L’illusion de la renaturation

A la veille d’une session de l’assemblée départementale qui ne doit pas prendre de décision importante, le président Gaudet poursuivait aujourd’hui les grandes manoeuvres d’écoblanchiment ou greenwashing de sa politique.
Cette fois, il s’agissait de la prétention de recréer ex-nihilo une forêt durable.
L’essentiel en est dit dans un reportage de France 3 dans lequel j’interviens.

Il faut savoir que les efforts de la collectivité pour planter des arbres sont avant tout une obligation légale ainsi que le reconnaît Marc Gaudet. Il prétend que le Département ira « au-delà » de cette obligation légale mais non seulement il ne donne aucun ordre de grandeur de cet « au-delà » mais il semble oublier que cette « compensation » des espaces naturels détruits se fait en définitive au détriment des terres agricoles dont le Loiret a bien besoin aussi. Cela, nous en reparlerons sans doute vendredi lors de la présentation des ambitions alimentaires et agricoles du Loiret.

Pour rester dans le domaine des espaces naturels, plusieurs remarques s’imposent encore.

Tout d’abord, il faut savoir que l’obligation légale d’un aménageur qui imagine faire oeuvre utile en construisant 15 kilomètres d’une nouvelle route, c’est en premier lieu une obligation d’éviter les impacts sur la nature. En l’occurrence, le meilleur moyen ici consisterait à abandonner le projet de déviation et à avancer enfin sur les solutions alternatives pour répondre aux attentes des riverains de la RD921 sans pénaliser l’économie et l’écologie du Loiret.
Ensuite, si on ne peut (ou ne veut) « éviter » de dévaster les forêts, la loi impose de « réduire » les impacts. Là encore, le Département pourrait mieux faire.
Ce n’est que poussé dans ses derniers retranchements que la collectivité doit « compenser » les dégâts qu’elle n’a pu ni éviter ni réduire.
Il n’y a donc aucun mérite à replanter comme l’a fait aujourd’hui Marc Gaudet.

Ensuite, comme je tente de le montrer dans le reportage, tous les spécialistes de l’environnement constatent que ces fameuses « compensations » ne sont jamais à la hauteur. Car on ne reconstruit pas à grand coup de millions un écosystème complexe que les bulldozers ont ravagé à la va-vite. Il faut absolument que les perpétuels aménageurs cessent d’imaginer que la science, la technique ou un portefeuille bien garni peuvent « compenser » leurs âneries en remplaçant des espaces naturels qui se sont développés pendant des siècles au rythme des saisons et des subtiles interactions entre les êtres vivants.

Enfin, puisqu’il est question de millions d’euros et comme l’exécutif départemental se targue d’en consacrer au moins 8 à la seule compensation environnementale des destructions perpétrées pour la déviation de la RD921 à Jargeau, j’aimerais être sûr que cet argent n’est pas celui que la loi destine de toutes façons aux espaces naturels sensibles (ENS). Les plus anciens lecteurs de ce blog savent que le Conseil départemental du Loiret dispose d’une manne exceptionnelle dans le cadre de la préservation de ces fameux ENS. Notre assemblée a fixé la taxe d’aménagement au taux le plus élevé qui puisse peser sur les contribuables loirétains. Or, ces 5 ou 6 millions récoltés chaque année sont obligatoirement consacré à l’environnement et uniquement aux ENS. Ne sachant pas trop quoi faire à ce sujet, le Département a adopté un schéma qui l’autorise à qualifier d’opérations de sensibilisation aux espaces naturels des dépenses à caractère touristiques ou d’aménagement. Je ne serais pas surpris que les grandes envolées en faveur de cette illusoire plantation d’une forêt durable ne soit que le dernier truc pour que l’argent des ENS ne servent finalement jamais à leur préservation proprement dite.

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