Le retour du grand contournement d’Orléans ?

La commission des bâtiments, des routes et des transports du Conseil départemental du Loiret est partie en voyage d’études dans le Sud de la France ces derniers jours.

Ce n’était pas pour profiter des dernières chaleurs de l’été qui s’achève lentement au bord de la Méditerrannée. Le programme des travaux de la commission (ci-dessous) prévoyait d’aborder notamment deux projets importants : le canal du midi et la rocade de Narbonne.

Curieusement, la visite du chantier d’achèvement de la rocade de contournement de Narbonne est mise en relation avec le projet de déviation routière à Jargeau. Serait-ce un signe que le contournement d’Orléans revient à l’ordre du jour ?

Lorsque j’ai posé la question à Marc Gaudet, vice-président en charge des routes, il s’est contenté de hausser les épaules en souriant. Comme s’il s’agissait d’une bonne blague. Pourtant, il fut un temps où la réalisation d’un grand contournement d’Orléans était bien la raison invoquée pour justifier le projet de déviation de Jargeau, alors associé à une déviation à Meung-sur-Loire et au barreau autoroutier Artenay-Meung. Lorsqu’il est apparu que cela motivait une très forte opposition aux différents éléments de ce contournement, le conseil général avait fait du rétropédalage en reniant ses propres études de projet.

Alors, peut-être que l’ensemble d’une grande rocade autour d’Orléans n’est plus à l’ordre du jour mais la comparaison avec Narbonne vient renforcer l’évidence selon laquelle le projet de Jargeau est avant tout un ouvrage de contournement de la Métropole et pas seulement une déviation de village (un peu) encombré. Comme je l’ai rappelé à Marc Gaudet, les études les plus récentes montrent bien que la réalisation d’un nouveau pont entre Mardié et Darvoy ,avec ses 14km de route jusqu’à La Source, ne ferait que susciter un accroissement global du trafic depuis l’Est d’Orléans vers le Sud. Tout cela contribuera à encombrer d’autres villes que Jargeau et Saint-Denis -de-l’Hôtel sans résoudre durablement la question de la mobilité dans la métropole. Au contraire, le Conseil départemental est en pleine contradiction avec les modestes objectifs affichés en matière de lutte contre le changement climatique. Nos compatriotes des Antilles apprécieront sans doute que l’augmentation de l’intensité des cyclones tropicaux soit le cadet des soucis de notre majorité départementale.

Ci-dessous, la rocade de Narbonne est juste au ras de cette petite ville au carrefour de grands axes reliant notamment à l’Espagne. A côté, l’ancien projet de contournement d’Orléans passait à 20km du centre-ville et ne visait qu’à amplifier la circulation des camions à travers tout le Loiret.

Tout va très bien, continuons comme prévu

Le Conseil départemental s’est réuni, la semaine passée, pour la session du premier trimestre 2017. Elle se déroula au cours d’une seule demi-journée en raison d’un ordre du jour très modeste. Avant d’évoquer les (rares) questions de fond abordées, permettez-moi de m’attarder sur la forme.

Quand Hugues Saury eut, dans un bref discours d’introduction, très rapidement présenté l’ordre du jour, la tradition voulait que s’engage un débat général. Or, quand le président demanda si certains conseillers souhaitaient prendre la parole, ce fut d’abord le silence.
Côté « opposition » de gauche et écologiste, nous n’avions pas prévu de sujet à aborder dans cette phase de démarrage habituellement assez théâtrale car en présence de journalistes locaux. C’est que, d’une part, nous ne sommes pas si nombreux et, d’autre part, du moins en ce qui me concerne, ce que nous avions à dire pouvait s’exprimer au moment de la présentation des rapports proprement dits.
Côté « majorité » l’habitude a été prise depuis le début de ce mandat et contrairement à l’ère Doligé, d’alimenter la séance introductive par une série de questions soigneusement anticipées en accord avec l’exécutif auquel elles sont adressées, au point que l’on y sent souvent la patte du cabinet du Président.
L’absence d’intervention de l’opposition déstabilisa cette belle organisation.
Même l’écolo d’ordinaire si bavard ne levait pas la main et chacun se regardait en chien de faïence (de Gien).
Hugues Saury, perplexe, se résigna à passer directement à l’examen des rapports à l’ordre du jour en commençant par ceux relatifs au réseau routier.
In extremis et fort heureusement pour les efforts de l’équipe majoritaire, notre collègue Agnès Chantereau se décida enfin à demander la parole en proposant une question relative aux routes avant même l’énoncé du premier rapport.
Ouf. Les préparatifs de la majorité étaient sauvés. Hugues Saury sauta sur l’occasion et put enfin lancer le débat général avec sa propre majorité. On s’aperçut alors que nos collègues avaient de nombreuses interventions sous le coude pour animer et valoriser les travaux de notre assemblée, sur des sujets variés. Selon un plan soigneusement établi, chacun.e des orateur.trice préalablement désigné.e commenta positivement l’action de la majorité (non sans une dose d’autosatisfaction) puis tourna sa dernière phrase en forme d’interrogation de façon à ce que l’un.e ou l’autre des vice-président.e.s soit appelé.e à y répondre et puisse confirmer que le conseil départemental fait de belles choses (non sans ajouter une dose d’autosatisfaction).
Nous apprîmes ainsi que le Département lutte activement pour la sécurité routière, mène un excellent dialogue social, prépare un beau festival de musique, travaille à la sécurité dans les collèges ou anime avec succès ses Assises de la solidarité.

Je ne manquai pas de sourire lorsque l’un de mes collègues, ayant assisté à la conférence de presse de présentation du Festival de Sully et du Loiret, trouva néanmoins indispensable de demander en séance quel serait le programme de ce festival. Ce qui donna lieu à une belle réponse en tout point conforme à l’exposé tenu devant la presse et déjà diffusé par celle-ci.
On approcha la franche rigolade lorsque, en réponse à l’une de ces questions supposées spontanées et si longues à venir, une des vice-présidentes se borna à lire péniblement la réponse déjà écrite qui était manifestement déposée devant elle.
Mais peut-être n’ai-je pas vraiment compris l’usage des éléments de langages. Qui sait si la majorité n’apprécierait pas, comme réciprocité à ses efforts pour guider mes discours en public que je lui fournisse mes interventions avant les séances, voire que je rédige aussi d’avance la réponse que je souhaite que l’on me fasse ?

Mais foin de ces taquineries de blogueur qui me valent ensuite des réprimandes ;-), laissez-moi vous conter les débats sur le fond.

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Des impôts qui montent … pour des choix contestables

Après l’introduction de mercredi dernier, les deux journées suivantes de la session furent consacrées à l’examen des rapports un à un. A une ou deux exceptions près, il s’agissait de voter, chapitre après chapitre, les différentes parties du budget 2016. Autrement dit, faire des choix en ce qui concerne (un peu) les recettes et (beaucoup) les dépenses. Autant dire que le compte-rendu que je vous propose sera aussi long que les clivages sont profonds avec la majorité.
Une fois fixés les rares taux d’imposition dont le conseil départemental est responsable, c’est essentiellement sur les dépenses que les élus locaux ont des marges de manœuvre. Si le versement des allocations individuelles de solidarité est strictement encadré par la loi et si les dépenses de personnel sont forcément très stables d’une année à l’autre, bien d’autres postes budgétaires permettent de constater que la politique faite par une majorité Les Républicains n’est pas celle que mènerait, par exemple, le Parti socialiste. D’ailleurs, in fine, mes collègues de l’opposition s’abstinrent de voter le budget.
Quant à moi, constatant l’écart encore plus grand entre une politique écologiste, juste envers les besoins du moment et soucieuse des générations à venir, et celle envisagée dans le Loiret, je décidai de voter contre ce budget départemental. Il est vrai que, comme l’a remarqué le journal Magcentre, je suis « souvent monté au créneau durant ces trois jours pour montrer [ma] différence dans les différentes politiques notamment en matière d’environnement et d’équipements routiers ». Si on y ajoute les politiques sociales que j’ai souhaité franchement plus solidaires, on comprendra que mon vote n’est pas une posture mais l’affirmation qu’un autre budget est possible.
Cette conviction s’appuie d’abord sur le fait que je ne partage pas avec les autres conseillers départementaux l’idée que seules les dépenses d’investissements sont bonnes pour la population.
[ N.B. : on parle de dépenses de « fonctionnement » lorsqu’il s’agit de dépenses récurrentes qui se répètent tous les ans (par ex. le salaire d’une assistante sociale du Département) et on classe la dépense dans « l’investissement » lorsqu’elle est unique dans le temps où ne se renouvelle qu’après de nombreuses années (par ex. la construction d’un nouveau bâtiment). Cependant, chacun a conscience qu’il est difficile de faire la différence dans certains cas comme les travaux d’entretien qui reviennent à un rythme plus ou moins long. Bref, cette distinction est avant tout liée à la comptabilité française qui est annuelle et elle ne dit en rien ce qui constitue une bonne ou une mauvaise dépense. Construire un collège (investissement) ou payer chaque année les enseignants (fonctionnement), sont deux aspects indissociables pour qui veut assurer l’éducation des enfants. Et l’on compromet l’avenir, en revanche, aussi bien en subventionnant les carburants diesel (fonctionnement) qu’en construisant des autoroutes (investissement).]



Investissement ou fonctionnement, ce fut l’objet de ma première intervention, lors de l’examen du … Lire la suite

Le projet de mandat reste dans le flou … sauf pour bétonner le paysage

N.B. : Ce billet est le premier d’une série qui complète mon compte-rendu des dernières sessions du conseil départemental (novembre et décembre) paru sous le titre « Le Conseil départemental reste bourré de contradictions ».

Parmi les innovations enclenchées par notre nouveau président en avril dernier, il y avait la promesse d’écrire collectivement un projet cohérent pour les actions à mener par le conseil départemental d’ici 2021. Il est vrai que le mode de scrutin cantonal ne facilite par la lisibilité des ambitions des candidats, du moins pour ceux qui s’accommodent de se présenter sans projet. Toujours est-il que la majorité a inauguré une méthode intéressante d’y remédier une fois élue. C’est ainsi que l’ensemble des conseillers départementaux, les agents de la collectivité et un certain nombre d’institutions partenaires ont pu plancher tranquillement sur le futur immédiat du Département. Côté élus, le travail a consisté en des séminaires d’un jour ou deux, par commissions thématiques, début septembre, puis en une synthèse présenté devant l’assemblée entière en novembre. Un rapport complet a enfin été rédigé au niveau de l’exécutif.
C’est cette démarche qui vient d’aboutir à l’adoption d’un projet de mandat sur lequel je reste assez partagé puisque je me suis abstenu. C’est que, en fait, malgré la concertation réelle au sein de l’institution départementale, non seulement ce projet de mandat n’est pas celui des écologistes pour le Loiret, mais il présente des points sensibles sur lesquels la majorité n’a pas beaucoup avancé par rapport au passé, faute de véritables arbitrages.
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Entrée en matière contrastée pour le budget 2015

L’assemblée départementale entamait hier une semaine de session plénière consacrée au vote du budget tandis qu’une contestation inédite s’exprimait à nos portes, rassemblant l’ensemble des organismes qui assurent l’hébergement de personnes handicapées.
A l’intérieur, le climat était plus calme, les esprits étant sans doute déjà tournés vers la future campagne électorale qui se prépare pour les élections départementales des 22 et 29 mars prochain.

En attendant, jusqu’à vendredi, il faudra quand même examiner avec attention le budget préparé par la majorité pour l’année 2015. Hormis le lancement de la labellisation de l’Agenda 21, il n’y aura pas vraiment d’autres décisions prises dans les jours qui viennent.
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