Écologie : on a compris qu’il fallait agir … mais on n’a plus d’argent pour ça

C’est avec de plus en plus de retard que je poursuis ces échos de la dernière session du conseil départemental qui se tenait en décembre dernier. Le contexte général était celui d’une crise sanitaire qui s’éternise sur une planète en souffrance. Cela n’a pas beaucoup changé depuis. Si ce n’est que les plus chanceux d’entre nous ont reçu des cadeaux de Noël et que nous avons ensuite échangés les vœux traditionnels. Cette fois, le leitmotiv n’est plus « la bonne année » mais « une année un peu meilleure que la précédente … si possible … si ce n’est pas trop demander ».

Tout comme en décembre, tandis que le gouvernement tâtonne et s’empêtre dans des incertitudes ingérables, chacun y va de son commentaire avisé sur ce qu’il aurait convenu de faire. Les élus locaux expriment leur colère face à des décisions qu’ils auraient voulu prendre eux-mêmes ou pour lesquelles ils auraient jugé indispensable d’être consultés. Dans le même temps, ils ne se rendent toujours pas compte de la colère que leurs propres décisions peuvent susciter auprès d’administrés qu’ils ne consultent que comme on consulte les enfants avant de leur imposer ce qui est « bon pour eux ». Mais bon, je suppose que c’est normal que les élus se sentent capables de tout décider.

Venons en plutôt à cette session de l’assemblée départementale qui fut en grande partie budgétaire mais aussi orientée vers la transition énergétique. Et, pour une fois, cette thématique a été abordée de façon résolument écologiste. Je ne sais pas si cela était vraiment l’intention de toute la majorité mais, en donnant la priorité à la sobriété énergétique, le discours officiel du Département a pris un tournant méritoire. Ainsi, celles et ceux qui me tombent dessus chaque fois que je mets en doute le tabou de la croissance économique ont écouté et approuvé une politique qui consisterait avant tout à ne pas consommer d’énergie quand on peut s’en passer. Par exemple, en isolant un bâtiment départemental, on obtient plus de confort avec un « coût » énergétique global en baisse.

Le problème, c’est que ces élans écolos furent aussitôt tempérés par des choix budgétaires qui laissent très peu d’espoir de les voir suivis d’effet, bien au contraire. Même si les nouveaux bâtiments construits par le conseil départemental ouvrent de belles perspectives, les investissements qui sont programmés aujourd’hui sont toujours dominés par le projet routier absurde de la déviation de Jargeau. Et ces investissements aberrants contre le climat et la biodiversité, si l’on en croit la présidente de la commission des finances, Pauline Martin, « ce seront les derniers avant longtemps ». En effet, avec un endettement reparti à la hausse, tout le monde reconnaît qu’il n’y aura plus aucune marge pour réaliser concrètement la transition énergétique de la collectivité qui nous a été si bien décrite.

J’en viendrais presque à entamer un bilan de mes treize années de mandat. Finalement, mes idées ont beaucoup progressé parmi mes collègues dans cet intervalle. Le diagnostic sur l’état catastrophique de l’environnement semble désormais largement partagé. Nous sommes quasiment d’accord sur les solutions qu’il faudrait appliquer. Seulement, la volonté de les mettre en œuvre n’est toujours pas là. Des financements « expérimentaux » mais dérisoires sont attribués à la transition écologique pendant que la plus grande partie du budget reste consacrée à la poursuite du « business as usual », le statu quo en faveur d’un développement économique productiviste avant tout.
Avec un refus borné de débattre du futur, de l’impact de la crise sanitaire, bref, d’un éventuel « monde d’après ». Alors que je m’efforce encore et toujours de présenter une vision d’avenir de la vie de celles et ceux qui nous ont élus, le président Marc Gaudet, plus soucieux du territoire – à aménager – que de ses habitants, justifie l’absence d’orientations stratégiques d’un : « En tous cas, on ne fait pas de politique ici, vous le savez bien ».

Ce constat un peu triste, je le déduis de la séance d’ouverture, y compris le débat d’orientations budgétaires pour 2021, tout comme de la séance consacrée aux questions d’énergie.

En ce qui concerne la première séance de la session, elle s’ouvrit bien entendu sur un discours du président Gaudet. Celui-ci se concentra sur la situation sanitaire, bien entendu, et surtout sur la situation économique, une thématique qui n’est pas dans les compétences de la collectivité mais qui reste la principale préoccupation de l’exécutif. Il aborda toutefois les questions sociales en rappelant la nouvelle vision qui met « le parcours individuel de l’usager au coeur des dispositifs ».
Enfin, il annonça que la séance du lendemain serait consacrée au programme « Loiret planète en tête » sous l’angle des politiques relatives à l’énergie.

Hugues Saury, en écho à ce discours, proposa de donner la priorité à trois enjeux majeurs selon lui:

  • l’environnement ;
  • la lutte contre le terrorisme ;
  • et la lutte contre les inégalités.
  • Et concernant son premier thème, il admit que le diagnostic des écologistes était maintenant partagé mais que nous ne devions pas adopter leurs solutions car elles nous entraîneraient dans « une logique de décroissance ».

    C’est notamment à cette intervention que je réagis un peu plus tard. J’ajoutai d’abord à ces trois thématiques la question de la qualité démocratique. Puis je pris la défense d’une « croissance » du bien-être qui n’est possible que par une « décroissance » du PIB et des industries carbonées.

    Marc Gaudet me répondit sur le terrain du développement économique plutôt que de l’action sociale.

    C’est ainsi que, malgré une compassion sincère envers les plus défavorisés, le projet politique non-dit reste celui qui fut mis en place par Éric Doligé et qui suppose que seule l’aide à l’économie privée peut améliorer la situation sociale. C’est cette théorie désormais connu sous le nom de « ruissellement » qui dispense de remettre en cause le projet des grandes firmes capitalistes. Car elles ont bien un projet politique, elles, et sont ravies que les représentants du peuple, y compris à l’échelle locale, se contentent de les accompagner en se proclamant simples gestionnaires et apolitiques.

    J’y revins lors de la présentation des orientations budgétaires du Département pour 2021, lesquelles traduisent bien la soumission aux contraintes extérieures, à de prétendues limites comptables qui ne font que cacher le choix de la passivité. C’est tellement plus simple de ne pas changer sa façon de gérer, soi-disant, « en bon père de famille ».

    En fait, en donnant la priorité à de faramineux investissements, la majorité départementale est en train d’assécher toutes les ressources qui pourraient permettre de réorienter l’action publique dans le Loiret. Notamment vers une transition énergétique qui nous fut pourtant présentée comme essentielle dès le lendemain.

    Cette séance entière consacrée à une question fondamentale de l’écologie politique allait à la fois me réjouir et me décevoir. Il s’est agi avant tout d’un discours plus que des actes malheureusement, mais un discours décoiffant. Je notai en particulier, parmi diverses vidéos « promotionnelles » projetées en faveur de la démarche, celle empruntée à la Fondation pour la Nature et l’Homme qui montre bien de quoi il retourne en matière d’énergie. Il y apparaît notamment que le nucléaire n’est absolument pas en mesure de permettre une transition et la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Certains de mes collègues ont manifestement tiqué en suivant la démonstration ;-).

    Cela dit, l’enjeu, pour la collectivité départementale, ne se situe pas dans le domaine de la production d’électricité mais plutôt dans la baisse de la consommation. De ce point de vue, le discours consistant à dire que les bâtiments du conseil départemental doivent être exemplaires est intéressant. Je mettrai un bémol quant aux qualités de certaines réalisations passées mais j’approuve totalement l’effort entrepris pour les futurs collèges du Pithiverais ou pour le futur bâtiment des Archives départementales. Le problème, c’est que ces bonnes résolutions risquent de ne pas aller bien loin faute de financement. En effet, selon l’aveu même de la première vice-présidente en charge des finances, il faut s’attendre à ne plus pouvoir faire de tels investissements à l’avenir. J’intervins donc à ce propos en rappelant qu’il y a tout de même un énorme investissement contreproductif qu’il est encore possible d’économiser.

    Marc Gaudet ne manqua pas de me répondre à propos de la déviation de Jargeau, donc, ressortant l’éternel argument de la réponse miraculeuse qu’elle est censée apporter aux nuisances de la circulation. Et pour que ce raisonnement tienne la route il s’acharna à nier la conséquence inévitable de toute nouvelle voie de circulation, pourtant attestée par le projet écrit par ses services : si on ouvre une déviation, on provoque automatiquement un accroissement du trafic et des pollutions qui l’accompagnent. Ce sont donc plus de 100 millions d’euros qui seraient consacrés à annihiler tous les efforts énergétiques du programme « Loiret, planète en tête ». Sans oublier les 100 hectares sacrifiés, la biodiversité dégradée ou le risque d’effondrement dû au sous-sol karstique.
    Je me contentai de rappeler que les chiffres qui contredisent l’argumentaire du Président figurent dans son propre dossier d’étude d’impact.

    Enfin, cette thématique de l’énergie nous réservait deux autres sujets sur lesquels l’assemblée avait à se prononcer.

    Rapport A02 – Développement des énergies renouvelables – Etude de deux projets d’installations photovoltaïques sur des emprises foncières départementales
    Adopté à l’unanimité

    Nous devions valider des projets de champs photovoltaïques à propos desquels j’étais très circonspect. Le rapport précisait notamment que « La circulaire du 18 décembre 2009 relative au développement et au contrôle des centrales photovoltaïques au sol réaffirme la priorité donnée à l’intégration du photovoltaïque aux bâtiments et sur les sites déjà artificialisés. ».
    Or, l’un des projets étudiés, à Saint-Cyr-en-Val, était prévu sur une friche, le genre d’endroit « non artificialisé » souvent considéré à tort comme un espace vide sur la carte.

    Les réponses que l’on m’apporta me rassurèrent suffisamment pour que je change mon fusil d’épaule et accepte de valider cette décision.

    Rapport A 01 – Service public du développement et de l’exploitation du réseau de distribution d’électricité – Renouvellement du contrat de concession
    Adopté à l’unanimité moins une abstention, la mienne

    Cette délibération devait conduire à attribuer pour 30 ans une nouvelle concession du réseau électrique appartenant au conseil départemental (cela concerne plus de 243 communes mais pas tout le territoire départemental). Sans même envisager de recourir à une gestion publique, le rapport proposait de confier le contrat à ENEDIS, la filiale « réseau » d’EDF. Pourtant, l’exemple des quelques 80 communes du Pithiverais qui ne sont pas dans le périmètre de cette concession « départementale » aurait pu nous inspirer. Mieux, dans le domaine de la distribution d’eau potable, des villes importantes ont démontré l’intérêt d’une gestion publique en régie plutôt que de concéder au privé. C’est le cas à Paris notamment mais cela se profile aussi à Lyon ou Bordeaux (les écolos ne prennent pas que des décisions anecdotiques concernant les sapins de Noël). L’exemple est aussi venu de Saint-Jean-de-Braye avant que la compétence « eau potable » ne devienne métropolitaine. Je soutiens d’ailleurs le collectif qui se bat pour une régie publique de l’eau à Orléans.

    Bon, au conseil départemental, on préfère manifestement laisser les clés à ENEDIS.

    Comme par hasard, j’avais donc constaté que le contrat de concession n’était pas particulièrement étoffé sur un des objectifs tant vantés de la transition énergétique façon « Loiret planète en tête » : la réduction des consommation.
    C’est que, justement, la maison-mère EDF, celle qui vend de l’électricité, est aussi partie prenante au contrat.
    En effet, la concession porte également sur l’administration de la vente d’électricité au « tarif réglementé » hérité de la privatisation d’EDF. Or, ce type de tarif va être très bientôt supprimé et la fameuse « liberté des prix » sera totale pour l’électricité. Du coup, je trouvais un peu abusif que la nécessaire réduction des consommation n’apparaisse dans le contrat de concession que pour la partie relative à ce « tarif réglementé », partie destinée à devenir caduque au bout de deux ans. Ce que les services départementaux confirmèrent en réponse à mon intervention. Curieusement, aucun autre élu n’avait pensé à cela avant, et surtout pas le vice-président en charge du dossier, Alain Touchard. C’est dire si le dossier était maîtrisé et si, du côté des élus, EDF avait eu affaire à forte partie dans la négociation 😉

    Voilà comment je justifiai donc mon abstention sur ce dossier.

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