Au pays de la « réalité de terrain », les aveugles sont rois

Petite note de l’auteur : pour commencer, il me faut m’excuser pour le rythme peu soutenu de mes publications et aussi pour la petite panne qui a placé ce blog aux abonnés absents pendant quelques jours. Ayant réparé la connexion, je reprends le clavier pour mon habituel compte-rendu des séances du Conseil départemental, lequel se réunissait en session plénière jeudi et vendredi derniers.

La seule chose vraiment originale durant ces deux jours, ce fut la question du contrat à signer (ou pas) avec l’État dans le cadre des propositions gouvernementales de réductions des dépenses publiques. Pour le reste, notre assemblée a continué ses travaux sur sa lancée, non sans manifester sa traditionnelle autosatisfaction. « Ça fait un peu cocorico de l’affirmer, mais nos routes sont bien entretenues », entendra-t-on par exemple dans l’hémicycle. À quoi s’ajoute toute la flagornerie des titres des rapports adoptés, tels que : « Le Département, partenaire constant de tous les sportifs », « Le Département, acteur incontournable de la réussite scolaire des jeunes du Loiret » ou encore « Le Département premier partenaire des communes et des EPCI pour l’aménagement du territoire ».

Malheureusement, avec cette obsession pour « l’aménagement du territoire », l’autosatisfaction départementale se porte prioritairement sur les infrastructures programmées ou réalisées dans le Loiret. La célébration en était même inscrite à l’ordre du jour, en conclusion de la session. Ce fut cette constance dans une politique favorisant les camions et les voitures qui entraîna l’essentiel de mes interventions pour m’y opposer encore et encore. Malheureusement, malgré quelques frémissements de compréhension et même de soutien discret ou involontaire de quelques uns de mes collègues, je demeurai bien seul, au moment des votes, à choisir la transition écologique contre l’aveuglement des partisans des voitures et camions à tout crin.

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Le détail d’un budget vraiment pas « durable »

Il y a quelques jours, je résumais ici le vote du budget survenu lors de la session plénière du Département. Comme à mon habitude, il me faut maintenant reprendre en détail les débats auxquels j’ai participé au cours des séances des 29 et 30 mars. L’examen de chaque thématique du budget, son vote et enfin une série de décisions de moindre « envergure » ont en effet occupé ces deux journées.

Pour le budget, il est clair que la question des dépenses routières aura été la plus clivante. Sur ce point, malheureusement, je demeure isolé face aux rêves d’expansion infinie des infrastructures qui motivent plus mes collègues que la lutte contre la pauvreté.

Pour le fonctionnement des collèges comme pour la plupart des politiques sociales du Département, la « vision comptable » qui continue de prévaloir empêche de mesurer clairement les besoins et d’y répondre de façon pertinente. Ainsi, ouvrir de nouveaux établissements d’accueil d’enfants handicapés reste un mirage tandis que certains parents galèrent toujours et doivent parfois chercher la solution jusqu’en Belgique.
Le plan départemental de cohésion sociale, comme bien d’autres textes de programmation des politiques publiques locales, semble voué à s’écraser contre le mur comptable. Il faut dire que les mesures gouvernementales de (non)financement des départements ne facilitent pas les choses, même dans un département ayant de fortes ressources comme c’est le cas du Loiret.

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Un budget conçu pour rester dans « l’ancien monde »

Le Conseil départemental du Loiret a adopté la semaine dernière son budget pour l’année 2018 sans sourciller … ou presque. Mes collègues socialistes avaient choisi de s’abstenir tandis que, pour des raisons que je vais développer ici, j’ai voté contre ce budget qui me paraît « orienté selon un modèle ancien ».

Mon argumentaire ciblait tout particulièrement les investissements consacrés à l’accroissement du réseau routier et par conséquent l’attraction de camions sur nos routes et l’encouragement à l’usage de la voiture individuelle. Tout cela va à l’encontre de la transition écologique qui fait pourtant l’unanimité dans les discours.

Ce que me répondit le président Gaudet fut éloquent : il se référa aux « anciens » qui eurent, au siècle dernier, « la sagesse » de créer un bon réseau routier, par exemple en construisant la tangentielle autour d’Orléans. « C’est à nous, comme nos anciens, de construire des routes aujourd’hui », conclut-il. Il avouait ainsi très clairement que son modèle de société est resté bloqué dans le passé, à peu près dans les années 70.
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Soutenons des agriculteurs bien de chez nous

En plein salon de l’agriculture, un petit supplément avait été ajouté à la récente session plénière du conseil départemental, consacrée aux orientations budgétaires 2018, dont j’ai parlé ici-même la semaine dernière. Il s’agissait du vote d’une motion relative à la nouvelle carte des zones défavorisées en agriculture.

C’est en effet un sujet qui agite depuis plusieurs mois certains agriculteurs du Loiret qui ont vu leur exploitation sortir des zones considérées comme difficiles à cultiver et donnant lieu à des subventions. Parce que quelqu’un a décrété que les frontières départementales étaient pertinentes pour redéfinir les terres agricoles plus ou moins favorables, la Sologne, par exemple, reste défavorisée (et aidée) dans le Loir-et-Cher mais pas dans le Loiret. On comprend que ceux qui perdent des aides financières dans cette affaire en aient conçu quelque rancoeur contre la bureaucratie.

C’est ainsi que les agriculteurs du Loiret ont décidé de mener plusieurs actions d’éclat ces derniers temps.
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Des voitures électriques pour justifier un pont qu’elles rendraient totalement superflu

Comme je l’indiquai hier dans un communiqué, le conseil départemental examinait ce matin son rapport d’orientation budgétaire au cours d’une brève séance plénière.

Ce fut bien sûr l’occasion pour moi de dénoncer les travers déjà repérés dans ces orientations, à savoir l’accélération des dépenses d’investissement par un endettement dangereux. Et cela pour des projets routiers à contre-sens de la transition énergétique.
Il me fut répondu que l’on aurait toujours besoin de routes et qu’elles n’apporteraient pas de pollution supplémentaire puisque les véhicules seraient bientôt presque tous électriques. Sauf que les cent millions d’euros promis à la seule déviation de Jargeau ne sont justifiés, paraît-il, que par les nuisances sonores et atmosphériques des véhicules qui passent en centre-ville. Autrement dit, si les véhicules électriques devenaient la norme, plus besoin de cette déviation qui ravage l’environnement ligérien. Mais la majorité départementale n’est jamais à une contradiction près.
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