Quarante années de budgets « historiques » qui ont bétonné le Loiret … et ça continue

Il y a deux semaines déjà, le conseil départemental du Loiret a adopté son budget pour l’année 2021. Cette fois encore, je suis le seul membre de l’assemblée à m’y être résolument opposé, pour des motifs démocratiques, sociaux et environnementaux. Face à une majorité écrasante de la droite et une minorité de gauche qui laisse faire, mes votes furent sans doute plus symboliques que déterminants mais je les ai appuyé de prises de position très tranchées que je veux partager ici.

Ces séances des 28 et 29 janvier dernier débutèrent comme il se doit par un grand discours d’introduction du président Gaudet. Il s’empressa de qualifier d’historique le budget 2021 à venir. On se demande bien pourquoi puisque les différentes décisions budgétaires qu’il annonça ensuite ont été préparées selon des principes inchangés. Avant tout investir, aménager et construire du neuf, puis, parce qu’il le faut bien, dégager des budgets de fonctionnement pour les actions sociales qui constituent l’essentiel de la compétence départementale. Là où je pense au contraire qu’il faudrait mettre le paquet sur les solidarités tout en gardant, parce qu’il le faut bien, quelques sous pour entretenir les routes et les bâtiments. Bref, si ce budget est « historique » c’est seulement parce qu’il répète toute les erreurs du passé.

Comme à chaque séance ou presque, ce discours magistral fut l’occasion de dénigrer l’action de l’État en tant qu’institution supposée bien moins efficace que le Département. Néanmoins, après avoir tiré une bonne dose de flèches empoisonnées contre le Gouvernement, Marc Gaudet admit qu’il ne « souhaitait pas entrer dans la critique négative de l’État » car cela « apparaît particulièrement stérile » (sic!).

D’autres intervenants lui répondirent ensuite, dont ma collègue Vanessa Slimani qui enflamma un peu les débats en exprimant fortement sa « colère » envers la gestion de la vaccination anti-Covid par le Gouvernement. Je ne suis pas vraiment d’accord avec ce genre de réactions qui font le procès de nos institutions démocratiques, du moins lorsqu’elles viennent de membres de la classe politique elle-même. D’une part, nous savons la difficulté d’agir lorsque l’on détient des responsabilités publiques. Cela n’excuse pas les manquements, il y en a dans la gestion de la pandémie en cours et il faut les dénoncer. Mais la « colère » n’est pas bonne conseillère. La « colère » ne dit pas ce qu’il aurait fallu faire. Elle ne propose pas de solution démocratique non plus. D’autre part, entretenir la défiance envers les élus me semble une inutile autoflagellation car l’échec de chaque décideur politique est un peu l’échec de tous. Soit parce que l’on critique son propre camp, soit parce que l’on n’a pas su convaincre les électeurs de nous confier le pouvoir pour faire différemment. C’est un peu pour cela qu’il m’arrive de dire « nous » même quand je parle d’une décision départementale que je n’ai pas approuvée. Après tout, je fais partie des décideurs même quand tous les autres conseillers départementaux sont rassemblés pour un choix contraire à mes idées, et c’est fréquent ;-).

Hugues Saury voulut justement tempérer « l’émotion de Vanessa Slimani », admettant la partager tout en réfutant une « culpabilité » spécifique du gouvernement actuel. Pour le sénateur-pharmacien, l’engagement de l’État n’est pas en défaut mais le problème est beaucoup plus vaste et il l’attribue à une « déliquescence » de notre pays dans beaucoup de domaines dont … l’industrie pharmaceutique. Il nous opposa notamment le cas de l’Inde qui serait capable, industriellement, de produire des millions de vaccins. Toutefois, outre que les chiffres de production de vaccins en Inde avancés par Hugues Saury étaient embrouillés, je ne crois pas que ce grand pays soit un si bel exemple d’une société en bonne santé.

En fin de séance, Frédéric Néraud confortera également l’idée qu’on ne doit pas « crier haro sur l’État ». Il conviendra du fait que « l’atmosphère est lourde » mais en suggérant que d’autres générations avant nous ont connu de graves crises et s’en sont relevées. Aux exemples historiques cité par Frédéric Néraud, Marc Gaudet ajoutera la crise du petit âge glaciaire, un terme qu’il attribua un peu vite à « une période de quelques dizaines d’années, au XVIème siècle » et durant laquelle un refroidissement climatique aurait entraîné famines et épidémies. Une vision cauchemardesque d’une période climatique un peu confuse dans l’esprit du président Gaudet et dont je rappellerai plus tard qu’elle est souvent détournée par les climato-sceptiques pour mettre en doute le phénomène beaucoup plus sensible de réchauffement climatique qui nous frappe aujourd’hui.

Après un plaidoyer de Marie-Agnès Courroy en faveur des « équilibres de la vie sur terre » et contre le « bétonnage », j’obtins la parole pour faire mon propre bilan de la crise sanitaire et des orientations à prendre en tant que collectivité départementale.

J’évoquai alors cette « déprime » qui frappe si largement la population, notamment les plus défavorisés, et qui ne semble pas une préoccupation de mes collègues. Lorsque j’admis être moi-même sujet à un certain blues face à cette crise si pesante, cela les fit même rire. Je constate toujours avec un certain effroi à quel point tous ces élus qui brandissent la proximité comme un étendard peuvent rester enfermés dans leur confort de riches si loin des souffrances réellement vécues par leurs administrés.

Que Pauline Martin ait cru bon de me couper la parole lorsque je critiquais l’usage de bouteilles en plastique est également significatif du peu de volonté d’agir derrière le slogan « Loiret, planète en tête ».
Après avoir attendu des années avant que l’on se décide à mettre des pichets sur les tables des élus au lieu de bouteilles jetables, la nécessité des mesures barrières anti-Covid n’obligeait nullement à revenir au plastique. Personnellement, cela fait très longtemps que j’apporte mon propre verre d’eau (ou ma bouteille réutilisable) que je remplis au robinet avant de venir en séance. D’ailleurs, dès le lendemain, Pauline Martin reconnut son erreur à ce propos et suggéra qu’à l’avenir, on offre une gourde non jetable à chaque élu·e. CQFD.

Finalement, à moins qu’un écolo ne vienne les titiller jusque dans l’hémicycle, ça ne gêne pas vraiment les élus de rester des « assistés » qui ne savent pas se procurer un peu d’eau. Les mêmes qui donnent des leçons « d’engagement », « d’exemplarité » et de « mérite » à tous les bénéficiaires des solidarités les plus élémentaires (j’y reviendrai), seraient donc incapables de se servir à boire tout seuls ? Encore une belle démonstration de la fameuse « proximité » censée caractériser la collectivité départementale. Franchement, je n’aime pas parler d’élus « hors sol », mais cette séance confortait vraiment l’idée que mes collègues sont à mille lieues de partager le sort commun de nos administrés. Ce n’est sans doute pas leur faute, et je suis moi-même presque aussi nanti et déconnecté qu’ils le sont, mais cela doit nous forcer à nous doter de bien meilleurs moyens de pratiquer la « proximité » tout en en l’affichant un peu moins.

Quant à mon réquisitoire contre le bétonnage du Département, Marc Gaudet y répondit en égrenant les justifications des constructions de collèges (pour que les enfants étudient dans des conditions plus favorables) et surtout des déviations routières (parce que vraiment, c’est infernal d’avoir des camions au coeur des villages). Comme si j’avais, ne serait-ce qu’une seule fois, nié les nuisances du trafic routier. Au contraire ! Simplement, construire de nouvelles routes ne fait que déplacer et accroître ces nuisances au lieu de les combattre. Mais bon, Marc Gaudet, contre toute logique et à l’inverse des études réalisées y compris par le conseil départemental du Loiret, persiste à proclamer que « ce n’est pas générer plus de trafic » que de créer de nouvelles voies.

À sa suite, Olivier Geffroy, le rapporteur du budget, s’inscrivit en faux contre mes propos pessimistes qu’il qualifia « d’anxiogènes » et se proclama au contraire optimiste et enthousiaste pour l’avenir. Je me doute qu’il n’a pas de problèmes de fin de mois.
« Pour l’avenir, nous devons tenir » asséna-t-il, ce que je ne conteste pas, bien sûr, puis il ajouta qu’il « ne faut pas s’arrêter de construire », ce qui me paraît totalement décalé. On a l’impression que, quel que soit le contexte, les évolutions de la société, la crise en cours, mes collègues en déduisent systématiquement que le Département doit investir dans le BTP. Sans doute un écho à l’antique croyance selon laquelle, quand le BTP va, tout va. Ainsi, quel que soit le problème, pas la peine de l’étudier, la solution est toujours la même. C’est de cette façon qu’on s’imagine lutter contre le réchauffement climatique au moment même où l’on prend des décisions qui vont manifestement l’aggraver.

Pour tempérer son optimisme de bâtisseur, Olivier Geffroy concéda d’ailleurs que, financièrement du moins, « nous, les Départements, nous allons dans le mur ». Du coup, « pour aller dans votre sens » poursuivit-il en se tournant vers moi, « en matière de développement durable, on devra évidemment changer de braquet », mais ce sera … « dans le prochain mandat ». Et finalement « il y a un modèle tout entier qui est à réinventer », mais ce sera … « pour la suite ».

Autrement dit, il semblerait que mes collègues finissent par accepter l’archaïsme et l’inefficacité dangereuse de leur modèle de développement … mais, en dépit des leçons de volontarisme départemental qu’ils assènent, pas question de changer quoi que ce soit pour le moment.

Comme me le dit un peu plus tard le Président Gaudet : « rien ne presse » !

Ce sera le leitmotiv de très nombreuses décisions prises au cours de cette session d’où il ressort que, en effet, les écologistes, nous n’avons pas tort de demander une transition, mais que, bon, on va quand même continuer comme avant pour l’essentiel de nos politiques.

Rapport A 01 – Sécuriser et moderniser les infrastructures : budget 2021
Adopté à l’unanimité moins une voix contre (la mienne)

Je ne suis pas intervenu pour justifier mon vote habituel contre ce budget des routes qui comporte désormais de plus en plus de crédits affecté au projet absurde de déviation de la RD921 à Jargeau. Mes collègues connaissent mes arguments et refusent toujours d’y répondre rationnellement. Mais ce n’était que partie remise pour le moment du vote global du budget.

Rapport A 02 – Service public de distribution d’électricité pour la concession départementale : budget 2021
Adopté à l’unanimité moins une voix contre (la mienne)

Je n’exposai pas plus les raisons de mon vote, toujours les mêmes, le peu de travail sur la réduction de la consommation d’électricité et l’arnaque fiscale qui consiste pour le département à imposer plus fortement (sur la consommation finale d’électricité) les contribuables des communes de moins de 2000 habitants. Je parle peut-être moins facilement de défense de la « ruralité » que ne le fait l’exécutif départemental mais au moins je ne souhaite pas qu’on se paie sur la bête.

Rapport A 04 – Prévenir les risques et réduire la vulnérabilité – Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS) du Loiret  : budget 2021
Adopté à l’unanimité

Bien que favorable à ce budget important, j’intervins pour souligner l’impact évident du changement climatique sur l’activité des pompiers du Loiret. J’en profitai pour corriger un peu les approximations du président Gaudet à propos du petit âge glaciaire.

Rapport A 05 – Mise en vente des parcelles situées au lieudit « Les Quatre Vents »
Adopté à l’unanimité moins une voix contre (la mienne)

Cette décision concernait la vente de terrains appartenant à la collectivité départementale en vue de les aménager en zones d’activités. Bien entendu, les 15 hectares concernés sont actuellement des friches boisées et sont destinées à accueillir entrepôts et bâtiments. On suppose que cela va forcément dynamiser l’économie et que la richesse ruissellera en abondance.
Christophe Chaillou, par ailleurs président PS-LR de la Métropole d’Orléans, se réjouit de cette transaction qui permettra à la collectivité qu’il préside de réaliser un beau projet d’aménagement. D’autant que, au même moment, la commune d’Ardon prétend faire la même chose à une encablure de là et que, hors de sa Métropole, Christophe Chaillou trouve cela tout à fait aberrant.
De mon côté, Métropole ou pas, je m’inquiétai surtout de la disparition sans contrepartie d’espace naturels.

Marc Gaudet me répondit par le refrain bien connu selon lequel, on n’y peut rien, les Français veulent habiter à la campagne (comme si l’on parlait d’un projet de logements). De toutes façons, selon lui, il faut bien occuper plus de terrains sinon c’est la décroissance. Alors, il prétendit essayer de « concilier » les besoins de l’économie et cette curieuse idée de transition écologique. Bref, on a bien la « planète en tête » mais on doit continuer à bétonner chaque fois que possible.
Du coup, je redemandai la parole pour appuyer un peu sur les priorités et urgences auxquelles nous devons faire face.

Cela eut le don d’agacer le vice-président « chargé du BTP », Alain Touchard, qui s’exclama : « On ne s’amuse pas à consommer du terrain pour consommer du terrain ». Puis il me fit la leçon en parlant des bailleurs sociaux confrontés à la montée des prix si l’on cesse d’artificialiser les sols. Comme si nous étions en train de vendre du terrain à bâtir pour loger les populations défavorisées. Mais non, monsieur Touchard, il ne faut pas confondre les besoins de logements et la multiplication aberrante des zones d’activités économiques autour d’une route qui nécessite ensuite, comme par hasard, de nouveaux travaux d’aménagement payés par le contribuables. Car, ne l’oublions pas, le fameux « rond-point IKEA » qui dessert cette zone à partir de la RD2020, a été entièrement financé par de l’argent public à hauteur de 5 millions d’euros.
Pourtant, Christophe Chaillou lui aussi en remit une couche en prétendant se montrer plus écolo que les écolos. Pour lui, cela serait « contreproductif » de ne pas bétonner dans la Métropole car les aménagements « nécessaires » iraient quand même se faire plus loin. Pensait-il justement au projet de la commune d’Ardon qui l’embête tellement ? Si c’est le cas, l’argument de l’allongement des déplacements ne tient pas, bien sûr. Mais qu’il se rassure, je ne défends pas plus l’artificialisation des sols lorsqu’elle se produit en dehors de sa chère métropole. Simplement, je ne peux admettre le raisonnement qui consisterait à dire, en quelque sorte : « puisque les autres ne sont pas vertueux alors prenons les devants et massacrons le paysage chez nous plutôt que chez eux ».
Vous pensez que je suis dur avec mon collègue Christophe Chaillou. C’est vrai que je ne trouve toujours aucune excuse à son alliance avec Serge Grouard. Mais il faut dire que dans ce débat du conseil départemental, lui-même n’a pas hésité à dire que « s’opposer [à son projet d’aménagement], c’est idéologique ! ». Et il m’accusa, comme Marc Gaudet ou Alain Touchard, d’empêcher une politique de logement alors que nous parlions bel et bien d’un projet d’activités de services. Avec cette idée si sournoise que, puisque « les gens » veulent une maison avec jardin, les élus se sentiraient obligés de construire à tout va, y compris des routes et des entrepôts, Christophe Chaillou admet donc comme Margaret Thatcher qu’il n’y a pas moyen de faire de la politique et de prendre des décisions qui font sens. « There is no alternative », proclamait la dirigeante britannique. Il est impossible d’empêcher l’étalement urbain, proclame Christophe Chaillou 40 ans plus tard.
Ce qui fait de lui le parfait allié de la majorité de droite, dont Hugues Saury résuma ainsi le refus d’agir sur le monde et de gouverner : « la loi ne peut pas contraindre le désir légitime d’avoir une maison avec un petit bout de jardin ».
Je m’élevai contre cette passivité politique dans une ultime intervention à ce sujet. Et si je reconnais volontiers n’être pas aussi exemplaire que ce qu’il faudrait en ce qui concerne ma propre empreinte écologique du moins je n’en fais pas un alibi pour accroître l’étalement urbain … et après nous le déluge.

Rapport A 06 – Aménagement d’un carrefour giratoire d’accès à INTERMARCHE sur la commune de Puiseaux
Adopté à l’unanimité moins une voix contre (la mienne)

Dans ce second dossier d’artificialisation des sols à vocation économique, même si j’en comprends mieux la logique locale, je ne pouvais être moins inquiet de l’impact global et de l’absence totale de contrepartie à la perte de terres agricoles ou naturelles.

Rapport E 05 – Le Département valorise et préserve les richesses naturelles du Loiret : budget 2021
Adopté à l’unanimité moins une abstention (la mienne)

Un grand classique que ce budget des « richesses naturelles » qui repose avant tout sur la taxe d’aménagement prélevée sur les demandeurs de permis de construire. Cette recette fiscale a été fixée au taux le plus élevé possible par le conseil départemental du Loiret. Une fois utilisée la petite part qui est destinée au service de Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement, un service destiné justement à aider ceux qui déposent un permis de construire, le reste est affecté aux « espaces naturels sensibles » (ENS).
Ce sont chaque année de l’ordre de 5 millions d’euros qui entrent ainsi dans les caisses du Département. Pour quoi faire ? La notion d’espace naturel sensible est assez large malheureusement. Il s’agit bien sûr de toute une politique de préservation de l’environnement, de reconquête de la biodiversité et même d’acquisition de propriétés foncières permettant de protéger des écosystèmes fragiles. Mais la loi prévoit aussi qu’il faudra « sensibiliser » le public à toutes ces belles zones naturelles. Du coup, le conseil départemental du Loiret s’est fait une spécialité de consacrer l’essentiel de l’argent dont il dispose dans ce cadre pour cette fameuse politique de « sensibilisation », une notion qu’il étend facilement à des actions de développement touristique pur et simple. Non seulement, on finance des allées pour accueillir des visiteurs dans un espace protégé mais il est arrivé que l’argent des ENS serve à payer la piste cyclable qui même sur le site naturel ou bien le four à pain que l’on peut voir fonctionner à côté du parc où une faune quasi apprivoisée fait le bonheur des enfants.
Si vous connaissez mon action d’élu d’opposition, vous savez que cela fait longtemps que je dénonce ce qui m’apparaît comme un détournement, sinon de la loi, qui est laxiste, du moins de l’esprit de cette loi destinée aux espaces naturels sensibles. Du temps d’Éric Doligé déjà, je m’offusquais de l’emploi de cet argent pour le Canal d’Orléans. La rénovation des écluses est probablement une bonne chose mais on ne peut pas dire que cela ait à voir avec la préservation de la biodiversité.
Je proposai donc une nouvelle fois que la manne réservée aux ENS soit mieux employée … ou alors, à l’instar de ce que je propose pour la taxe sur l’électricité, que l’on imposer les Loirétains à un taux plus raisonnable.

Marc Gaudet se contenta de me dire que le financement que je juge « touristique » est effectivement autorisé par la loi ainsi que je l’avais moi-même rappelé.
Christian Braux confirma que, pour la majorité, il est primordial « d’amener les Loirétains dans ce patrimoine naturel ». Bref, l’objectif de « fréquentation » des espaces naturels sensibles l’emporte sur leur préservation.
Si bien que, un peu plus tard, lorsque nous votâmes la labellisation de nouveaux ENS avec plusieurs dossiers répondant aux critères, le budget était juste suffisant pour un seul projet. Quand on détourne des millions pour des actions touristiques, il ne reste même pas cent mille euros pour une labellisation de plus. C’est ainsi que je décidai de m’abstenir aussi pour le vote de la labellisation.

Rapport E 11 – Labellisation d’un nouvel Espace Naturel Sensible
Adopté à l’unanimité moins une abstention (la mienne)

Tout au long de ces deux journées de session, d’autres budget, notamment ceux, essentiels, des solidarités furent votés avec toujours comme seul et unique opposant … votre serviteur. J’y reviendrai dans un prochain billet. Je me suis finalement manifesté par 7 votes « contre » et 8 abstentions avant que nous n’en arrivions au vote du budget total qui reprenait tous les rapports précédents. Alors que seule Vanessa Slimani m’avait accompagné pour une abstention sur le budget des collèges, j’eus la surprise de constater qu’elle et trois autres conseillers départementaux socialistes n’étaient globalement pas favorables au budget 2021 dont ils avaient pourtant entériné chaque morceau. En effet, sur le vote final, alors que j’exprimais mon opposition, ils marquèrent leur exceptionnelle divergence avec la majorité par une abstention.

Rapport F 05 – Vote du budget primitif 2021
Adopté à l’unanimité moins une voix contre (la mienne) et 4 abstentions (socialistes)

Après avoir échangé sur chaque partie de ce budget, donc, la présentation complète et synthétique revenait au rapporteur Olivier Geffroy. Comme la veille pour l’ouverture de la session, il insista sur les efforts d’investissement. Ceux-ci portent en particulier sur la construction et l’entretien de routes et de collèges. Avec deux établissements scolaires nouveaux dans le Pithiverais, le poids relatif des collèges parmi les investissements sera majoritaire en 2021. Juste devant l’énorme budget des routes, pour une fois. Olivier Geffroy le souligna comme si cela était une bonne chose, tant mieux. Mais alors pourquoi avoir mené à bien un projet de mandat qui prévoyait le contraire avec une part invraisemblable d’investissements en faveur de l’automobile et des camions ? En outre, le rapporteur du budget dut admettre la très faible ampleur du plan « Loiret bien vieillir » consacré aux bâtiments des EHPAD. Et l’on se rendit compte que, derrière un plan annoncé à 130 millions d’euros, le conseil départemental n’en avait dépensé qu’une vingtaine pour le moment, l’équivalent de la construction d’un seul collège ou près de cinq fois moins que le coût prévisionnel de la déviation de Jargeau.
Comme quoi, il ne sert à rien d’investir si ce n’est pas pour des projets utiles plutôt que pour ceux qui rabaissent notre qualité de vie.
Ce fut le sens de mon intervention sur le budget.

En fin de compte, avec ce budget prévisionnel 2021, le Département va se retrouver encore plus endetté alors qu’il dépasse déjà largement la moyenne des autres départements. Sa capacité de désendettement qui nous était systématiquement présentée les années passées, n’avait plus droit de cité cette fois. Sans doute parce qu’elle dépassera à la fin de l’année la durée de 10 ans qui constitue le critère de prudence de rigueur dans le Loiret.
Or, si notre collectivité est terriblement endettée ce n’est pas toujours pour de bonnes raisons. Pour le moment, avec des taux avantageux, cet endettement n’est pas particulièrement coûteux, mais il risque de bloquer durablement les capacités d’agir de l’assemblée qui sortira des urnes en juin prochain et à laquelle Olivier Geffroy renvoie toutes les questions gênantes. Alors, va-t-on vraiment se ruiner pour une route et un pont inutiles à Jargeau ?

Alain Touchard n’en doute pas une seconde. Il eut donc à coeur de me rassurer à propos de la seconde étude du BRGM concernant le sous-sol de la Loire et les risques encourus par la construction d’un pont. Nous n’avons pas tout à fait la même lecture du travail de l’organisme public compétent pour ce qui concerne la géologie. Après un second rapport qui n’écarte toujours pas le risque d’effondrement d’un pont sur la Loire à l’endroit prévu, Alain Touchard n’a « pas de souci », il a « entièrement confiance » dans la technique et ne prévoit « pas l’apocalypse », lui. La science est « très pointue » et elle nous sauvera. Ce ne sera donc pas la fin du monde annoncée par les Cassandre de l’écologie.
Cependant, je vous laisse juger d’un extrait assez éloquent de la synthèse du travail du BRGM à propos des « mouvements de terrain ». Ce sont les auteurs qui soulignent en gras.

La suite confirme que cette étude approfondie par l’organisme le plus compétent ne peut nullement assurer qu’une solution technique permettra de pallier le risque d’effondrement du sous-sol dans lequel doit être implanté le pont. Les experts, pourtant mandatés et payés par le Département, restent prudents. Ils n’affirment plus qu’un tel effondrement est très probable. Ils se contentent de dire qu’il faudra faire d’autres études et prendre de très grandes précautions dans la conception de l’ouvrage de façon à anticiper les aléas. Autrement dit, il est plus que probable que le budget prévisionnel du pont soit encore revu à la hausse et suive l’exemple du Pont de l’Europe à Orléans dont le coût avait été bien supérieur aux estimations initiales. On comprend mieux pourquoi Éric Doligé avait dû renoncer à signer le partenariat public-privé par lequel il aurait pu lancer le projet en 2013.

Quant à l’utilité du pont, revenant toujours au même mirage de la disparition illusoire des nuisances, le Vice-président chargé des routes m’encouragea à « aller voir les gens de Jargeau » et s’autorisa un mensonge grossier en affirmant que « là-bas, les élus sont tous d’accord », ce qui est faux aussi bien à Jargeau qu’à Darvoy.
Je ne pouvais pas laisser passer ces insinuations alors que je n’ai jamais refusé de dialoguer avec tous les habitants concernés sans jamais dédaigner celles et ceux qui croient en la solution miracle de la déviation. Contrairement à Alain Touchard qui n’a jamais su montrer que mépris pour quiconque ose douter du projet.

Après quoi, Marc Gaudet confirma les certitudes de son vice-président en m’accusant indirectement de « jouer sur la peur ». Il prétendit avoir conscience du changement climatique mais être certain que ce projet de déviation « ne remet pas en cause toute la biodiversité de la planète ». Je ne sais pas si je « joue sur la peur » en parlant du changement climatique mais nous sommes alors des millions dans le même cas et en particulier tous les scientifiques les plus compétents dans ce domaine. Quant à Marc Gaudet, c’est peu de dire qu’il joue sur l’exagération et le mensonge. C’est tellement plus facile de répondre à des critiques que l’on a préalablement déformées. Le président du Loiret a beau jeu de dire qu’il ne va pas attenter à « toute la biodiversité de la planète » mais il ne peut pas se dédouaner de ses responsabilités dans la destruction de la coupure verte de la métropole d’Orléans. Et il ne manque pas de culot quand il se place dans le domaine de la croyance personnelle pour nier les résultats des expertises du conseil départemental lui-même et conclure à propos du projet de déviation : « je ne pense pas non plus que ça va augmenter le trafic routier ».

Enfin, un dernier sujet vint clore la session sur ce même déni de l’urgence écologique et la même fois dans les recettes du passé pour aménager le territoire.

Rapport F 11 – Plan de relance du Département du Loiret pour son territoire – Projet de contractualisation avec l’État
Il s’agissait pour l’assemblée départementale de présenter des projets d’investissements publics dignes d’être financés dans le cadre du plan de relance national (et européen) qui doit sortir notre pays du marasme dans lequel le plonge la pandémie de Covid.
Le Gouvernement français a ainsi mis quelques milliards sur la table en essayant d’y glisser des critères du « monde d’après ». Exercice un peu vain quand on voit que des industries particulièrement polluantes restent gagnantes de ce plan de relance supposé plus écologique que jamais. Pour la part des financements destinés aux collectivités locales, il était cependant bien demandé de proposer des actions dans le sens de la transition écologique. Malheureusement, au lieu de s’en servir pour impulser un tournant salutaire à sa politique d’investissements, l’exécutif loirétain se contentait de grappiller des sous pour des projets déjà mis en route. Et si le « catalogue » des actions à financer comportait effectivement des dépenses en faveur de l’environnement, il accumulait tout autant les dépenses allant en sens contraire, toujours basées sur l’illusion de la compétitivité économique mondiale et du ruissellement des richesses.
Cela ne justifiait pas pour moi un vote négatif mais je tins à faire part de mes réserves.

1 réflexion sur « Quarante années de budgets « historiques » qui ont bétonné le Loiret … et ça continue »

  1. Voici ce à quoi m’a fait songer, quelques idées maladroites et décousues cette séance:
    Je suis stupéfait du contentement de ne pas vouloir changer de mentalité de la part de ces « momies » qui décident et nationalement et localement du destin de toute la population ? Il me semble assister à cette bataille vaine de ceux qui veulent le pouvoir et qui se présentent puis une fois qu’ils l’ont obtenu, ne savent pas quoi faire avec leur jouet auquel ils s’accrochent pitoyablement. Leur jouet c’est quand même 60 millions de personnes. Je songe aux présidents de la république depuis Chirac qui n’avaient aucun projet d’avenir pour la France, seulement pour eux, avec une petite déviation pour Hollande qui n’avait jamais prévu de se présenter mais qui a été obligé par son staff d’aller au charbon, qui n’y a pas cru un instant, sauf au fur et à mesure que les sondages lui étaient favorables et qui une fois au pouvoir a été le plus démuni et le plus flou de tous durant son mandat. Ils n’ont rien fait pour le bien être, au contraire, déstabiliser quelques pays fragiles pour occasionner des guerres civiles et autres insolubles en vendant toujours et encore plus d’armes et de munitions. Nationalement comme localement les mêmes aberrations. Il ne s’agit pas de dire que tous les responsables sont idiots car ils sont de fait très intelligents, ce qui au point de vue de la communication brillante qu’ils sont su assimiler et développer couvre leur insignifiance et leurs idées ringardes et plus du tout adaptées au monde de demain; car attention, l’intelligence a fait les cantates de Bach, le plafond de la chapelle Sixtine de Michel Ange tout cela qui élève et construit l’humanité, mais aussi Auschwitz qui la détruit, la 5G qui ne lui sert strictement à rien qu’à gagner quelques misérables secondes pour télécharger un film sur internet. Ces décideurs qui se veulent les sauveurs de l’humanité, bien intentionnés dans l’accumulation du gâchis des ressources, de l’énergie et des savoirs utiles veulent perfectionner et offrir au plus grand nombre (à condition que le pouvoir d’achat peut être en accord avec ces désirs du « mieux que le voisin ») des voitures plus puissantes et plus rapides, même si sur les routes la limite de la vitesse est effective et contrôlée à une côte très basse, des tractopelles capables de déraciner 30 arbres à l’heure plutôt que 2, des appareils plus chers et plus énergivores souvent totalement inutiles pour une bien-être quotidien, tout un tas de gadgets plus encombrants qu’utiles à long terme. Si notre jeunesse est en train de déprimer, ce n’est pas le résultat du confinement, c’est que le confinement a permis aux jeunes de réfléchir sur eux-mêmes, sur leur avenir, sur le futur de ce monde et bien souvent ils se moquent de voitures plus puissantes… ils désirent simplement une petite voiture, un travail qui leur permet d’avoir une vie de famille heureuse, une petite maison ou appartement, quelques arbres devant leurs fenêtres, tout ce que les « anciens » que nous sommes leur confisquent en prétendant qu’ils leur faut avoir mieux que ce que notre technologie nous offre actuellement. Cela est notre désir stupide de compétitions et de guerre industrielle, et sans doute absolument pas celui des jeunes qui veulent apprendre, se réunir pour discuter et pas tant pour frimer avec une belle voiture, mais avoir un jour un métier alors que nous sommes en ce moment en train de détruire des millions de possibilités de travailler. Ils veulent vivre normalement, tout simplement, ce qui devient de plus en plus difficile. Les jeunes dépriment parce que nous confisquons tout leur avenir selon notre point de vue et notre incapacité à comprendre et préparer le monde de demain.
    Et notre point de vue est catastrophique, limité, étroit, se précipitant dans le chaos et la création illimitée de poubelles liées à notre consommation sans frein de saloperies comestibles, nucléaires, phytosanitaires… parce que la majorité des responsables, si ils ne manquent pas d’intelligence pour convaincre qu’ils sont les meilleurs et qu’ils prétendent savoir bien mieux que nous ce qui est bon ou non pour nous, ils manquent absolument de curiosité ; ils ne désirent pas vouloir comprendre le monde présent, ses lacunes, ses points positifs, ce monde présent qui ne vit que sur des ruines passées de guerres, d’échecs, de génocides et quand même de quelques accents sublimes, et qu’il est temps de suivre un chemin qui ne mène plus aux massacre et à des destruction au fur et à mesure des êtres humains dès qu’ils naissent (pollution, agro alimentation, pesticides, violences, meurtres…). Il y a beau y avoir eu d’innombrables signaux d’alerte depuis des décennies que l’on ne peut pas ignorer, ils ne sont pas écoutés : pourquoi changer nos modes de fonctionnements puisque demain on pourra aller à New-York en 3 heures 30 et vivre dans un monde digital extraordinaire, toutefois déconnecté de la réalité…. Et l’éviction de notre terre qui n’a pas et n’aura jamais de remplaçante, sur laquelle nous éliminons chaque jour davantage d’espèces vivantes, dont nous violons les ressources qui s’épuisent irrémédiablement dans l’indifférence des décisions des états et des multinationales tous liés à des dépenses et des profits indécents qui ne tiennent jamais compte du sauvetage du vivant et de la planète. Cela est grave car ce qui était du domaine de l’anecdotique il y a quelques années, de l’accessoire encombrant dont les officiels ne voulaient surtout pas entendre parler, cela est devenu aujourd’hui, même s’ils le nient et ne veulent le reconnaître, le centre de toute politique et action d’avenir. S’ils occultent l’écologie de leurs décisions c’est qu’ils s’accrochent tous au court terme, aux décisions pour faire plaisir aux électeur, attitude qui va droit dans le mur car ils ne savent pas réfléchir autrement que selon des désirs bornés et futiles ancestraux, et rares sont ceux qui ont analysé ce qui se passe réellement, étude qui seule permet de déterminer sans trop se tromper le chemin qui vise le long terme de la terre et de la société et non plus son propre contentement personnel. La réflexion sur les besoins essentiels profitables à tous et ce qui est du bon sens, c’est ce qui manque cruellement à ces personnes qui décident de la course en avant. Cette remise en question dont ils sont bien souvent incapables, seule peut déboucher sur l’innovation des valeurs sociales, culturelles, écologiques et n’oubliant jamais plus que les questions écologies doivent être désormais au centre des décisions de toutes importances, des plus locales aux plus générales.
    La volonté aussi des élites dirigeantes de ne favoriser que ceux qui pensent comme elles, vieille méthode que le monde ne doit plus accepter. Nous sommes un pays où sont en nombre des penseurs, des spécialistes, des ingénieurs de toutes catégories, des scientifiques remarquables, des personnes qui ont étudié les sujets les plus cruciaux pour savoir comment aménager un demain viable et qui connaissent et les enjeux et certaines solutions, mais tous ceux-là sont misérablement bien souvent moqués et dont on néglige avec arrogance les conseils, bien tenus à l’écart des décisions les plus essentielles pour le pays. Tristesse de constater cela…
    Je crois qu’il faut continuer à enfoncer clou après clou dans les cervelles de ces gens qui nient que le progrès peut avoir un côté négatif qui ne convient pas à l’avenir de la planète comme il est développé outre mesure ; il faut que des associations, des gens comme toi les amènent à penser autrement et plus du tout avec leur ego de pouvoir car nous avons déjà dépassé aujourd’hui le tournant de la civilisation qui oblige à des construction sociétales et planétaires plus justes et qui engagent la responsabilité éclairée des uns comme des autres dans une direction plus réelle pour accepter un avenir, certes difficile, mais nécessaire pour la préservation de ce qui peut être encore sauvé malgré tout ce que nous avons criminellement fait disparaître.
    Aussi il est dommage que tu ne te représentes pas même si c’est parfois très usant de se retrouver seul contre toute une tribu d’hommes préhistoriques aux mentalités dépensières et inconscientes des ravages qu’ils commettent dans une très fausse innocence, hypocrisie frimeuse et emplie de « on ne peut pas faire autrement… » dont ils savent pertinemment quand même au fond d’eux-mêmes leur propre culpabilité de ne pas tenir compte que le monde est en marche et qu’il leur faut évoluer sans plus ignorer la vie de leur petits et arrières petits-enfants.

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