La subvention la plus commentée du Loiret

Je ne crois pas en avoir déjà parlé ici, mais, depuis 3 mois, il y a une décision du Conseil général qui fait sérieusement jaser. Le 22 octobre dernier, en effet, la commission permanente accordait exceptionnellement trente mille euros à un concurrent du Paris-Dakar, au prétexte qu’il allait promener le logo du département dans le désert argentin. Depuis, il ne se passe pas une AG d’association, ou presque, où l’on n’entende dire que ça fait beaucoup d’argent dépensé dans une période où les autres subventions diminuent. Mais, bien entendu, la majorité UMP, qui a voté seule cette décision, prétend qu’il s’agit de promouvoir le Département.

C’est ainsi qu’une élue locale écologiste vient de la relancer l’affaire en soulevant le problème de sa légalité. En effet, s’agissant de la promotion du Département, l’opération « Paris-Dakar » du Président Doligé tombe sous le coup de la loi électorale qui interdit aux collectivités de se payer des campagnes de publicité dans les 3 mois précédant un scrutin. Or, justement, Eric Doligé espère se faire réélire en mars prochain dans le canton de Meung-sur-Loire (mais si vous voulez un conseil, votez plutôt pour Patrice David).

Du coup, tandis que mon amie Nicole Bouilly saisit le Préfet pour savoir si la subvention est ou non légale, la rédaction de France 3 Centre s’est à nouveau penchée sur la question mardi dernier, dans son édition régionale du 19/20. Ce fut pour moi l’occasion de dénoncer avant tout le scandale que constitue une course de « vandales » qui vont au bout du monde pour brûler leur essence dans des sites naturels qu’ils semblent mépriser autant qu’ils ignorent les populations locales.

Et comme les élections cantonales n’ont pas fini de faire couler de l’encre, j’en profite pour vous annoncer que France 3 Centre m’a également invité pour l’émission « La voix est libre », diffusée ce samedi 22 janvier à 11h35 et enregistré en public demain vendredi à 15h sur al place du Martroi.

Lettre à un Président ayant besoin que l’on conforte ses choix économiques dans le canton de Chécy

Monsieur le Président,

Par un courrier en date du 19 juillet dernier, vous sollicitez mon avis à propos d’une subvention à une entreprise localisée à Chécy. Dans le cadre d’un rachat qui a permis de la tirer d’une situation économique très délicate, cette entreprise a licencié près d’un tiers de son effectif et elle était donc tenue de restituer au Département une aide reçue en 2006, aide que le Conseil général avait conditionnées à la préservation des emplois. Vous m’annoncez avoir donné un avis favorable au maintien de cette subvention de cinquante mille euros en dépit des postes de travail supprimés. Après quoi, vous souhaitez connaître mon opinion personnelle sur cette question en vue de « conforter la position du Conseil général ».

Vous me voyez flatté d’apprendre que mon avis sur une question relative au développement économique du Loiret est en mesure de « conforter » le choix que vous avez déjà effectué. Cela est suffisamment exceptionnel pour retenir toute mon attention et m’amène à vous faire une réponse détaillée.

Tout d’abord, je ne suis pas surpris que votre sollicitation se rapporte à une entreprise du canton de Chécy puisqu’il s’agit de ma circonscription électorale. En souhaitant que je m’exprime sur un dossier touchant les personnes qui m’ont élu, votre intention pourrait être de me placer en porte à faux entre une pratique clientéliste, qui n’est pas la mienne, et la défense de l’intérêt départemental. Cependant, en plein débat sur la réforme des collectivités territoriales, vous savez probablement que je ne partage pas votre vision très réductrice du rôle des élus locaux, vision selon laquelle un conseiller général n’est en fin de compte que le missi dominici du Président, destiné à distribuer de petites subventions locales et à signaler les fossés mal entretenus (ce que je fais néanmoins volontiers). Il me semble au contraire que les conseillers généraux sont mandatés pour administrer l’ensemble du territoire départemental. Bien que particulièrement compétent pour ce qui touche aux réalités locales de sa circonscription, tout conseiller général du Loiret est garant de la vie sociale la plus juste et du développement durable de tout notre département.

Je vous donnerai donc dans un premier temps mon avis sur le développement économique de l’ensemble du territoire que nous administrons, développement qui est excessivement basé sur la délocalisation de grosses entreprises vers le Loiret, au détriment d’autres territoires, ainsi que le montrent clairement les statuts de l’Agence de développement économique du Loiret que vous avez instituée.
Parmi les opérations visant à attirer les emplois chez nous, au risque de les voir repartir un jour ou l’autre, on trouve fréquemment le secteur papetier. C’est par exemple le cas pour le récent « succès » de l’ADEL qui a démarché l’entreprise ICT pour qu’elle s’installe à Amilly, non sans soulever des interrogations sur le montant des aides apportées ou les conséquences environnementales de cette installation. L’actualité nous rappelle aussi le cas de l’entreprise Scott Paper dont le Département doit encore percevoir des remboursements importants d’aides reçues par le passé.
Mais le secteur privilégié de votre politique économique a surtout été la logistique, un secteur qui ne crée que peu d’emploi relativement aux surfaces occupées. Cela amène surtout le Département à investir massivement dans des infrastructures routières démesurées. Accompagnée d’une fuite en avant en matière de déplacements automobiles, cet aménagement du territoire ne me paraît pas en adéquation avec les réalités du 21ème siècle.
En effet, la crise économique et financière que nous subissons se double d’une crise écologique qui oblige à repenser nos priorités. Nous ne sortirons pas de cette crise en laissant passer l’orage et en recommençant comme avant avec des « hedge funds » et des « subprimes », de la spéculation, des paradis fiscaux et un perpétuel chantage à l’emploi.
La conversion écologique de la société que proposent les écologistes consiste à relocaliser les activités économiques en se recentrant sur les besoins fondamentaux : logement, alimentation, santé. Les nombreux emplois à créer dans les métiers de la construction écologique ou dans l’agriculture biologique ne sont pas délocalisables. Nous proposons un virage vers les structures de production locales, innovantes et participant de la cohésion sociale. Dans le canton de Chécy, par exemple, il existe aussi de petites entreprises dynamiques qui n’obtiennent pas d’aide pour leurs projets parce qu’elles ne rentrent pas dans les critères du Conseil général.
Dans le système économique libéral que nous subissons de plus ou moins bon gré, il serait sans doute préjudiciable au Loiret de s’interdire de manière dogmatique toute aide aux entreprises privées. Il me semble cependant que des conditions sociales et environnementales peuvent être posées et que le Département doit s’attacher à les rendre incontournables par la sanction des entreprises défaillantes. Il faut que celles qui ne respectent pas les promesses relatives à l’emploi restituent les aides reçues.

J’en viens ainsi à la question précise que vous me posez : fallait-il ou non maintenir la subvention indue à une entreprise cacienne en particulier ? Vous serez sans doute « conforté » dans votre décision, d’une certaine manière, puisque j’estime tout à fait juste que vous traitiez cette entreprise comme toutes celles du Loiret. Vos choix de politique économique ne sont pas les miens mais, une fois adoptés par le Conseil général, ils deviennent la règle commune et nul ne comprendrait que cette règle ne s’applique pas équitablement dans les différents cantons qui composent la carte électorale du Loiret. A l’occasion de commentaires que j’ai pu faire à propos d’une autre politique départementale, vous m’aviez plus ou moins répondu qu’on pourrait « ne pas distribuer ces subventions dans le canton de Chécy ». De tels propos, tenus sur un mode humoristique, me semblent plutôt confirmer que vous tenez à ce que les habitants d’un canton ne soient pas traités en fonction de leurs choix électoraux. Voilà pourquoi je tenais à vous assurer que, dans le dossier que vous me soumettez, je ne sollicite aucun traitement de faveur pour l’entreprise concernée.

Veuillez agréer, monsieur le Président, l’expression de mes sentiments les meilleurs,

Thierry Soler
Conseiller général du Loiret