Quarante années de budgets « historiques » qui ont bétonné le Loiret … et ça continue

Il y a deux semaines déjà, le conseil départemental du Loiret a adopté son budget pour l’année 2021. Cette fois encore, je suis le seul membre de l’assemblée à m’y être résolument opposé, pour des motifs démocratiques, sociaux et environnementaux. Face à une majorité écrasante de la droite et une minorité de gauche qui laisse faire, mes votes furent sans doute plus symboliques que déterminants mais je les ai appuyé de prises de position très tranchées que je veux partager ici.

Ces séances des 28 et 29 janvier dernier débutèrent comme il se doit par un grand discours d’introduction du président Gaudet. Il s’empressa de qualifier d’historique le budget 2021 à venir. On se demande bien pourquoi puisque les différentes décisions budgétaires qu’il annonça ensuite ont été préparées selon des principes inchangés. Avant tout investir, aménager et construire du neuf, puis, parce qu’il le faut bien, dégager des budgets de fonctionnement pour les actions sociales qui constituent l’essentiel de la compétence départementale. Là où je pense au contraire qu’il faudrait mettre le paquet sur les solidarités tout en gardant, parce qu’il le faut bien, quelques sous pour entretenir les routes et les bâtiments. Bref, si ce budget est « historique » c’est seulement parce qu’il répète toute les erreurs du passé.
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Communiqué : Les grands projets inutiles ne s’imposent plus. La gauche serait-elle en train d’évoluer dans le Loiret ?

Face aux nombreux projets d’infrastructures nuisibles à l’environnement, en France et dans le monde entier, les écologistes emploient depuis une dizaine d’années le concept de « grand projet inutile imposé » (GPII). Parce que ceux qui bâtissent à tout va ont en commun ces trois attributs : la folie des grandeurs qui pousse à résoudre un problème ordinaire par une construction d’ampleur démesurée et au coût exorbitant, la vanité de réalisations qui ne répondent à aucun besoin majeur si ce n’est ceux que l’on invente pour les justifier et enfin l’absence de débat démocratique et, si nécessaire, le recours massif aux forces de l’ordre en pour défendre des intérêts privés. Les projets combattus méritent ainsi d’être qualifiés de « grands », « inutiles » et « imposés ».

En France, le cas le plus emblématique fut celui du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. La raison a triomphé dans ce cas-là, non sans mal, mais les GPII sont encore nombreux et le conflit est particulièrement virulent autour du projet d’enfouissement des déchets radioactifs à Bure. La défense de l’environnement et de la vie humaine a encore du mal à se faire entendre face aux puissants lobbys à l’oeuvre pour les GPII.

Et pourtant, il semble que le vent est en train de tourner.

Il y a quelques jours, à l’initiative des écologistes, les élus de la Métropole de Rouen, après l’avoir soutenu par le passé, ont voté contre la poursuite du projet routier de contournement de la ville. Il s’agissait pour eux de « répondre à l’urgence écologique ». Peu après, nous apprenions que le Gouvernement a décidé d’interrompre le projet d’agrandissement de l’aéroport de Roissy afin de prendre en considération la lutte contre le réchauffement climatique.

Et dans le Loiret ?

Le projet de déviation de la RD921 à Jargeau cristallise les oppositions de celles et ceux qui luttent contre les GPII. Ce projet va délibérément à l’encontre des objectifs de baisse des émissions de gaz à effet de serre. Il accroîtrait les nuisances et les déplacerait en empêchant des solutions alternatives plus efficaces. Il réclamerait l’équivalent d’au moins une année entière du budget d’investissement du conseil départemental, autant d’argent public qui fait cruellement défaut dans d’autres domaines essentiels. Il menace l’agriculture, la biodiversité et des doutes existent même sur la sécurité d’un pont s’appuyant sur le sous-sol karstique de la Loire.

Pour l’instant, seule la mouvance écologiste a osé s’opposer à ce projet absurde, coûteux, dangereux et rejeté par la population lors de l’enquête publique. Il se dit que le Parti communiste du Loiret, historique promoteur du projet, s’apprête à faire son aggiornamento. Est-ce que le Parti socialiste pourrait aussi, à l’instar de ses élus rouennais, rejoindre la lutte écologiste contre le conseil départemental du Loiret ?
Un tel revirement de la gauche loirétaine serait tout à fait réjouissant à quelques mois de l’élection d’une nouvelle assemblée pour diriger cette collectivité lourdement endettée.

Nouvelles technologies, le Département fait l’autruche

J’ai exposé hier un épisode de la dernière session plénière de l’assemblée départementale relatif à l’emploi des forces de l’ordre notamment face aux gilets jaunes.
Il est un autre sujet sur lequel je n’ai pas franchement été suivi par les autres représentants du peuple pour le Loiret, c’est l’évaluation des risques technologiques et en particulier la controverse sur les impacts possibles du déploiement de la 5G.
C’est que, dans l’antique hémicycle des élus des cantons, on a beaucoup de mal à émerger de la IIIème République et d’un positivisme obtus.
Ainsi, selon le mot de la Vice-Présidente Laurence Bellais, « nous n’irons pas contre une avancée de la technologie ». Position de principe assez effarante alors que les preuves s’accumulent concernant les dégâts que causent certaines technologies mal maîtrisées ou bien imposées à des populations impuissantes pour le seul profit des multinationales. Et imaginons ce que cela impliquerait s’il s’agissait du clonage des êtres humains !

Pire, il a fallu que j’insiste lourdement avant que le Président Gaudet accepte seulement de mettre à l’ordre du jour un texte que j’avais pourtant déposé en conformité avec le règlement de notre assemblée. Et, même ainsi, mon « voeu [concernant] le déploiement de la technologie de télécommunication 5G » a été traité par dessus la jambe par l’exécutif et rejeté sans discussion à la quasi unanimité. Je ne demandais pourtant pas la lune mais seulement que cette « avancée technologique » contestée, y compris de façon parfois irrationnelle, fasse l’objet d’une évaluation démocratique minimale avant sa mise en œuvre sur le territoire du Loiret.
D’autres collectivités ont déjà débattu et adopté (ou pas) de tels vœux. C’est donc un simple signal d’alarme envers les autorités nationales que je mettais en débat. Mais même cela est interdit dans l’esprit de la majorité départementale et de ses co-gérants de la minorité. Dès lors que l’on questionne le modèle économique dominant, productiviste, oligarchique et ravageur pour l’environnement, les mêmes qui se vantent d’agir « pour la planète » ne veulent plus rien entendre.
Voilà qui ne risque pas de rehausser le niveau de confiance envers la science ou envers les dirigeants politiques, au moment même où nous aurions besoin de sérénité pour utiliser efficacement la vaccination contre la pandémie de Covid-19.
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Faut-il demander leur avis à celles et ceux que l’on gouverne ?

Pour finir mon compte-rendu -tardif – de la dernière session plénière du conseil départemental du Loiret, il me reste à aborder le sujet qui fut mis à l’honneur à cette occasion : le numérique, ses installations et ses usages. Cette aspect thématique, développé désormais à chaque session, est sans doute une bonne idée mais encore faudrait-il qu’il y ait quelque chose à mettre en débat. Sinon, il s’agit d’une simple opération de communication qui n’a pas grand-chose à voir avec la réunion de l’assemblée élue. Et je ne parle même pas d’ouvrir le débat à la population elle-même puisque, vous le verrez, ce n’est vraiment pas le souci du président Gaudet.

Comme, je ne m’attendais pas à ce que le thème ne soit là que pour amuser la galerie, j’avais quand même apporté mon point de vue sur le sujet, à défaut de pouvoir faire évoluer les décisions. Le plus drôle, c’est que, comme j’abordais la question de la démocratisation de ces prises de décisions, justement, Marc Gaudet s’enflamma pour défendre le rôle des élus qu’il estime non seulement prépondérant mais exclusif pour ce qui est de gouverner la société. Pour lui, une fois que les citoyens ont désigné leurs représentants, ils n’ont plus qu’à rentrer sagement chez eux jusqu’aux prochaines élections. Ensuite, les élus se chargent de tout.

Le principe connaît une application au sein même du conseil départemental. Une fois le président élu par l’assemblée avec les membres de l’exécutif, les élus de la majorité (et parfois de la minorité) n’ont plus qu’à siéger gentiment et écouter l’énoncé des décisions qu’il leur suffira ensuite de valider.
Bref, en ce qui concerne le numérique, nous étions plutôt dans l’opération de communication institutionnelle que dans l’intelligence collective.
Mais comme je reste attaché aux vertus de la délibération, je suis donc intervenu, quasiment seul, dans le grand débat thématique de la session.
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Covid-19 : le Département n’a-t-il pas déjà jeté trop d’argent par les fenêtres ?

J’avais déjà publié un article à propos de la dernière session du conseil départemental afin de rendre compte en particulier du débat sur les mineurs non accompagnés (MNA).
Bien que j’aie sans doute trop attendu, il me reste à reprendre mon récit à propos des autres sujets abordés le mois dernier et notamment un budget toujours tranché par la majorité en faveur de la sauvegarde de l’économie plutôt que la solidarité avec celles et ceux qui sont laissés pour compte. Sans parler de l’écologie qui demeure essentiellement un enjeu de communication mais certainement pas une priorité traduite par des engagements financiers !

De budget, il en fut forcément question, pourtant, puisque la crise sanitaire et ses conséquences bousculent les équilibres savamment établis par l’exécutif. Les critères de bonne gestion et de solidité financière que la majorité départementale s’était elle-même imposée (un ratio de 10 % d’épargne brute et une dette maîtrisée) ont dû être abandonnés afin de pourvoir aux besoins croissants de la population dans une période d’incertitude sur les moyens dont disposera la collectivité. Nous avons donc étudié plusieurs chapitres du budget 2020 afin de les modifier en fonction de la situation constatée et de faire face aux engagements à tenir jusqu’au 31 décembre. Pour beaucoup d’entre eux, je n’ai trouvé aucune raison d’approuver les choix de la majorité et, en fin de compte, j’ai rejeté la délibération globale que concluait cette décision modificative (DM) du budget.

De mon point de vue, les dépenses très généreuses décidées au printemps dernier ont sans doute été un peu rapide. Aujourd’hui que la deuxième vague nous crée de nouvelles difficultés, on voit bien que le conseil départemental va devoir mobiliser toutes les ressources possibles afin de jouer son rôle dans le domaine social. Je maintiens que ce n’était pas au Département de se charger du soutien aux acteurs économiques, aussi apprécié qu’il ait pu être par ceux qui en bénéficièrent. D’ailleurs, l’État, la Région et les intercommunalités n’ont pas fait défaut aux entreprises et commerces en difficulté.
Le conseil départemental est la collectivité qui est compétente pour la cohésion sociale et qui gère notamment les allocations individuelles de solidarité ainsi que la protection de l’enfance. Dans ces domaines, les besoins sont aussi criants voire plus que pour les entreprises privées. Et aucune autre collectivité locale n’a le pouvoir d’agir dont dispose le conseil départemental, parfois en partage avec les services de l’État. Je suis donc particulièrement agacé du fait que l’on soit si peu réactifs lorsqu’il s’agit de soutenir le secteur médico-social ou les acteurs de l’économie sociale et solidaire qui oeuvrent pour l’insertion des publics défavorisés, pour l’autonomie des personnes handicapées et des personnes âgées, pour la protection des enfants en danger. Aucune mesure urgente n’est prise pour renforcer ces secteurs (hormis des évolutions positives mais lentes du côté de la Maison de l’Enfance) tandis que celles et ceux qui y travaillent « en première ligne » reçoivent (ou pas) des primes attribuées au lance-pierre et non sans mesquinerie.
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