Le prix de la liberté … et le prix du baril

Le monde arabe est en train de donner une belle leçon de démocratie à la vieille Europe.

Tandis que nos sociétés voient leur prospérité s’éroder et les mentalités se réouvrir aux pires relents xénophobes, ce sont des peuples parmi les plus méprisés des bien-pensants qui ont décidé de prendre leur destin en main et de se dresser contre ceux qui les oppriment.

Il est facile aux racistes comme aux impérialistes décomplexés qui nous gouvernent de s’imaginer que les populations africaines et arabes ne sont pas mûres pour la démocratie. On a même pu entendre notre Président affirmer que les Africains ne sont « pas encore entrés dans l’histoire ».

La vérité, c’est que tous les humains sont capables du meilleur comme du pire. Les révoltes en Afrique du Nord et dans le Golfe persique ne signifient pas encore que ces populations sont devenues un phare pour l’humanité. Mais elles imposent une saine humilité aux européens pétris de droits de l’Homme. Surtout si l’on songe à la montée de l’intolérance qui accompagne la crise économique sur notre continent.

Et il se pourrait bien que la marche vers la démocratie des peuples du Sud nous conduisent à une autre révision de nos certitudes occidentales. En effet, l’instabilité dans des pays producteurs de pétrole a des conséquences  immédiates sur le coût d’une énergie dont nous avons trop longtemps pensé qu’elle nous était due à bas prix. Si, comme on peut l’espérer, le processus en cours produit effectivement une nouvelle stabilité sans dictature, il n’y a aucune raison de s’imaginer que cela perpétuera le pillage que les régimes totalitaires nous autorisaient. Il faudra donc s’habituer à devoir négocier d’égal à égal avec nos fournisseurs.

On peut même espérer qu’avec le pouvoir rendu aux populations ces états optent vers un ralentissement des exploitations les plus nocives, à l’image de l’Equateur qui propose de ne pas extraire les combustibles fossiles de son sous-sol afin de préserver la biodiversité du pays et de lutter contre le réchauffement climatique. Le genre de souci qu’on ne risquait pas de trouver chez Kadhafi par exemple. Une telle démarche serait tout aussi urgente dans un pays comme le Niger où l’absence d’état de droit autorise des sociétés européennes à travailler au mépris de toutes les précautions environnementales (sans parler des prises d’otages qui accompagnent une situation typiquement néocoloniale).

L’émergence démocratique en Afrique et au Moyen-Orient devrait donc nous amener à une transition d’autant plus rapide vers une société sans pétrole. Se débarrasser de notre addiction, comme dirait Greenpeace.

Alors, aujourd’hui que le prix du baril est repassé au-dessus de 100 dollars, je repose la question qui occupe la colonne latérale de ce blog depuis 4 ans : quand le pétrole devient rare et coûteux, est-ce vraiment le moment de construire des ponts sur la Loire pour continuer à se déplacer en voiture et à transporter des marchandises en camion ? J’en profite pour ajouter une nouvelle information à cette rubrique indémodable : en plus du prix du baril à New-York, j’indiquerai désormais le chiffre plus parlant du prix du litre de super sans plomb 95 dans une station de référence de Chécy.