Rentrée des classes

Et voilà, c’est reparti pour une année scolaire. Même si j’ai renoncé à mon activité d’enseignant pendant mon mandat, c’est toujours l’année scolaire qui rythme mes activités institutionnelles dans une collectivité qui ronronne un peu durant l’été.

Je me faisais donc un devoir, ce matin, de participer à la remise des clés du nouveau collège Montesquieu, entièrement reconstruit dans le cadre du plan pluriannuel d’investissement départemental. Les collégiens du quartier de La Source, à Orléans, sont désormais accueillis dans deux collèges modernes et fonctionnels qui remplacent les trois anciens établissements encore en activité il y a quelques années. Il y a de quoi être satisfait du résultat avec un collège réellement conçu pour tenir compte de la crise énergétique et climatique tout en améliorant les conditions de scolarité des enfants. Et en plus, tous ces travaux ont été lancés avant que les partenariats public-privé deviennent le dogme du Conseil général du Loiret. Au risque de faire plaisir à la majorité départementale, je reconnaîtrais volontiers l’excellence de la politique d’investissement en faveur des collèges si l’on n’en abandonnait pas la maîtrise d’ouvrage au groupe Vinci et en s’endettant lourdement.

Bref, à visiter ces belles salles de classe toutes neuves et une salle des professeurs en surplomb bardé de cuivre (ci-contre), cela me donnerait presque la nostalgie de mes rentrées d’enseignant. Il est vrai qu’on me demande souvent si mon métier me manque. Et bien oui, il arrive qu’il me manque ; mais franchement, je ne vois pas comment exercer en même temps un mandat électif exigeant et une activité professionnelle qui ne l’est pas moins. Je suis pourtant au contact de nombreux surhommes qui y parviennent aisément tout en étant en outre maire de leur commune ou député ou sénateur. Il est vrai que la plupart d’entre eux ne s’encombre pas, comme moi, de la laborieuse rédaction d’un blog :-). Voilà sans doute ce qui leur donne toute légitimité pour pester contre les propositions de lois qui limitent le cumul des mandats. Ce sont eux encore qui déplorent la suppression des conseillers territoriaux, lesquels instituaient un cumul obligatoire des fonctions électives départementales et régionales. Nul doute qu’ils se sentiront obligés de dénigrer la prochaine réforme territoriale si jamais elle remet un tant soit peu en cause leurs baronnies archaïques. Bref, vous l’aurez compris, je reste persuadé que la revitalisation de notre démocratie passe par le partage le plus large des pouvoirs : cela passe par des règles bien plus strictes de non-cumul des mandats électifs et de leur renouvellement dans le temps.

Communiqué : une rentrée sous le signe de la privatisation des collèges dans le Loiret

Ce lundi 5 septembre, près de trente mille collégiens effectuaient leur rentrée dans le Loiret. Accompagnant le Président Doligé dans une journée d’inaugurations, nous avons pu apprécier l’effort poursuivi par le Département pour rénover ou reconstruire les collèges publics et privés. Le plan pluriannuel d’investissement adopté par le conseil général, dans le cadre d’une décentralisation bien comprise, permet en effet d’améliorer les conditions d’accueil des jeunes dans une période où les restrictions budgétaires gouvernementales mettent en danger l’accès de tous à un service public éducatif de qualité.

Cependant, cette rentrée est également marquée par un détournement de ce programme d’investissement pour transférer à des partenaires privés la maîtrise des bâtiments et des services, en particulier la cantine, qui sont en principe confiés à la collectivité départementale. Sans qu’aucune évaluation sérieuse n’ait été faite après l’expérience de Villemandeur, alors que s’ouvrait aujourd’hui le second collège du Loiret construit en contrat de partenariat à Sainte-Geneviève-des-Bois, le Président Doligé affiche son intention de ne plus recourir qu’à cette seule modalité de réalisation des investissements et de gestion des services dans les collèges.

Le recours systématique au partenariat public-privé (PPP) va à l’encontre de la loi qui le considère comme un moyen d’action exceptionnel.

Il y a quelques jours encore, Eric Doligé, à Saint-Denis-en-Val, n’hésitait pas à vanter le travail des fonctionnaires territoriaux et la qualité d’un bâtiment conçu par un architecte de talent. Pourtant le principe des PPP repose au contraire sur l’exploitation de sociétés sous-traitantes, obligées de rogner sur la qualité, et sur l’absence de concours d’architecte. Le regroupement des collèges de Saint-Ay et de Meung-sur-Loire dans un même contrat sera suivi du regroupement de 5 nouveaux collèges pour un seul et même partenaire privé. Celui-ci aura toute latitude pour imposer des constructions en série sans aucun souci de l’adéquation à l’architecture et à l’urbanisme local.

Le recours au PPP est aussi synonyme d’endettement non avoué par le transfert des charges d’investissement dans le loyer versé au partenaire. Il s’agit en effet d’un « loyer » obligatoire qui amputera d’autant l’autonomie de la collectivité à l’avenir.

Enfin, la systématisation de ces contrats par une collectivité départementale nous ramènerait dans une situation propice aux ententes entre multinationales qui fut de mise dans les années 90 à propos des marchés publics des lycées d’Ile-de-France. On se souvient du pacte mis en place par ce conseil régional, sous la présidence de Michel Giraud, au profit de grands groupes comme Bouygues, Eiffage, Suez, Veolia, lesquels finançaient en retour plusieurs partis politiques … au détriment des contribuables.

Aujourd’hui, pour ne pas revivre de tels scandales, nous disons encore non et non à des partenariats publics-privés qui ramènent l’opacité dans les marchés publics.

Estelle Touzin et Thierry Soler
Conseillers généraux du Loiret