Communiqué : Un budget départemental orienté à la dette

Le conseil départemental examinera ce vendredi 23 février le rapport d’orientation budgétaire pour 2018. Pour ce premier exercice sous la présidence de Marc Gaudet, il est à craindre un renversement de tendance et de méthode.
Jusqu’ici, le projet de mandat adopté par l’assemblée en 2015 était censé encadrer les dépenses tout en boostant les recettes par une hausse d’impôts significative dès 2016. Ainsi, les premiers budgets du mandat en cours ont permis de réduire la dette considérable accumulée notamment par la signature de partenariats public-privé durant le mandat précédent. Ramenée de 500 millions environ à 400 millions, cette dette reste cependant plus élevée que celle des autres départements.
Or, il est proposé cette année de gonfler les dépenses d’investissement par un recours à l’emprunt qui pourrait faire remonter la dette jusqu’à 450 millions. Tout cela par pure idéologie, parce que des économistes libéraux ont décrété un jour que les dépenses « d’investissement » seraient seules vertueuses tandis que les dépenses « de fonctionnement » de la collectivité seraient des charges insupportables, y compris lorsqu’il s’agit d’être soigné, protégé ou d’accéder à l’éducation et à la culture. C’est une absurdité justement démentie par la Cour des Comptes qui affirmait en 2015 ne pas craindre un manque d’investissements des collectivités mais plutôt une pertinence insuffisante des dépenses effectuées en la matière. Il est vrai que, dans le Loiret, le projet absurde de déviation routière à Jargeau va engloutir à lui seul près de 100 millions pour seulement déplacer les problèmes qu’il prétend résoudre tout en ruinant le patrimoine naturel et agricole ainsi que les chances de transition énergétique dans le département !
Malheureusement, il est à craindre que l’assemblée départementale ne discute pas vraiment le virage entamé par son nouveau président, lequel, sans regarder à la dépense, a déjà relancé un autre projet routier qui n’avait pas été retenu dans le projet de mandat. Or, cette profusion annoncée pour les dépenses d’investissement et l’aggravation de la dette qu’elle entraînera sont de mauvais augure pour la qualité des services attendus au jour le jour de la part du Département, en particulier dans le domaine social. Les personnes handicapées devront toujours s’armer de patience, les bénéficiaires du RSA resteront stigmatisés plutôt que soutenus et les jeunes mineurs non accompagnés, bien que présentés favorablement dans les discours, iront toujours échouer dans des chambres d’hôtel sordides.
Une gestion purement comptable qui se contente de respecter des « ratios cibles », cela ne fait pas une politique au service des habitants. A force de se targuer de « répondre à la demande » pour n’importe quel projet d’investissement, on finit par ne plus assurer l’essentiel au quotidien pour ceux qui en ont vraiment besoin.

Communiqué : Notre-Dame-des-Landes : La raison l’emporte

Le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a fait couler beaucoup d’encre ces dernières années. Né, dans les années 60, du rêve de faire décoller en masse des Concorde depuis l’Ouest de la France, ce projet s’était ensuite longuement enlisé avant de revenir sous la forme d’une vaste opération commerciale. Dans le partenariat public-privé conclu avec l’entreprise Vinci en 2010, il s’agissait avant tout d’aménager une immense galerie marchande où le chaland serait attiré par la présence d’une aérogare et d’une piste d’aviation lui permettant accessoirement de faire un voyage après ses emplettes.
En décidant de mettre fin à cette ineptie, le gouvernement d’Edouard Philippe montre sa capacité à prendre des décisions rationnelles en fonction des besoins réels des Français et des nécessités de l’économie. Un large consensus existe désormais, en effet, y compris parmi les économistes les plus libéraux, pour dire que notre pays n’a plus besoin de grandes infrastructures de transport pour son développement. Des investissements bien plus efficaces dans le numérique ou la transition énergétique doivent capter les ressources publiques en lieu et place des TGV, aéroports ou autoroutes. De ce point de vue, la décision prise aujourd’hui marque une véritable entrée dans le monde politique du futur.
Il fallait un certain courage et surtout de la détermination pour accepter de reconnaître la vanité de positionnements publics qui ont longtemps dominé et pour dépasser les vieilles habitudes d’élus bâtisseurs qui sont encore attachées à tant de carrières politiques interminables. En tant que militant de longue date contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, je me réjouis du choix opéré aujourd’hui. En revanche, en tant qu’élu du Loiret, je ne peux que déplorer que la posture politique innovante et rationnelle du gouvernement ne soit pas d’actualité dans notre département et que des pratiques politiques du siècle passé reviennent en force en même temps que les projets routiers imaginés à l’époque.

Le projet de mandat reste dans le flou … sauf pour bétonner le paysage

N.B. : Ce billet est le premier d’une série qui complète mon compte-rendu des dernières sessions du conseil départemental (novembre et décembre) paru sous le titre « Le Conseil départemental reste bourré de contradictions ».

Parmi les innovations enclenchées par notre nouveau président en avril dernier, il y avait la promesse d’écrire collectivement un projet cohérent pour les actions à mener par le conseil départemental d’ici 2021. Il est vrai que le mode de scrutin cantonal ne facilite par la lisibilité des ambitions des candidats, du moins pour ceux qui s’accommodent de se présenter sans projet. Toujours est-il que la majorité a inauguré une méthode intéressante d’y remédier une fois élue. C’est ainsi que l’ensemble des conseillers départementaux, les agents de la collectivité et un certain nombre d’institutions partenaires ont pu plancher tranquillement sur le futur immédiat du Département. Côté élus, le travail a consisté en des séminaires d’un jour ou deux, par commissions thématiques, début septembre, puis en une synthèse présenté devant l’assemblée entière en novembre. Un rapport complet a enfin été rédigé au niveau de l’exécutif.
C’est cette démarche qui vient d’aboutir à l’adoption d’un projet de mandat sur lequel je reste assez partagé puisque je me suis abstenu. C’est que, en fait, malgré la concertation réelle au sein de l’institution départementale, non seulement ce projet de mandat n’est pas celui des écologistes pour le Loiret, mais il présente des points sensibles sur lesquels la majorité n’a pas beaucoup avancé par rapport au passé, faute de véritables arbitrages.
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Le Conseil départemental reste bourré de contradictions

L’année 2015 est quasiment achevée pour les élus départementaux du Loiret après les deux jours de session qui se déroulaient jeudi et vendredi dernier. Je veux vous en parler longuement et je reviendrai aussi sur la journée du 19 novembre dernier qui préparait les décisions de cette semaine.

C’est en effet en novembre que j’ai proposé une première fois à mes collègues de se positionner, dans le cadre de la COP21, en faveur du désinvestissement des énergies fossiles. Ce voeu a finalement été remanié et adopté à l’unanimité cette semaine. Il fait du développement durable un pré-requis de toutes les politiques engagées par le Département du Loiret. Il rappelle des objectifs tels que « zéro carbone en 2050 » ou « zéro précarité énergétique en 2050 ». Il incite les forces vives du département à retirer leurs investissements du secteur des énergies fossiles.
Sur le papier, c’est un grand pas en avant.

Malheureusement, la même assemblée a approuvé très largement un projet de mandat qui fait la part belle aux vieilles habitudes. Malgré des finances très affectées par les contraintes nationales et plombées par un endettement qui s’est envolé durant le précédent mandat, la majorité a choisi de limiter ses dépenses sociales et de poursuivre son action dans tous les autres domaines ou presque. Certes, la méthode a changé, les politiques de guichet laisseront place, le plus souvent, à des politiques concertées et ciblées. Mais la priorité reste la poursuite d’une croissance introuvable selon un modèle économique qui nous amène dans le mur depuis 50 ans.

Concernant ce demi-siècle écoulé, une des vice-présidentes départementales n’a pas hésité à remettre en cause le trop grand confort dont notre société aurait bénéficié. Cette idée est discutable puisque le gaspillage fut réel, mais le confort, tous n’en ont pas profité. Même en admettant que notre société a vécu « au-dessus de ses moyens », j’ai été scandalisé qu’elle en attribue la faute à un excès de droits et de libertés individuelles accordés aux Français. Comme si c’était la démocratie qu’il fallait abandonner pour ne surtout pas remettre en cause la société de consommation et les énormes inégalités qu’elle engendre. Sans s’en rendre compte parfois, la majorité départementale s’engage dans une voie particulièrement réactionnaire où l’égalité des droits et la liberté feraient obstacle au grand projet productiviste qui ravage notre environnement.

Résultat, pour rétablir la fameuse « cohésion sociale », le projet de mandat de la droite Loirétaine prévoit de construire de nouvelles routes et de baisser les allocations individuelles de solidarité. Si les pauvres veulent manger, il faudra qu’ils le méritent, s’ils sont vieux ou malades et demandent de l’aide, il leur faudra démontrer qu’ils ne l’ont pas « bien cherché ». En revanche, si vous êtes un investisseur déjà nanti et que vous êtes prêt à les faire trimer (i.e. si vous promettez de créer des emplois), alors le Loiret vous accueillera à bras ouverts. Le projet de mandat ne prépare pas un environnement bienveillant pour tous les habitants, mais il veut construire avant tout un « territoire » attractif pour les riches.

C’est donc en vain que j’ai tenté de convaincre mes collègues que le projet de pont entre Mardié et Darvoy est totalement contradictoire avec la lutte contre le changement climatique car il pérennise le tout-camion et le tout-voiture. En outre, cette déviation ne résoudrait que partiellement les nuisances que connaissent les habitants de Saint-Denis-de-l’Hôtel et de Jargeau, nuisances qui seraient en revanche amplifiées ailleurs. Enfin, une telle infrastructure aurait indiscutablement un impact sur le fameux « capital nature » du Loiret, comme disent mes collègues quand ils parlent des êtres vivants, de l’air, de l’eau et de la beauté du département. Malgré cela, la majorité entend y consacrer près de 20% des dépenses d’investissement d’ici 2021 au détriment de bien d’autres besoins.

Comme à mon habitude, je ferai un récit détaillé des débats du conseil départemental ayant conduit à ces décisions.
L’essentiel de mes préoccupations était d’ailleurs déjà présent dans mon intervention de début de session, jeudi 17 décembre même si l’enregistrement à pâti d’un décalage des haut-parleurs de la salle :

Je vous propose de reprendre ces mêmes thèmes au fil de mes prochains billets qui traiteront du projet de mandat, du développement durable avec le voeu sur les énergies fossiles, de la déviation de la RD921, du débat budgétaire 2016 et enfin des dotations des collèges.