Une commission permanente très martiale mais qui manque de « cohérence »

Dans le cadre des réunions décentralisées du Conseil général, la commission permanente de ce mois de septembre se tenait dans la commune d’Olivet. Peut-être que cette petite ville est dans le besoin et n’avait pas trouvé de salle municipale à mettre à disposition du Département car c’est le 12ème régiment de cuirassiers qui fut mobilisé pour nous accueillir. Comme le fit remarquer le Président, ça permet d’avoir plein de jeunes gens bien sympathiques plantés tous les vingt mètres pour nous indiquer le chemin et en plus ils disent bonjour avec le sourire et la mitraillette en bandoulière. De mon côté, bien qu’objecteur de conscience, pacifiste et antimilitariste convaincu, je me fis un devoir de dire également bonjour avec le sourire – et sans mitraillette – à tous ces jeunes désoeuvrés : je crois qu’il vaut mieux qu’ils soient à Olivet qu’en Syrie avec leurs chars, d’autant que Bachar-el-Assad possède peut-être les mêmes chars « made in France ».
Semaine de la mobilité oblige, j’étais venu en vélo, prenant le risque d’arborer des messages aussi peu virils que le célèbre soleil affichant « Nucléaire ? Non merci. »

Le conflit latent sur les PPP étant remis à la semaine qui vient, les hostilités se déclenchèrent lorsque l’on examina l’avis du Conseil général sur les schémas de cohérence territoriaux (SCoT) qui sont en cours de préparation autour de l’agglomération d’Orléans. Les SCoT sont des documents de planification des évolutions territoriales en matière d’habitat, déplacements et environnement, vues sous un angle de développement durable.

Il y a près de dix que la communauté d’agglomération en a élaboré un en le limitant aux 22 communes qui la composent. Depuis, les trois autres aires urbaines du Loiret (Pithiviers, Gien et Montargis) se sont dotées ou vont se doter d’un SCoT. Comme ce document devient essentiel pour préparer l’avenir des territoires, les communes qui entourent l’agglo d’Orléans sont elles aussi sur le point d’élaborer leur SCoT. Or, en dépit d’une cohérence territoriale évidente qui lie tout le bassin de vie et d’emploi de l’Orléanais, ce sont trois nouvelles zones qui ont été retenues (les Pays) pour faire trois nouveaux schémas de cohérence en plus de celui de l’agglo. Bien entendu, tout le monde est conscient que le territoire de ces Pays se définit par ses rapports avec le pôle urbain mais, sans doute pour ne pas perturber monsieur Lemaignen, personne n’ose dire qu’il faudrait réfléchir tous ensemble dans le bassin d’Orléans. C’est ainsi que le Conseil général, consulté pour avis, va se contenter d’entériner la position des 99 communes concernées, désireuses (ou contraintes) de travailler sur des schémas distincts.

Voici l’intervention que cela m’inspira :

Et c’est alors que l’artillerie se déclencha, comme si, sollicité pour donner un avis, le simple fait de ne pas énoncer le même que la majorité était une insulte à la démocratie.
Le canonnier en chef fut Jean-Noël Cardoux qui n’avait manifestement pas pris la peine d’essayer de comprendre mon point de vue et se hâta de me qualifier d’« idéologue », reprenant son idée fixe selon laquelle quelqu’un qui ne cumule pas une bonne poignée de mandats électifs depuis quelques dizaines d’années ne serait pas digne d’exprimer une opinion. « Il y a 99 maires qui ont voté pour faire ces 3 SCoT, comment pouvez-vous aller contre ces élus ? » me dit-il en feignant de croire que les 41 conseillers généraux, dont la loi prévoit qu’ils émettent un avis départemental, ne seraient pas eux-mêmes des élus locaux. Il poursuivit donc en me déniant la capacité de comprendre la ruralité, celle qu’il prétend côtoyer sur ses terres (à la chasse ?) … du moins quand il n’est pas au Sénat ou occupé à une autre fonction. Bien entendu, il n’avait pas voulu entendre que je ne réclamais tout au plus qu’un avis réservé et non pas défavorable. J’avais bien suggéré un tel avis défavorable à un stade antérieur du débat mais cela n’était plus pertinent désormais.
J’eus à subir ensuite les tirs en rafale de Xavier Deschamps, Claude Bourdin, Hugues Saury, Clément Oziel ainsi que du président lui-même. Tous insistèrent sur les relations entre l’agglomération et le territoire qui la ceinture, habité de diverses petites villes qui sont autant de pôles secondaires à préserver d’une éventuelle absorption. Tous brandirent la nécessaire « autonomie » des petites communes qui ont décidé de faire leur cohérence territoriale dans leur coin. Tous tentèrent d’entretenir l’illusion de la démarche Inter-SCoT de ces trois Pays, comme si un Beauceron se souciait plus de la Sologne que d’Orléans. C’est ainsi que, fâché avec la création des « métropoles » par le gouvernement, Eric Doligé alla jusqu’à contester la notion d’aire urbaine utilisée par l’INSEE, un organisme dont les experts feraient « ce qu’on leur dit de faire ».

Je repris donc la parole pour confirmer mon parfait accord avec eux pour ne pas accroître l’étalement de l’agglo et s’opposer à quelque absorption que ce soit. Mais je redis ma conviction que l’on y arrivera précisément par l’élaboration d’un schéma de cohérence territoriale unique et commun aux 22 communes de l’agglo et aux 99 communes des Pays qui l’entourent. Cela n’a aucun sens de penser l’évolution des modes de vie autour de Châteauneuf-sur-Loire, Neuville-aux-Bois, Meung-sur-Loire ou La-Ferté-Saint-Aubin sans structurer la relation de ces territoires avec Orléans. Comment imaginer que l’avenir d’un habitant de Donnery ou même de Bouzy-la-Forêt dépend plus de ses liens avec Jargeau qu’avec Orléans ? Or, le SCoT est précisément un travail sur la cohésion à trouver entre tous. C’est LE document qui doit traiter de l’autonomie de chaque commune face à la ville centre.

Enfin, je m’étonnai aussi de voir que, dans une assemblée qui persiste à octroyer des subventions à la recherche en dépit de l’absence de compétence des départements en la matière, on fasse si peu de cas des résultats de la recherche, justement. Car, outre l’INSEE avec son aire urbaine d’Orléans étendue bien au-delà de la communauté d’agglomération, on peut se référer utilement aux travaux de géographes tels que Jacques Levy qui montre que la ruralité est devenue un mythe en France. Et oui, notre territoire est si dense, ses habitants si mobiles et leurs goûts si uniformisés qu’il ne reste pas grand chose de ces braves paysans d’antan qui fascinent les conseillers généraux les plus conservateurs. Jean-Noël Cardoux me donna d’ailleurs raison en tentant de me contredire puisqu’il vanta la singularité de Sully-sur-Loire par rapport à l’aire urbaine en se prévalant de tous les « rurbains » qui s’y installent. La preuve, s’il en fallait, que ce ne sont plus des « ruraux » qui peuplent les campagnes.

Finalement, la chambre d’enregistrement que nous constituions donna un avis conforme, c’est à dire une absence d’avis, à l’unanimité moins une abstention de ma part.

Par la suite, et bien qu’ayant encaissé ma dose en matière d’obus, j’enfilai à nouveau ma cuirasse pour intervenir à propos du barrage du Veurdre. Encore un sujet sur lequel l’exécutif départemental est peu averti des données les plus récentes puisque je fus le seul conseiller général à participer, cette semaine, au 7ème rendez-vous entre chercheurs et gestionnaires travaillant sur la Loire. Je rappelai donc que, si utile qu’il soit, l’ouvrage écrêteur envisagé sur le site du Veurdre est à la fois la plus coûteuse et la moins essentielle de toutes les mesures prévues par le Plan Loire grandeur nature pour nous protéger d’une crue du fleuve.

Plus tard, je votai contre l’acquisition d’une ferme destinée à être détruite par le Conseil général s’il parvenait malheureusement à construire un nouveau pont entre Mardié et Darvoy. Je fis également une proposition relative à l’amélioration de la qualité thermique des logements (j’y reviendrai sans doute) et je soulignai les désagréments endurés par les riverains de la tangentielle alors que nous débattions d’un futur « plan de prévention du bruit ».

Je vous rassure tout de suite, je fus le plus acharné à débattre de ces quelques sujets et si mes interventions provoquèrent à elles seules autant de ralentissements que toutes celles des autres conseillers réunis, cette commission permanente examina néanmoins les 68 rapports qui lui étaient soumis en à peine plus de deux heures. Cela me laissa le temps de reprendre mon vélo pour rentrer et vaquer à d’autres occupations tandis que mes collègues s’attardaient au milieu des chars pour un repas convivial et des démonstrations authentiquement martiales.

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