Peut-on parler des violences policières ?

« Un an après le contrôle policier qui a entraîné la mort de Cédric Chouviat à Paris, famille et soutiens ont défilé ce dimanche 3 janvier pour honorer sa mémoire mais aussi pour demander la suspension des policiers impliqués. » (France 3, publié le 3 janvier 2021)

Eh oui, l’année 2020 n’a pas connu qu’un seul thème d’actualité qui serait la crise sanitaire.

À la suite du mouvement #blacklivesmatter, lequel qui a pris une ampleur nouvelle aux États-Unis, la question des violences policières et des discriminations de la part des forces de l’ordre a également été posée plus fortement en France. C’est qu’il y a de quoi. En dépit d’une majorité de fonctionnaires qui accomplissent leur devoir avec rigueur et civisme, on constate de trop nombreux abus qui sapent en profondeur la relation entre la police et les citoyens. Des militants, des journalistes, de simples citoyens sont régulièrement malmenés par des « shérifs » qui outrepassent leur fonction et leurs droits. Mais le pire concerne les minorités visibles et les quartiers populaires dans lesquels de tels débordements prennent une connotation raciste. Est-ce une tendance générale ? S’agit-il de cas exceptionnels ? Ce n’est pas à moi d’en tenir le compte. Une seule « bavure » non sanctionnée suffit. C’est une question de principe. Dans un état de droit, les forces de l’ordre doivent être exemplaires dans le respect de la loi. Les policiers sont payés pour ne pas utiliser la violence de façon arbitraire ou disproportionnée. Que les victimes en soient innocentes ou présumées coupables voire indiscutablement agressives, tout abus de pouvoir de la police doit être dûment sanctionné. Et il semble bien que ce n’est pas le cas. Parce que cela paraît coûter trop cher de recruter, former et équiper correctement des agents soucieux du bien public, les autorités ont lâché la bride à ceux qui se comportent le plus mal. Avec des résultats au demeurant peu concluants en terme de maintien de l’ordre, par exemple face aux black blocs, et des conséquences dramatiques bien trop fréquentes.

C’est un sujet qui ne concerne pas directement le conseil départemental et qui n’est pas particulièrement brûlant dans le Loiret. Cependant, lors de la dernière session plénière, à l’occasion du rapport d’activité des services de l’État, j’ai pourtant choisi d’en parler.
Oh, je m’y suis pris en douceur. Je ne vois pas l’intérêt d’attaquer bille en tête toute une profession quand le problème vient avant tout de la classe dirigeante qui couvre les mauvais comportements. D’autant que mon intervention portait également sur un autre sujet moins polémique et que je ne voulais pas que mes questions soient écartées au prétexte d’une formulation jugée provocante. J’ai donc pris des pincettes.

Concernant l’action de la police, je me suis ainsi contenté de poser des questions sur les mesures qui pourraient améliorer la situation. Je m’appuyais pour cela sur des cas survenus dans le Loiret et sur le bilan que la Préfecture elle-même tirait du mouvement des gilets jaunes durant l’année 2019, celle-là même qui faisait l’objet du rapport étudié. J’ai délibérément écarté le terme de « violences policières » même si je sais qu’elles existent. Parce que je crois au débat et que le représentant de l’État auquel je m’adressais (en l’occurrence le Secrétaire général de la Préfecture) m’a parfaitement compris sans qu’il fût besoin d’insister. Lui même m’a d’ailleurs semblé sur le point d’employer ce terme de « violences policières » dans sa réponse au problème que je soulevais, ayant une hésitation « à propos des … des … » avant d’esquiver et de se réfugier derrière la question de la « déontologie ». Tout ça pour me renvoyer finalement à une réponse bateau : c’est l’inspection générale de la police nationale (IGPN) qui se charge de traiter les entorses à la déontologie.
Voilà qui ne me semble pas très rassurant quant à la détermination de la Préfecture du Loiret à lutter contre toute forme de discrimination ou de violence dont les forces de l’ordre se rendraient coupables, fut-ce de façon exceptionnelle.

Le second sujet que j’avais abordé m’attira une réponse encore plus ridicule. J’avais pourtant pris la peine d’annoncer cette question à l’avance pour en obtenir une réponse détaillée. Il s’agissait pour moi de pointer la mystification que constitua, en 2019, le fameux « Grand débat national ». Cette consultation à l’échelle nationale était censée permettre le dialogue que le gouvernement se refusait à ouvrir avec les gilets jaunes, eux-mêmes n’étant pas forcément prêts à un tel dialogue. Néanmoins, tout processus de participation de la population doit obéir à un minimum de règles dont celle qui consiste à faire un bilan des avis recueillis et exposer la façon dont ils auront été (ou pas) pris en compte. Comme le rapport d’activité de la Préfecture du Loiret abordait ce sujet, je demandais donc ce qu’il était advenu des contributions au débat récoltées dans le Loiret. La première partie de la réponse que l’on me fit est assez cocasse :

Un peu comme si on avait demandé aux gens de s’exprimer et que l’on s’était empressé d’enterrer leurs avis. Conscient du ridicule de cette situation, le Secrétaire général de la Préfecture développa un peu son propos mais se défaussa sur le caractère « national » du débat. Ainsi, il n’y avait aucun bilan de la concertation dans le Loiret parce qu’il ne serait pas pertinent de se limiter à un département pour cela. On se demande alors pourquoi toutes les contributions de notre territoire sont bel et bien restées dans le Loiret jusqu’à être versées aux archives départementales. Mieux, s’agissant de la réponse « nationale » apportée à l’ensemble des participants, il me fut expliqué qu’elle tenait toute entière dans un (fameux) discours du Président Macron et dans les mesures gouvernementales qu’il avait alors présentées comme résultant de ce « Grand débat » avant même que le dépouillement en ait été achevé.

Bref, ce qui est assez pitoyable, c’est que ce gouvernement s’empare des techniques de la participation citoyenne pour, au mieux, les dénaturer (par exemple la convention citoyenne sur le climat), et, au pire, les piétiner comme le montre le peu de cas qui fut fait des si nombreuses idées exprimées en 2019 dans le Loiret. Et encore n’a-t-on pas vu ce que vont devenir les réflexions des 35 personnes tirées au sort ce lundi 4 janvier pour donner un avis sur la stratégie vaccinale du pays.

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Pour visionner l’intégralité de la séance relative à l’activité de l’État dans le Loiret c’est là.

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