Une commission permanente très martiale mais qui manque de « cohérence »

Dans le cadre des réunions décentralisées du Conseil général, la commission permanente de ce mois de septembre se tenait dans la commune d’Olivet. Peut-être que cette petite ville est dans le besoin et n’avait pas trouvé de salle municipale à mettre à disposition du Département car c’est le 12ème régiment de cuirassiers qui fut mobilisé pour nous accueillir. Comme le fit remarquer le Président, ça permet d’avoir plein de jeunes gens bien sympathiques plantés tous les vingt mètres pour nous indiquer le chemin et en plus ils disent bonjour avec le sourire et la mitraillette en bandoulière. De mon côté, bien qu’objecteur de conscience, pacifiste et antimilitariste convaincu, je me fis un devoir de dire également bonjour avec le sourire – et sans mitraillette – à tous ces jeunes désoeuvrés : je crois qu’il vaut mieux qu’ils soient à Olivet qu’en Syrie avec leurs chars, d’autant que Bachar-el-Assad possède peut-être les mêmes chars « made in France ».
Semaine de la mobilité oblige, j’étais venu en vélo, prenant le risque d’arborer des messages aussi peu virils que le célèbre soleil affichant « Nucléaire ? Non merci. »

Le conflit latent sur les PPP étant remis à la semaine qui vient, les hostilités se déclenchèrent lorsque l’on examina l’avis du Conseil général sur les schémas de cohérence territoriaux (SCoT) qui sont en cours de préparation autour de l’agglomération d’Orléans. Les SCoT sont des documents de planification des évolutions territoriales en matière d’habitat, déplacements et environnement, vues sous un angle de développement durable.
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Attention, risque de débat politique au Conseil général

La session ordinaire de la semaine passée avait été trop courte pour y traiter trois sujets que l’assemblée départementale abordait finalement ce matin.

Au premier rang de ces textes figurait l’avis du département sur le Schéma Régional d’Aménagement et de Développement Durable du Territoire (SRADDT), avis sollicité par le Conseil régional qui présente ce projet et doit l’adopter définitivement en décembre

Dans un premier temps, le Président Doligé avait feint d’ignorer le travail ambitieux des élus régionaux, se contentant d’une lettre un peu creuse pour exprimer un désaccord peu argumenté.

Aujourd’hui, il nous proposait au contraire une charge plus virulente contre le Conseil régional. Non sans arrière pensée, une longue liste de reproches étaient adressés au projet de SRADDT, s’indignant que ce schéma ne soit pas un « plan d’actions chiffrées » et qu’il n’affiche que des « ambitions » trop « théoriques et abstraites ».

Évidemment, ce réquisitoire politicien ne manquait pas de contradiction interne puisque, après avoir formé le voeu que la Région revoie sa copie, le rapport en appellait à une « vision commune ». Plus ponctuellement, j’avoue avoir souri en lisant que le Département souhaitait « un développement concerté et cohérent du ferroviaire, (…) [pour] favoriser un report modal pour le transport de marchandises et de voyageurs ». Cela venant juste après le plaidoyer habituel en faveur d’un « réseau puissant d’infrastructures ».

Après un rapport à charge dressé par Clément Oziel, Micheline Prahecq entama la réponse en se demandant si nous parlions bien du même document, avant de souligner la présence dans le projet de SRADDT de nombreuses réponses aux questions soulevés par le projet d’avis départemental. Elle dénonça le « mépris pour le travail des autres ».

Le débat s’emballa un peu quant à savoir si la concertation avait été de bonne foi entre les deux collectivités.

David Thiberge recadra la position de notre groupe socialiste, écologiste et républicain. Il cita les 3 priorités du SRADDT :
– société connaissance porteuse d’emploi
– des territoires attractifs organisés en réseau
– une mobilité et une accessibilité favorisées
et donna quelques exemples dont la production de logements et, surtout, la baisse de 40% des émissions de gaz à effet de serre, baisse indispensable pour parvenir aux objectifs que se fixe le pays en la matière.
Il dénonça un projet d’avis départemental écrit uniquement à charge et « indigne de notre assemblée », déplorons que l’on renoue avec les grandes heures de conflits entre les deux collectivités.

Ce débat se poursuivit ensuite de manière plus constructive quoique toujours très tranché de la part de la majorité départementale pour souligner les défauts du schéma régional.

Permettez-moi de ne retenir qu’un extrait de l’intervention d’Estelle Touzin.

Ceci nous permit d’apprendre en réponse que le Conseil général ne demande qu’à faire un beau plan climat en concertation avec la région et les agglomérations du Loiret (sic !).

Malgré ce débat très polarisé auquel je ne voyais rien à ajouter, la séance s’acheva dans une ambiance détendue.

Néanmoins, je dois revenir sur les dossiers du début de matinée. En effet, nous avions auparavant écouté un exposé détaillé sur les synergies entre le Conseil général et le Service départemental de secours et d’incendie (SDIS) et surtout, une information assez développée quant à l’organisation de la collectivité en cas de crise induite par un risque majeur. Il s’agissait de dresser le bilan d’une politique départementale menée de façon efficace et exemplaire et visant à se préparer aussi bien à une crue de la Loire qu’à une catastrophe nucléaire ou un événement climatique exceptionnel (tempête, sécheresse, chutes de neiges …).

Rien à redire, évidemment, sur ce travail essentiel pour protéger la population et assurer la continuité des services rendus. Sauf que …
Sauf que j’avais tout de même une question à poser sur une classification étonnante qui inclut dans les risques à combattre, des choses qui n’y ont pas forcément leur place.

Eric Doligé eut une première réponse paisible en me disant que l’amalgame entre risque social et risque terroriste est une bête conséquence de la typologie en vigueur dans les textes officiels relatifs aux « risques ». Une « norme », en quelque sorte, à laquelle nous ne pouvons rien sauf à ce qu’un sénateur produise un rapport sur la « simplification administrative ».

Puis il se mit à dériver vers l’accusation traditionnelle selon laquelle mes propos ne serait qu’idéologiques. Et de tenter de justifier l’injustifiable en citant un peu tout ce qui peu se faire en matière de risque de façon a entériner le fait que le droit de grève constitue quand même un risque et la liberté de la presse aussi. Du coup il mélangea allègrement le risque de suicide d’un agent, le risque de dettes « toxiques », le risque d’un article de presse qui se trompe sur son assiduité au Sénat, le risque de ne pas avoir d’eau dans le canal d’Orléans … tant et si bien que Michel Guérin souligna le risque tout simplement « de se lever chaque matin ».

Après un soutien que m’apporta Michel Ricoud et diverses interventions d’autres conseillers généraux sur des sujets de fond, en particulier le risque inondation, le président consentit à ma redonner la parole :

Sur quoi Eric Doligé, refusant de sortir du cas par cas, me rappela que le risque pénal est bien réel pour les élus, par exemple pour le Maire d’Orléans dont la responsabilité est mise en cause pour un trou dans la voirie ayant eu des conséquences dramatiques. Il conclut en me suggérant d’arrêter de « chanter ». Oui, vous avez bien lu « arrêtez de chanter », une injonction dont je cherche encore quel sens il faut lui donner.

Heureusement, l’après-midi fut beaucoup plus détendue puisque nous nous retrouvâmes à l’occasion de l’inauguration du tronçon de la Loire à vélo entre Châteauneuf-sur-Loire et Beaulieu-sur-Loire. Comme le petit raout était organisée à Saint-Benoît-sur-Loire et comme la session matinale avait été fort longue, il me resta juste le temps de me rendre à Châteauneuf en voiture pour y enfourcher mon vélo et tester in situ le tronçon à inaugurer (avant de terminer la journée par une autre inauguration à Châteauneuf, justement). Je retrouvai ainsi tous les officiels à Saint-Benoît après 10 kilomètres bien agréables et parfaitement balisés quoique pas totalement en bitume. Cela ne me gênait pas mais posait quelques problèmes aux cyclotouristes venus assister à l’inauguration et il est vrai que la Loire à vélo se doit d’être particulièrement praticable si l’on souhaite y accueillir dans de bonnes conditions un tourisme qui a le vent en poupe (ce qui ne fut pas mon cas au retour).

Finalement, en saluant les élus et cyclistes présents dans l’assemblée pendant son discours, Eric Doligé ne put s’empêcher de souligner que je cumulais (pour une fois) les deux qualificatifs. « Mais au moins, ajouta-t-il, pendant qu’il fait du vélo … il ne fait pas autre chose. » Encore une formule énigmatique pour laquelle je fais appel à votre sagacité. Pensez-vous qu’au moment de terminer sa phrase de cette façon très floue, le président du Département avait d’abord eu en tête de dire :
1/ Au moins, pendant qu’il fait du vélo … il ne travaille pas ses dossiers.
2/ Au moins, pendant qu’il fait du vélo … il ne me prépare pas un coup fourré.
3/ Au moins, pendant qu’il fait du vélo … il n’est pas en train de convaincre les gens de s’opposer à mes autoroutes.
4/ Au moins, pendant qu’il fait du vélo … il n’est pas en train de chanter.