Élégance

Si j’en crois ceux qui se sont sentis visés, il n’était pas très « élégant » de dévoiler prématurément les critiques des juges contre la gestion du Conseil général. Soit. Les Loirétains patienteront bien quelques semaines avant d’avoir le droit de savoir comment on les endette. En attendant, je ne résiste pas au plaisir de vous faire part de deux belles leçons « d’élégance » qu’il m’a été donné de recevoir des députés UMP du Loiret.

J’ai en effet assisté jeudi dernier à la très belle inauguration du nouveau FRAC (Fonds régional d’art contemporain) à Orléans. Ce bâtiment qui fait sensation est destiné à abriter des collections d’art contemporain donnant une place importante à l’architecture. Tout le monde n’est pas sensible au charme de la nouveauté si j’en crois un commentaire posté sur la page Facebook de Micheline Prahecq par mon collègue Marc Gaudet (il assimile une des oeuvres présentées au FRAC à un tas de ferraille). Plus au goût du jour, la Ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, avait fait le déplacement pour honorer la magnifique vitrine, de valeur internationale, dont est désormais dotée la ville d’Orléans. Serge Grouard s’est senti tellement flatté qu’il a poussé « l’élégance » jusqu’à attaquer ouvertement la Ministre dans son discours d’accueil. Le député-maire d’Orléans a manifestement du mal à encaisser que le pays puisse être gouverné par la gauche.

Comme vous le savez, il y en a d’autres qui ont du mal à encaisser la contradiction à l’UMP. J’en ai eu la preuve dès le lendemain, à Pithiviers, où je me rendais pour inaugurer le nouveau centre de secours et d’incendie. Rapporteur du budget départemental sur le sujet, je tenais à découvrir le résultat d’un investissement de 13 millions du Conseil général et je n’ai pas été déçu. Cette nouvelle caserne répond enfin aux besoins du Nord du Loiret et elle permettra d’assurer des secours rapides et efficaces. Thérèse Bonneau, maire de Pithiviers, en était également bien consciente et elle consacra son allocution d’accueil aux nombreux remerciements en écartant toute référence à la polémique qui perdure entre la ville et le département à propos de la contribution financière élevée que les Pithivériens paient pour le service départemental d’incendie et de secours. C’était compter sans Eric Doligé. Parlant sans risque qu’on lui réponde, il se permit donc d’aborder lui-même le différend financier en feignant de croire que, si Thérèse Bonneau n’en avait pas elle-même parlé, ce n’était pas par « élégance » de sa part mais parce qu’elle n’aurait plus rien à lui reprocher. Eric Doligé sait que c’est faux mais, bien entendu, c’était de l’humour.

Une autre oratrice profita de la certitude que personne ne viendrait la contredire pour lancer une offensive particulièrement « élégante » contre celui par qui le scandale des PPP était apparu au grand jour. Autrement dit, Marianne Dubois, députée UMP, tint à fustiger l’inconséquence dont je fais preuve en osant critiquer l’excellent président du Conseil général. Elle avoua ne pas comprendre comment on pouvait s’opposer aux investissements départementaux si généreux qui permettent à Pithiviers de disposer d’une caserne toute neuve. Elle montra en l’occurrence qu’elle ne sait rien de mes positions politiques réelles : ce n’est pas la volonté d’investir que je conteste au Conseil général mais la tendance à investir avec de l’argent qu’on n’a pas, ce que les générations à venir paieront cher, ou bien à investir pour des infrastructures inutiles, ce que les gens vraiment dans le besoin paient dès aujourd’hui en subissant les lacunes de l’action sociale du Département. Cela n’empêcha pas Marianne Dubois de prétendre que tant qu’on n’a pas exercé de mandat local, on ne peut pas comprendre les besoins des habitants. Pour elle, on ne devrait pas devenir conseiller départemental sans avoir été élu municipal auparavant et cela devrait même figurer dans la loi, au cas où les citoyens auraient l’outrecuidance de voter pour un non-cumulard. Je suppose que quelqu’un de mieux avisé lui aura fait remarquer que le mandat départemental, le seul que j’exerce en effet, est précisément un mandat local. N’avoir qu’un seul et unique mandat est, pour moi, une garantie de l’exercer en tenant compte des réalités. Madame la députée ne s’était sans doute pas aperçue, en outre, que nombre de mes collègues conseillers généraux, qu’elle estime si proches des habitants du fait de leurs multiples fonctions électives, n’avaient pas pu être présents vendredi pour rencontrer les pompiers dans leurs nouveaux locaux. En effet, nous n’étions que six sur quarante-et-un, dont deux qui nous invitaient et trois dont la circonscription électorale était concernée ; bref, ce soir-là, j’étais plus ou moins le seul élu du Loiret qui se préoccupait des habitants du département qu’il administre et pas seulement de se faire voir de ses électeurs.

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