Nouvelles technologies, le Département fait l’autruche

J’ai exposé hier un épisode de la dernière session plénière de l’assemblée départementale relatif à l’emploi des forces de l’ordre notamment face aux gilets jaunes.
Il est un autre sujet sur lequel je n’ai pas franchement été suivi par les autres représentants du peuple pour le Loiret, c’est l’évaluation des risques technologiques et en particulier la controverse sur les impacts possibles du déploiement de la 5G.
C’est que, dans l’antique hémicycle des élus des cantons, on a beaucoup de mal à émerger de la IIIème République et d’un positivisme obtus.
Ainsi, selon le mot de la Vice-Présidente Laurence Bellais, « nous n’irons pas contre une avancée de la technologie ». Position de principe assez effarante alors que les preuves s’accumulent concernant les dégâts que causent certaines technologies mal maîtrisées ou bien imposées à des populations impuissantes pour le seul profit des multinationales. Et imaginons ce que cela impliquerait s’il s’agissait du clonage des êtres humains !

Pire, il a fallu que j’insiste lourdement avant que le Président Gaudet accepte seulement de mettre à l’ordre du jour un texte que j’avais pourtant déposé en conformité avec le règlement de notre assemblée. Et, même ainsi, mon « voeu [concernant] le déploiement de la technologie de télécommunication 5G » a été traité par dessus la jambe par l’exécutif et rejeté sans discussion à la quasi unanimité. Je ne demandais pourtant pas la lune mais seulement que cette « avancée technologique » contestée, y compris de façon parfois irrationnelle, fasse l’objet d’une évaluation démocratique minimale avant sa mise en œuvre sur le territoire du Loiret.
D’autres collectivités ont déjà débattu et adopté (ou pas) de tels vœux. C’est donc un simple signal d’alarme envers les autorités nationales que je mettais en débat. Mais même cela est interdit dans l’esprit de la majorité départementale et de ses co-gérants de la minorité. Dès lors que l’on questionne le modèle économique dominant, productiviste, oligarchique et ravageur pour l’environnement, les mêmes qui se vantent d’agir « pour la planète » ne veulent plus rien entendre.
Voilà qui ne risque pas de rehausser le niveau de confiance envers la science ou envers les dirigeants politiques, au moment même où nous aurions besoin de sérénité pour utiliser efficacement la vaccination contre la pandémie de Covid-19.

Pourtant, il me semble que ma proposition n’avait rien d’agressif envers le progrès. Je suggérais seulement que toute technologie nouvelle n’est pas forcément un progrès et qu’il appartient, auparavant, d’en évaluer la portée et l’impact sur la qualité de vie des humains et sur leur environnement.

Voici donc le projet de délibération que j’avais transmis deux semaines à l’avance comme prévu par le règlement, en demandant explicitement qu’il fût inscrit à l’ordre du jour.

Au lieu de quoi, le président fit mine de l’ignorer jusqu’au dernier moment. Mon texte fut exclu des documents transmis aux élus en amont de la session. Le directeur de cabinet, contacté quelques jours avant celle-ci, ne daigna pas me rappeler. Au premier jour de cette session, comme je m’en inquiétais directement auprès de Marc Gaudet, celui-ci admit qu’il était tenu de présenter ma proposition en séance et convint de le faire le lendemain matin après examen par la commission en charge du numérique. Cependant, à la dernière minute, il fallut que j’intervienne explicitement pour que l’on aborde enfin le sujet.
Le Président commença par expliquer qu’il ne trouvait pas pertinent de traiter une question relevant d’une décision nationale. C’était un argument d’autant plus irrecevable que c’est l’objet même d’un « voeu » que d’être adopté par une collectivité territoriale à l’attention des décideurs nationaux … et que c’est une pratique couramment utilisée par la majorité départementale elle-même. La parole fut donnée à Laurence Bellais au titre de la commission en charge de ce sujet. Elle voulut achever la discussion avant même de la commencer et émit cette sentence dogmatique, citée plus haut, selon laquelle il serait impossible de refuser n’importe quelle « avancée technologique ».

Et puis, comme je m’agaçais sérieusement, alors que mes collègues étaient sur le point de se lever pour quitter l’hémicycle, Marc Gaudet fit distribuer mon texte et accepta de me céder la parole. Enfin, devant mon insistance, il toléra que j’expose le vœu et qu’il soit mis au vote.

Bien entendu, face à une telle démonstration de dogmatisme, il n’y avait rien à espérer du vote lui-même. Seule Vanessa Slimani s’abstint de voter contre le texte et s’abstint. Je fus donc le seul à soutenir le voeu que j’avais soumis. Ainsi, faute d’écologistes en nombre dans l’assemblée, il sera dit que le Loiret est prêt à avancer à l’aveuglette dans n’importe quelle direction pour peu qu’elle soit « technologique ». Autrement dit, comme le suggère mon titre, mes collègues préfèrent se mettre la tête dans le sable que de prendre le temps de réfléchir à la portée de leurs décisions.

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