Surprenants écolos (le retour)

A la suite de l’étonnement de façade affiché par la majorité lorsque, durant la dernière session, ma collègue écologiste et moi-même nous sommes abstenus pour les dossiers en lien avec l’environnement, voici le communiqué de presse que nous avons fait diffuser.

Communiqué : Les écologistes valident la démarche d’agenda 21 départemental mais doutent de la sincérité de l’exécutif


Bien que son président-sénateur l’ait entraînée sur le terrain de la réforme territoriale pour dénoncer le gouvernement sans retenue, l’assemblée départementale a aussi adopté vendredi 20 juin plusieurs délibérations relatives à l’environnement et au développement durable. Il semble que la majorité départementale s’offusque de l’absence de soutien des élus écologistes sur ces dossiers (cf. « surprenants écolos », La République du Centre, samedi 21 juin 2014). Mais si cette majorité accepte parfois de parler d’environnement, elle n’est jamais prête à agir concrètement pour améliorer la qualité de vie des Loirétains par des avancées écologistes.
Le schéma d’orientation des espaces naturels sensibles en est un exemple frappant. Nous aurions voulu qu’il soit élaboré dans une concertation que nous réclamons en vain depuis 6 ans. Nous aurions voulu que ce plan d’actions concerne réellement la connaissance, la gestion des espaces naturels sensibles et permette de sensibiliser la population. Au lieu de cela, les élus de la majorité y voient un moyen de détourner l’impôt affecté à cette politique environnementale pour en faire l’outil du développement touristique et de nouvelles infrastructures. Jean-Noël Cardoux, connu pour ses sympathies cynégétiques, va plus loin en assimilant les défenseurs de la biodiversité à « des apprentis-sorciers qui viendraient perturber les traditions ancestrales des populations locales ».
En ce qui concerne l’implantation de bornes de recharges pour les véhicules électriques, c’est une visée purement économique qui conduit à privilégier ce moyen de réduire les gaz à effet de serre sans réduire l’intensité énergétique de nos déplacements. Si bien que quand on dépensera un million pour soutenir l’industrie automobile qui vend ces véhicules électriques, les transports collectifs feront toujours défaut dans le Loiret et la mobilité demeurera un privilège de gens aisés.
Enfin, les priorités fixées à l’agenda 21 départemental posent beaucoup de questions. Comment croire à de belles intentions en matière de développement durable quand le premier vice-président Antoine Carré considère qu’il s’agit de préoccupations « luxueuses » ? Pour nous, satisfaire les besoins des populations présentes en respectant les générations futures1, ce n’est pas un luxe. Bien entendu, cela supposerait de sortir de la vision comptable qui anime la majorité UMP sur toutes les questions sociales. Cela supposerait de faire du conseil général une collectivité à l’écoute des citoyens plutôt qu’un aménageur prêt à grignoter jusqu’à la dernière parcelle agricole. Quelle confiance peut-on accorder aux discours qui admettent l’épuisement prochain des ressources naturelles quand on voit l’image qui est donnée du département par la majorité ? Dans une revue destinée à dénoncer le gouvernement auprès des agents départementaux, l’image servant à illustrer ce que fait le département est éloquente : on y voit un territoire entièrement couvert de routes !


C’est ainsi que, sur tous ces sujets réputés « environnementaux » par la majorité départementale, par leur abstention, les écologistes ont refusé de servir de caution à des annonces que les actes contredisent.

Bravo Jean-Pierre Sueur … et les autres


Eh bien c’est fait et c’est pour moi une joie immense et une satisfaction indéniable : le Sénat connaît sa première majorité progressiste de la Vème République.

Progressiste et … écologiste ! Pas moins de 5 sénatrices et 5 sénateurs viendront apporter leurs compétences et leur conviction dans cette assemblée où ils amènent diversité, féminisation, jeunesse et le souci des générations futures. Leila Aichi, Jean Dessessard, Marie-Christine Blandin, Aline Archimbaud (salut Aline et bravo), André Gattolin, Esther Benbassa, Ronan Dantec, Corinne Bouchoux, Joël Labbé et Jean-Vincent Placé, je vous souhaite bon vent et bon courage, il en faudra encore pour dépoussiérer la Chambre haute.

Dans le Loiret, même si le résultat reste très masculin et ne promet pas vraiment de résoudre la crise écologique, je suis particulièrement fier d’avoir contribué à la remarquable victoire de Jean-Pierre Sueur. Fort de mon statut de « grand électeur », avec mes collègues écologistes, j’ai contribué à la réélection, dès le premier tour, de l’unique parlementaire de gauche du département. Obtenir la majorité absolue, dans un scrutin uninominal puisque l’UMP avait supprimé la proportionnelle, c’était une gageure dans le Loiret. Jean-Pierre Sueur y est parvenu par son travail et son dévouement. C’est peut-être ce qui faisait défaut à ses concurrents, Eric Doligé et Jean-Noël Cardoux, tout ballots de se retrouver en ballotage. C’est ainsi qu’ils ont dû patienter encore six heures avant de recueillir les félicitations de celui qui les avait précédé dans la victoire. Bref, un véritable camouflet pour l’UMP du Loiret et un désavoeu des politiques menées par le Conseil général. Le Président du Département et son Vice-Président favori ne m’expliquaient-ils pas tous les deux, il y a peu, que je ne pouvais rien comprendre aux attentes des maires du Loiret, n’en étant pas un moi-même. Et ces cumulards clientélistes de me raconter qu’ils discernaient parfaitement, eux, les besoins des élus locaux. Belle démonstration par le vote ! Nombre de ces élus locaux du Loiret ont manifestement mis de côté leur sensibilité de droite pour sanctionner l’exécutif départemental.

La même mésaventure est arrivée, d’ailleurs, à Maurice Leroy, qui cumulait le handicap, outre la Présidence du Loir-et-Cher, d’être un ministre en exercice du gouvernement. Il ne sera donc pas sénateur.

Le catalan en moi se réjoui du succès de Christian Bourquin dans les Pyrénées-Orientales, un département dont l’élu socialiste à (presque complètement) délaissé la présidence il y a quelques mois, lorsqu’il prit la tête de la Région Languedoc-Roussillon. Comme quoi, diriger un exécutif départemental ne fâche pas toujours le collège électoral très particulier des sénatoriales ; ou alors, c’est que Jean-Paul Alduy, ancien maire de Perpignan, n’avait plus assez de bulletins dans ses chaussettes.

Je ne terminerai pas ce bilan sans saluer amicalement Dominique Voynet, qui quitte le Sénat au moment où il bascule, après sept ans de combats dans l’opposition, dénonçant notamment le militarisme qui encombre notre pays. Heureusement, il lui reste bien des projets à mener à bien à Montreuil.