quelques mètres de la manif pour regagner son véhicule, imprudemment garé sur le parcours (à l’UMP, on n’a pas trop la culture des parcours de manif). Sa présence suscita un élan populaire immédiat dans le cortège des socialistes qui s’écrièrent « Doligé avec nous ! ». Celui-ci préféra cependant encourager le « porte-drapeau » des écologistes qui cheminait à côté de son vélo avec une immense banderole que le Président du Conseil général assimila à une voile. Une façon de reconnaître l’ingéniosité de l’écologie politique et de lui souhaiter bon vent ?