Consignes pour souhaiter une bonne année qui valorise l’action du Président

Imagine-t-on François Hollande envoyer aux députés UDI, LR voire FN des suggestions quant à ce qu’ils pourraient dire à l’occasion de cérémonies de voeux dans leurs circonscriptions respectives ?

Le Président de la République proposerait aux parlementaires de féliciter les Français qui ont tenu bon face au terrorisme, de souligner l’engagement de notre pays dans la lutte contre le changement climatique et de célébrer les bons résultats économiques de la France, tout particulièrement l’inversion de la courbe du chômage.
Armés de ces « éléments de langage », on verrait alors les députés de l’opposition exposer partout le fabuleux bilan du mandat qui s’achève.
Hervé Mariton pourrait reprendre à son compte le succès du mariage pour tous, Marion Maréchal-Le Pen insisterait sur la solidité de l’Union européenne face au néo-impérialisme russe de Poutine et Philippe Vigier se réjouirait des emplois sauvés par les 35 heures.

Vous trouvez cette idée farfelue ?
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Session budgétaire … suite et fin

Pour achever de tirer un trait sur la session budgétaire de la semaine dernière, il me faut maintenant reprendre en détail quelques rapports à propos desquels j’ai participé aux débats.
Ces débats furent globalement peu fournis dans la mesure où la plupart des votes se terminèrent dans une belle unanimité.
Tout d’abord, les trente-six élus de la majorité se contentèrent de tout valider, comme d’habitude, quelquefois en se félicitant eux-mêmes de leurs décisions, parfois en posant une question convenue d’avance avec l’exécutif, plus rarement en engageant une discussion imprévue.
Ensuite, mes collègues de l’opposition marquèrent leurs doutes par l’abstention environ une fois sur six.
Enfin, de mon côté, c’est à peu près une fois sur trois que je pratiquai tantôt l’abstention tantôt le vote contre certaines décisions.

D’où provient cette apparence de consensus ?
Du côté de la majorité, on peut penser que les décisions sont débattues en amont et que s’applique une forme de « cohésion de groupe » de façon à ne pas afficher les éventuelles divergences dès lors qu’un arbitrage interne a été pris.
En ce qui concerne l’opposition, du moins puis-je le dire pour moi, il s’agit d’essayer de rendre lisibles certaines priorités. Bien sûr, si l’on appliquait mes positions écologistes, les décisions prises seraient sensiblement différentes dans tous les domaines. Cependant, la plupart des rapports qui sont soumis à l’assemblée découlent d’un travail des services départementaux et des élus dont je ne doute pas qu’ils visent à améliorer la vie des habitants. Que les solutions retenues ne soient pas tout à fait les miennes ne justifie peut-être pas de s’énerver à chaque fois, d’autant que l’adoption de toutes les délibérations est garantie par la majorité. Ainsi, ce n’est que lorsque j’estime important d’attirer l’attention sur un sujet que je juge mal traité, voire maltraité, que j’opte pour l’abstention ou le vote contre, selon la gravité des conséquences que j’y vois.

C’est essentiellement de ces cas les plus clivants qu’il va être question ici.

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Travailler plus pour … travailler plus

Au sortir de la session budgétaire, le conseil départemental se trouve confronté, ce jeudi, à un mouvement social qui réalise d’emblée une large union syndicale. Afin de peser sur un dialogue social assez mal engagé, les agents sont appelés à un rassemblement de protestation face à l’Hôtel du Département. J’ai tendance à penser qu’il y a de quoi.

Le conflit a pour origine la décision unilatérale de supprimer les 5 journées de congés supplémentaires qui avaient été instaurées dans les principes de travail des agents départementaux au moment de la décentralisation, au début des années 80.

On voit ainsi que la vision comptable de la majorité départementale s’exprime aussi en ce qui concerne les ressources humaines. Malgré les changements survenus au sommet de la hiérarchie administrative, ce qui ne peut qu’améliorer le climat de travail des agents, l’idéologie des élus vient de jeter de l’huile sur le feu. En fait, à l’instar de la nouvelle majorité régionale des Pays-de-la-Loire, la droite compassionnelle qui gouverne le Loiret n’entend pas négliger la moindre source d’économie, fusse sur le dos des agents.
Que l’on considère ces 5 jours chômés comme un avantage acquis ou comme une anomalie, il n’en demeure pas moins qu’ils sont partie prenante du « contrat » qui lie l’administration à ses agents. Ceux qui se réjouissaient bruyamment, en d’autres temps, du fait que des fonctionnaires territoriaux de valeur choisissent de travailler pour le conseil départemental au détriment d’autres collectivités devraient avoir conscience de cela. Le salaire, les conditions de travail et les avantages acquis constituent un ensemble indissociable de la relation entre l’employeur et ses agents.

Voilà pourquoi l’on ne peut, selon moi, toucher au temps de travail sans contrepartie.
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« Nous ne vivons pas dans le même monde »

La semaine dernière a vu le Département adopter son budget pour 2017 au cours d’une session de trois jours que, comme d’habitude, je vais m’efforcer de relater ici (et dans un ou deux autres billets à suivre).

Autant le dire tout de suite, je fus le seul à voter contre un budget que la majorité de droite a une nouvelle fois bâti selon sa fameuse « vision comptable » qu’elle oppose à mon prétendu « idéalisme ». La caricature à mon encontre prit un tour amusant lorsque le Président me reprocha de vouloir revenir à « la lampe à huile ». Il ne faisait pas allusion à mon génie personnel 😉 mais soulignait seulement que « nous ne vivons pas dans le même monde ».

En effet :

  • Je vis dans un monde aux quatre coins duquel sévit la guerre, notamment en Syrie où elle est particulièrement atroce pour la population civile, sans que nous ne trouvions comment résoudre ces crises ou simplement apporter un peu de réconfort aux victimes.
    Mais j’ai l’impression que Hugues Saury et les très raisonnables conseillers départementaux de sa majorité vivent dans un monde où il faut surtout s’occuper de son canton et attirer des investisseurs internationaux qui sont supposés y créer des emplois … même si c’est pour fabriquer des choses superflues ou dangereuses, voire pour produire les armes qui massacreront les gens ailleurs.
  • Je vis dans un monde dont la température moyenne se réchauffe, lentement mais sûrement, en nous promettant des dérèglements climatiques majeurs et bientôt irréversibles. Un monde où la pollution nous amène à nous intoxiquer chaque hiver avec des particules fines en excès – et ce n’est pas parce que nous sommes, cette semaine, redescendus en dessous du seuil d’alerte que l’air ambiant ne continue pas à favoriser l’asthme chez les enfants.
    Mais j’ai l’impression que Hugues Saury et les très raisonnables conseillers départementaux de sa majorité vivent dans un monde où l’on peut continuer à faire circuler toujours plus de véhicules diesel et de camions, quitte à engloutir l’essentiel de nos capacités d’investissement dans la construction de nouvelles routes au détriment des alternatives.
  • Je vis dans un monde qui est en train de perdre une part considérable de sa biodiversité avec la disparition de millions d’espèces vivantes et où l’on vient d’apprendre que même les girafes pourraient ne pas survivre au mode de vie des humains et rejoindre les dinosaures dans un futur bestiaire imaginaire (ci-dessous, des girafes, fuyant le réchauffement de l’Afrique, franchiraient la Loire sur un pont qui aurait largement contribué au dit réchauffement).
    Mais j’ai l’impression que Hugues Saury et les très raisonnables conseillers départementaux de sa majorité vivent dans un monde où il faut bien continuer à se nourrir de pesticides pour assurer la croissance du PIB. Un monde où les paysans se suicideraient, non pas parce qu’on leur demande de se comporter en industriels déconnectés de la nature et rémunérés par des subventions plutôt que par la vente de leurs produits, mais parce que l’État leur imposerait trop de règlementations sanitaires s’ajoutant à des aléas climatiques que l’on impute un peu vite à la seule fatalité.

Voilà pourquoi cette session budgétaire m’a paru si semblable aux huit que j’ai connues depuis mon élection et si peu propice à répondre aux premières nécessités, présentes et futures, des Loirétaines et des Loirétains.

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