Transparence à retardement

Bon, il va bien falloir que je vous fasse encore mon traditionnel compte-rendu de session pour vous raconter les séances qui se tenaient à la mi-octobre. J’avais pourtant imaginé que le nouveau dispositif de procès-verbal officiel me faciliterait la tâche en vous offrant non pas les seuls enregistrements de mes modestes prises de paroles mais carrément le film complet de tous les débats retransmis par la vidéo du Département. Mais non, l’évolution vers plus de transparence n’est pas au rendez-vous et les vidéos sont jalousement gardées de peur que les Loirétain·e·s ne s’intéressent trop aux décisions prises en leur nom. Ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire de ce qui se passe dans l’assemblée semble la devise du Département. (illustration Franquin, Bravo les Brothers, éd. Dupuis)


Mais faisons déjà un petit retour en arrière et revenons sur un épisode de la session précédente, celle de juin dernier, que je n’avais pas encore retranscrit ici. Il s’agissait du vote d’un nouveau règlement de l’assemblée départementale pour assurer la publicité des débats. Bien entendu, les séances du conseil départemental sont ouvertes à tous mais encore faut-il être disponible pour y assister en personne. Pour ceux qui n’ont pas cette « chance », la loi fait obligation d’éditer un procès-verbal fidèle de tout ce qui est voté et de tout ce qui s’est dit en séance. Et pourtant, les délibérations réelles des élus sont très difficiles d’accès si bien que l’information passe par le filtre de médias locaux qui ne visent pas l’exhaustivité ou bien par le filtre très déformant que constitue la revue officielle Loiret magazine.

Pour qui voulait la version originale, jusqu’en juin dernier, voici comment les choses se passaient :
Pendant que les élus débattaient, il y avait une équipe de sténo-dactylos qui prenait note de chaque phrase et même des réactions collectives comme les huées ou les rires qui fusent parfois. Cela permettait une retranscription fidèle mais il fallait au moins trois mois avant qu’elle ne soit imprimée et diffusée aux élus. Quand aux simples administrés qui auraient voulu savoir ce qui se dit dans les débats, encore fallait-il qu’ils aient l’idée de demander ce gros pavé et d’attendre qu’on leur fournisse un exemplaire. Bref, mieux valait faire confiance à la presse, en l’occurrence au quotidien monopolistique du coin qui, quoi qu’on en pense, prend la peine de signaler au moins un ou deux des sujets abordés et de la façon dont les élus les ont traités. Bien entendu, en ce qui concerne mes fans (ou le staff du président Gaudet), il y avait toujours moyen d’en apprendre un peu plus en lisant ce blog … à condition de supporter mon objectivité toute relative et mes petites piques envers la majorité.

Mais en juin dernier, attention, on allait voir ce qu’on allait voir, il fut décidé de modifier le règlement intérieur de l’assemblée « afin de moderniser les modalités d’accès aux procès-verbaux des séances publiques de l’Assemblée départementale tout en rationalisant les coûts afférents ». Et voilà la démocratie renouvelée grâce à « la communication digitale [qui] permet aujourd’hui de disposer d’outils assurant la disponibilité et la conservation de la mémoire des débats qui se sont déroulés ». En fait, le progrès consistait en la réalisation d’un simple « procès-verbal synthétique » des débats complété par les enregistrements vidéos. Allait-on vers une plus grande accessibilité au public ? Eh bien non.

En effet, ce n’était pas l’objectif recherché. L’idée générale, c’était surtout de faire des économies en licenciant le prestataire chargé de prendre les propos en sténo et de les remettre au propre. Pas question de garder la version écrite des débats … alors qu’elle est pour l’instant le seul moyen d’utiliser un moteur de recherche avec des mots-clés pour savoir, par exemple, à quel moment on a parlé d’écologie et ce qui en a été dit. On pourra désormais seulement repérer les propos en fonction du nom de l’orateur ou du titre du rapport abordé mais pas en fonction des termes employés. Pas question non plus de faciliter le visionnage des vidéos pour qui aurait le temps de chercher. Celles-ci ne seront diffusées qu’en réponse à une demande explicite. Pas question de les mettre en libre consultation et encore moins de les diffuser en direct comme peuvent le faire d’autres collectivités.

Voici comment j’avais réagi en séance le 20 juin dernier.


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N.B. : vous l’aurez peut-être compris, dès que l’on parle de vélo (ou de train), les élus départementaux ont l’habitude de se tourner vers Michel Breffy, le « monsieur vélo » du Département, même s’il arrive fréquemment que d’autres orateurs s’expriment sur ce sujet. Ainsi, j’illustre bien que si l’on veut savoir ce qui se dit à propos de vélo, mieux vaut un moteur de recherche à partir d’une version écrite que de visionner toutes les prises de paroles de Michel Breffy.

A la suite de quoi, je m’étais opposé, seul, à cette délibération de juin.

Néanmoins, j’espérais encore que le recours à la vidéo apporte un petit progrès dans les délais de traitement de l’information, à savoir la mise à disposition plus rapide d’une source fiable pour les citoyennes et citoyens curieux de ce qui se dit lorsque les conseillers départementaux débattent. Car il est clair que nous faisons toujours preuve d’une grande hauteur de vue et que notre sens de l’intérêt général nous interdit de flatter telle ou telle « clientèle ». Bref les élus ne risquent rien à accroître et accélérer la transparence des débats.

Mais pas de chance, « ça ne va pas être possible ». Il ne faudra pas compter sur le moindre « procès-verbal succinct » ou sur le visionnage de vidéos des séances d’octobre avant la fin de l’année. Voilà pourquoi, bien que moi-même en retard, je vais avoir plaisir à publier ici encore mes propres commentaires et enregistrements (sonores).