Le Loiret, sauveur autoproclamé de la planète … sans oublier les camions

Au Conseil départemental du Loiret, la session de printemps se tenait juste avant l’été et juste avant la canicule.
Anticipant sur la vague de chaleur qui allait témoigner douloureusement du changement climatique, le Président Marc Gaudet avait décidé de faire une démonstration de la haute qualité environnementale de sa politique. C’est ce sujet qu’il développa dans son discours d’ouverture après avoir commenté le résultat des élections européennes.

Tout d’abord, il insista sur la (bi)polarisation de la vie politique autour d’un duel opposant La République en Marche au seul Rassemblement national. Comme plusieurs autres intervenants à sa suite, il s’inquiéta de cette situation qui ne laisserait d’autre alternative à la majorité gouvernementale actuelle que de basculer dans le dangereux extrémisme proposé par Marine Le Pen. C’est une crainte que je partage. Je ne veux pas me lancer ici dans un long argumentaire pour exposer ce qui me fait craindre le pire en cas de victoire électorale du RN mais je suis certain que ni la liberté, ni l’égalité ni la fraternité ni survivraient.

Marc Gaudet souligna ensuite « une percée » des écologistes, feignant de croire que l’accaparement de cette thématique par Emmanuel Macron avait finalement profité à Yannick Jadot. Je crois plutôt que, à l’inverse, c’est le succès de l’écologie dans l’opinion publique européenne qui précéda l’affichage d’un virage par le parti présidentiel. Succès relatif, au demeurant, car, si Europe Écologie les Verts a pulvérisé le score qui lui était promis par les instituts de sondage, cela ne représente pas pour autant une évolution majeure du nombre d’électeurs que ce parti a réussi à convaincre.

Il est pourtant nécessaire de transposer cette émergence de l’écologie au sein des débats des futures élections municipales. Cependant, rien ne dit que les urnes rendront le même verdict et qu’un parti politique européen comme l’est EELV aura le même poids à un échelon local. Personnellement, je milite pour l’émergence de listes citoyennes qui porteraient un projet déconnecté des engagements nationaux.

Marc Gaudet annonça ensuite l’ordre du jour de la session et notamment le point consacré aux politiques environnementales du Conseil départemental du Loiret. Au moins cette actualité accordée à l’écologie dans le Loiret ne devait-elle rien à l’effet de mode puisque cela était programmé depuis la session de janvier. L’idée de la majorité est de prouver envers et contre tout sa prise de conscience et son attachement aux questions environnementales. Je suis flatté de cette réponse donnée aux nombreuses critiques que je peux émettre contre l’action publique dirigée par mes collègues mais je ne vois pas le changement de logiciel qui devrait suivre la prise de conscience.

Ainsi, Marc Gaudet voulut nous convaincre que la collectivité est déjà « engagée au quotidien » pour l’environnement et qu’il faut maintenant « envisager d’être plus ambitieux ». Il s’appuya notamment sur le « virage » effectué dans les modalités de construction des bâtiments du conseil départemental, à commencer par les deux prochains collèges qui seront mis en chantier à Pithiviers. Je ne mets pas en doute la sincérité de cette ambition et de ce virage. Cependant, force est de constater que Marc Gaudet et de membres de sa majorité n’arrivent pas toujours à mettre en pratique leurs bonnes intentions. Leur entêtement à poursuivre le projet de déviation routière à Jargeau balaie tous leurs efforts pour changer ici ou là leurs pratiques anciennes. Incompétence ou schyzophrénie ? Je décidai de ménager les susceptibilités en retenant surtout que nous partageons désormais le diagnostic de l’urgence des enjeux climatiques et de biodiversité.

Voici donc comment je répondis au premier discours de Marc Gaudet.


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Peu après, on nous présenta un petit film de propagande montrant toutes les belles réussites du Département dans le domaine de l’environnement. Et c’est vrai qu’il y en a. Pour la construction des nouveaux bâtiments, notamment, même si l’on ne se projette pas au maximum des techniques écologiques, il est généralement admis que ces bâtiments doivent aller au-delà des seules obligations légales. On vise des bâtiments qui ne consomment pas d’énergie plutôt que des bâtiments « basse consommation ». D’autres avancées en matière environnementale sont plus « cosmétiques », comme le budget participatif pour les parc départementaux, lequel va être totalement tourné vers l’écologie … mais ne représente que 0,01 % du budget total de la collectivité et 1 % des recettes issues de la taxe d’aménagement des espaces naturels sensibles (ENS) lesquelles servent à bien d’autres choses qu’à la préservation de l’environnement.

Marc Gaudet commenta ce programme écolo pour le Loiret avant de laisser chaque vice-président délégué développer les points concernant les différentes politiques publiques.

Au moment où fut lancé le traditionnel « y a-t-il des questions ? », toute l’assemblée se tourna vers moi, unique représentant du courant politique ayant créé la surprise aux dernières élections. Comme il était évident que ma réaction était guettée avec amusement et bienveillance à la fois, je tentai donc de livrer mon point de vue, en essayant moi-même de rester bienveillant en retour, en particulier envers le travail remarquable des agents départementaux en charge de ces politiques.


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Après avoir insisté sur les informations scientifiques globales toujours plus alarmantes, je rappelai que des solutions existent mais qu’il va falloir agir sur notre mode de vie, non pas pour réduire la qualité de vie mais pour la trouver ailleurs que dans la consommation effrénée, d’énergie notamment. J’éludais un peu la question du pont de Jargeau non sans rappeler que, dans un contexte de lutte contre le changement climatique et pour la biodiversité, ce projet est une erreur conceptuel. Comment peut-on parler d’environnement et dépenser autant d’argent pour promouvoir une mobilité sur un modèle des années 70 totalement contraire à la transition écologique ?

C’est une question pour laquelle je n’aurai manifestement pas de réponse. Si mon intervention sur les questions écologiques était attendue par mes collègues, on ne peut pas dire qu’elle fut entendue. En outre, par la suite, les médias locaux se gardèrent bien de me donner la parole et se contentèrent de promouvoir le seul discours du Président.

Dans la foulée, celui-ci avait enchaîné sur une deuxième partie de valorisation de son action environnementale et demandé à notre collègue Christian Braux de présenter plus particulièrement 10 actions marquantes pour l’année à venir.

Ceux qui s’attendaient à un « virage » radical en furent pour leur frais car, comme l’orateur le reconnut volontiers, il s’agissait essentiellement de poursuivre (en mieux?) des actions souvent déjà engagées.

Je ne les notai pas toutes mais remarquai qu’une des « 10 actions », la numéro 2, consistait à poursuivre le (très modeste) budget participatif du Département en le concentrant sur des actions à vocation écologique. Waouh ! 50 000 euros rien que la nature ! Les abeilles vont nous dire merci, j’espère. Cela me poussa à suggérer carrément que les 6 millions d’euros de la taxe pour les espaces naturels sensibles soient dépensés en fonction de choix de nos concitoyens. Mieux, je présentai à nouveau l’idée d’un « préférendum » (ou référendum selon la méthode du jugement majoritaire) concernant les 100 millions d’euros aujourd’hui destiné au funeste projet de pont à Jargeau.
Pourquoi ne pas demander directement aux Loirétains ce qu’il souhaiteraient faire d’une telle somme ?
La République du CentreBâtir une nouvelle route quasi inutile et destructrice de nos richesses naturelles et agricoles ? rénover des dizaines de bâtiments publics passoires énergétiques ? bâtir des infrastructures de transport collectif performantes ? accélérer l’implantation du très haut débit dans le Loiret ? assurer à toutes les personnes handicapées des équipements publics accessibles ? …
Ah mais non, Marc Gaudet a déjà répondu à cette proposition par voie de presse (ci-contre), affirmant que la construction d’une nouvelle route et d’un pont, c’est une « décision politique » qu’on ne doit pas proposer aux citoyens.
Voilà pour l’action n°2 dite « participation citoyenne et nature ».

Fort heureusement, l’action n°8 est au contraire une nouveauté très positive et dont j’attendrai désormais qu’elle s’applique avec efficacité. En effet, il nous a été expliqué que la la politique territoriale du département (les sommes que le Département apporte aux communes et intercommunalités pour leurs propres projets) serait orientée prioritairement vers transition énergétique. Ce serait un grand pas en avant.
Déjà parce que ne pas « orienter » ces subventions attribuées aux communes, c’était une aberration que j’ai souvent dénoncée. Le budget départemental doit en effet être l’expression de choix en faveur des politiques menées par cette collectivité. Si des subventions sont attribuées par le Département, c’est pour que d’autres aient les moyens de participer, à leur échelle, à ces choix politiques et pas pour qu’ils dépensent à leur gré. Sinon, ce serait admettre que l’on a tellement d’argent qu’on se permet de le distribuer sans attendre quelque contribution que ce soit aux objectifs qu’on se fixe. Si l’État attribue des moyens budgétaires au conseil départemental, et nous savons quelle opposition farouche accueille toute baisse de ces moyens budgétaires, ce n’est pas pour que le Département en affecte à son tour une partie aux communes mais pour qu’il emploie son argent public dans le cadre de ses compétences (y compris parfois en y impliquant des communes ou des associations). Je suis donc ravi d’apprendre que l’on va désormais avoir des « priorités » lors de l’attribution d’aides aux communes du Loiret.
Ensuite, cela va de soi, je ne peux que me réjouir d’apprendre en même temps que la principale priorité retenue serait la transition énergétique. Vivement que l’on débatte des modalités de cette « orientation des politiques territoriales » !

En attendant, je repris la parole pour dire tout le bien que je pensais de cette action n°8. Je développai également mes remarques concernant la participation citoyenne au coeur de l’action n°2.


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Comme je pouvais m’y attendre, Marc Gaudet ne me suivis pas sur le terrain de la « participation citoyenne ». Expliquant à nouveau qu’il n’est pas « pour le participatif à haute dose » il justifia ainsi de s’en tenir à 0,01 % du budget. Il appuya cette conviction d’une vision assez surréaliste de la démocratie représentative, à savoir le fait que les habitants sont consultés par vote une fois tous les 6 ans et qu’en attendant ce sont les élus qui décident de tout. « Nous sommes élus avec un programme » et c’est à nous de « l’appliquer » affirma Marc Gaudet contre toute évidence. Car s’il y a bien un scrutin au cours duquel la démocratie représentative est en défaut, c’est l’élection de l’assemblée départementale. Le fait que les conseillers départementaux soient désignés par canton n’incite pas à faire campagne sur les véritables enjeux départementaux. Le fameux « programme » présenté aux électeurs consiste plus souvent à promettre l’ouverture d’une maison de retraite « dans notre canton » qu’à proposer des priorités à l’action publique dans le Loiret, là où les besoins se font sentir. Du coup, lorsque les citoyens participent à l’élection départementale, ils n’ont aucune chance de savoir à quel « projet de mandat » leur vote peut conduire ni même qui sera le président de la collectivité. Ainsi, en 2015, Hugues Saury est devenu président du Département alors que la plupart des électeurs ne savaient même pas qu’il briguait le poste. Une fois désigné, il a mis en place un processus interne à l’assemblée départementale pour concevoir le fameux « projet de mandat » censé guider l’action du Département pour 6 ans. C’est dire que ce projet n’a jamais été soumis aux électeurs. Et pourtant, si la majorité, supposée « représenter » la population, était si sûre de ses choix, quel mal y aurait-il eu à mettre ce projet de mandat en débat participatif et à conclure par un vote des citoyens pour définir les priorités ? Mais non, il est tellement plus simple de recevoir un « mandat » et de l’exercer sans se préoccuper de l’avis de ceux qui sont ainsi administrés. Il est bien suffisant de les croiser parfois sur le marché ou lors du comice agricole.
Enfin, si l’on revient au pont de Jargeau, combien des élus actuels peuvent dire qu’ils ont été élus pour le faire construire ?
En 2008, l’opposition à ce projet était un axe central de mon programme électoral au sein d’une vision départementale partagée avec les candidats socialistes, écologistes et apparentés.
En 2011, mon ami Daniel Breton défendait la même prise de position et cela ne l’a pas empêché de sortir majoritaire parmi les électeurs de Jargeau (mais sans l’emporter dans son canton).
En 2015, je ne vois guère que les élus du canton de Châteauneuf-sur-Loire pour avoir affiché leur avis favorable au pont. A ma connaissance, ni Hugues Saury dans le canton d’Olivet, ni Marc Gaudet (ni sa colistière Mariane Dubois ou sa remplaçante Monique Badaire) n’ont fait campagne au sujet de la déviation de Jargeau. Comment peuvent-ils clamer aujourd’hui qu’ils ont été élus pour cela ?

Mais bon, que cela ne vous empêche pas de donner votre avis quand on vous le demande sur les choses pour lesquelles vous êtes compétents et de décider si le tourisme sur le canal d’Orléans répondra au nom de « Coulée douce ».

Pour le reste, laissez donc les grandes personnes s’occuper d’une « transition écologique » vers le tout-camion sur les routes du Loiret.

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