Faire confiance aux citoyens pour regagner la leur

Depuis Barcelone où je participais à la conférence annuelle de l’Observatoire international de la démocratie participative (OIDP), j’ai pu écouter mardi le discours du Président de la République à propos de la programmation pluriannuelle de l’énergie et du mouvement des gilets jaunes qui se poursuit en France. C’est l’occasion pour moi de vous présenter quelques réflexions personnelles sur ces sujets.

La rencontre internationale #OIDP2018 m’a permis d’entendre des témoignages et des analyses venant de toutes les parties du monde. Depuis la défense du municipalisme à Madrid, Barcelone, Saragosse, Valladolid … jusqu’aux difficultés des activistes moldaves de Chisinau en passant par le Pérou, le Mozambique ou Taïwan. C’est tout à fait passionnant de voir comment l’implication des citoyens dans les choix collectifs peut produire de si bons résultats dans des sociétés aussi variées.
Avec des méthodes participatives, n’en déplaise à Manuel Valls, la maire actuelle de Barcelona, Ada Colau (ci-dessus à l’ouverture de #OIDP2018), transforme réellement les priorités de l’action publique. Elle n’y parvient pas du fait de son autorité ou par un processus vertical de haut en bas, mais en faisant confiance à chaque citoyen.ne de la ville pour participer pleinement aux décisions communes.
J’en viens à penser qu’avec de la démocratie participative, c’est à dire en donnant du pouvoir aux citoyens en dehors des processus électoraux, on aurait peut-être évité dans notre pays le ressentiment général qui a favorisé le mouvement des gilets jaunes.
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Controverse avec le président Saury

Rien de grave, rassurez-vous, « Controverse » est une émission radio de France bleu Orléans qui a été consacré, hier soir, au bilan de la première année du président Saury à la tête du conseil départemental du Loiret.
J’étais invité à lui donner la réplique, dans le dernier quart d’heure de l’émission, afin de parler nucléaire et pont sur la Loire. Des sujets qui me sont familiers, bien entendu, mais ceux qui suivent ce blog savent bien que nous aurions pu avoir aussi plein de « controverses » à propos de politique sociale, d’agriculture, de participation citoyenne … etc.

Vous pouvez réécouter notre débat ici :

Fukushima, plus jamais ça

Commémoration des 3 ans de la catastrophe de Fukushima
message lu par Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts

Le vendredi 11 mars 2011 à 14 h 46 min 23 seconde heure locale, a lieu le plus important séisme mesuré au Japon.
Le vendredi 11 mars 2011 à 15 h 37 min, un tsunami provoqué par le tremblement de terre aborde la côte orientale. La vague atteint une hauteur estimée à plus de 30 m par endroits, ravageant près de 600 km de côtes et détruisant totalement de nombreuses villes. Plusieurs vagues atteignent la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi qui est entièrement inondée. Dans les minutes qui suivent, les moyens de refroidissement des réacteurs tombent en panne les uns après les autres. Sans possibilité de refroidissement, les coeurs des réacteurs et les assemblages de combustible usé entreposés dans les piscines voient leur température augmenter. Tepco perd définitivement le contrôle de la centrale.
Le samedi 12 mars à 15 h 36, une forte explosion avec projection de débris et émission d’un panache blanc de fumée se produit dans le bâtiment du réacteur no 1 de Fukushima Daiichi.
l’AIEA annonce que 140 000 personnes au total ont déjà été évacuées.
Le lundi 14 mars à 11 h 01, une seconde explosion se produit, cette fois au niveau du réacteur no 3 de Fukushima Daiichi, soufflant le toit du bâtiment. Onze personnes sont blessées. Le même jour, Tepco signale une augmentation de la température de l’eau de la piscine du réacteur 4, contenant plus de 1 300 assemblages de combustible.
Le mardi 15 mars à 6 h 10, une troisième explosion, cette fois-ci au réacteur 2 sur Fukushima I, a lieu. La radioactivité au niveau de la centrale est 10 000 fois supérieure à la limite autorisée. Les 750 travailleurs de l’unité 4 sont évacués tout comme 200 000 personnes vivant entre 20 et 30 km du site.
Le mardi 15 mars à 8 h 10, se produit une nouvelle explosion sur le réacteur n°2 avec brutale hausse de la radioactivité, de 70 000 fois supérieure à la limite autorisée.
Ce jour-là le vent tourne et le nuage radioactif se dirige vers Tokyo. Le gouvernement lance un appel : les femmes et les enfants sont encouragés à partir vers le sud de l’archipel ou à l’étranger….
Ce fut les premiers jours, tristes jours, d’un désastre qui se poursuit.
Depuis ce 11 mars 2011, pas une seule semaine sans que nous apprenions de nouveaux incidents, de nouvelles fuites graves, de nouveaux épisodes de contamination du sol, de l’air, de l’eau, les centaines de tonnes d’eau hautement contaminée déversées chaque jour dans le pacifique. Pas une seul semaine sans que l’on entende parler de traces de radioactivité dans les urines, d’angoisse des familles, du désespoir des agriculteurs qui parfois en viennent à se suicider, du désarroi de milliers de réfugiés, d’ouvriers envoyés au casse-pipe de la décontamination pour des salaires de misère.
La catastrophe de Fukushima ne cesse de se poursuivre et de s’étendre. Fukushima, c’est une réalité pour des années, des décennies, des générations.
3 ans après Fukushima, nous sommes réunis pour rendre hommage aux victimes passées présentes et futures des pires catastrophes de l’aire nucléaire. Je propose que nous respections pour toutes ces victimes une minute de silence. Fukushima, plus jamais ça.

Pauvre pauvre Loiret ! session budgétaire acte 1

Après un report sur lequel je m’interrogeais récemment en conclusion d’un communiqué, la dernière session de l’année du Conseil général se réunit cette semaine pour adopter le budget 2013. Pour adopter et pas pour élaborer le budget puisque celui-ci a déjà été bouclé par le Président et présenté à la presse. Les conseillers généraux sont supposés être les représentants d’un canton et éventuellement en défendre les spécificités de façon indépendante mais n’ayez crainte, ceux de la majorité voteront comme un seul homme, quand bien même ce budget signifierai la ruine de leur canton. Nous avons donc entamé aujourd’hui des débats de plus en plus déconnectés de l’administration concrète d’un territoire.

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Le grand Rex de Fukushima

Je participais cette semaine à la 23ème conférence des commissions locales d’information (CLI) organisée par l’association nationale ANCLI et par l’autorité de sûreté nucléaire (ASN). Ces CLI sont des instances créées autour de chaque site nucléaire afin de garantir la transparence en matière de sûreté. En ce qui me concerne, je siège au sein de la CLI de la centrale de Dampierre-en-Burly.

Neuf mois après l’accident nucléaire de Fukushima, cette conférence bénéficiait cette année d’un regain d’intérêt en raison de la réorganisation récente des CLI et de leur réactivité consécutive à l’accident survenu au Japon. Le second motif de mobilisation tenait précisément au sujet abordé par la conférence : les enseignements de Fukushima (N.B. : quand on veut montrer qu’on s’y connaît, on dit « REX » plutôt que « retour d’expérience »).

Au sein de la CLI de Dampierre comme dans toutes celles de France, un avis a été émis à propos des évaluations complémentaires de sûreté (ECS) entreprises dans les installations nucléaires depuis le printemps. Ces ECS lancés par le gouvernement manquent d’envergure en se confinant au réexamen de risques similaires à ce qui s’est produit au Japon : ils font référence aux séismes ou aux inondations mais pas à la sécheresse ou aux attentats. Il était en outre demandé aux exploitants de préciser comment ils pourraient faire face à une perte conjointe d’alimentation électrique et de source de refroidissement, c’est à dire les circonstances qui ont entraîné la fusion du cœur à Fukushima. En ce qui concerne Dampierre, EDF s’est contenté de proposer de dupliquer les moyens de secours existants.

Dans ces conditions, j’attendais beaucoup de la conférence nationale des CLI et notamment une véritable transposition de ce que nous apprend la catastrophe en cours pour déterminer les progrès que l’on peut envisager en France. Quelle ne fut pas ma surprise.

Déjà, lors de la table-ronde consacrée à ces fameux ECS, au cours de laquelle n’intervenaient que des habitués des cénacles nucléaires, il ne fut guère question des événements intervenus au Japon mais plutôt de se congratuler sur la sureté de nos centrales. Bien entendu, de nombreux participants, représentants d’associations ou élus écologistes comme moi, ont présentés nos arguments mais les réponses se révélèrent si lénifiantes que l’on pourrait les résumer en quelques mots  : continuons le nucléaire français comme si de rien n’était. Le comble pour un rex.

Mais le sommet fut atteint lors de la table-ronde consacrée à la gestion post-accidentelle. Aucun des intervenants officiels ne se référa à la réalité de la catastrophe sur place. L’ASN nous expliqua quel avait été son rôle en France pendant la crise, notamment le conseil auprès du gouvernement français pour répondre, par exemple, à la question de l’interruption des importations de produits japonais. En ce qui concerne l’Institut IRSN, son représentant nous raconta comment 128 expatriés de retour de Tokyo avait pu être pris en charge et rassurés ou non sur leur contamination éventuelle. Tous soulignèrent à quel point la population française avait sollicité d’informations sur le nuage radioactif venu de Fukushima, nuage au demeurant plutôt inoffensif. En fin de compte, toutes ces informations essentielles sur la réaction des autorités françaises nous apprirent les erreurs à éviter en cas d’accident nucléaire qui surviendrait aux antipodes. Avec un tel rex, si le prochain accident nucléaire se produit au Brésil, nous seront parfaitement prêts.

Fort heureusement, il restait un représentant associatif de l’ACRO pour s’exprimer sur l’exemple de Fukushima. Il rendit compte du déroulement des opérations sur place, des missions menées et des mesures effectuées par l’ACRO ainsi que des réactions de la population que l’on peut constater depuis mars dernier. Ainsi, certains éleveurs refusent encore de quitter la zone dangereuse faute de pouvoir emmener leurs bêtes. Une histoire particulièrement tragique concerne un hôpital dont l’évacuation s’est faite sans avoir les moyens de déplacer les malades alités les plus faibles ce qui a entraîné le décès de dizaines d’entre eux. Le « rex » à en tirer serait de ne pas installer, à proximité d’une centrale, un hôpital ou un équipement dont les occupants seraient difficiles à évacuer en cas d’urgence. Il y a bien sûr bien d’autres enseignements à tirer de la façon dont les autorités japonaises ont géré et gèreront encore la situation post-accidentelle. Ce sera peut-être le véritable sujet d’une conférence des CLI à l’avenir …