Des trains pour tous !

L’actualité ferroviaire nous ramène un débat qu’on croyait enterré : faut-il une ligne grande vitesse (LGV) pour mieux desservir notre région ?

Le Conseil général veut en effet adopter à la fin du mois une nouvelle délibération en faveur de la LGV baptisée Paris-Orléans-Clermont-Lyon (POCL) en essayant de défendre le tracé le plus aberrant. En effet, les élus majoritaires persistent à ignorer les besoins de proximité des Loirétains et se focalisent encore sur les promesses de compétitivité, rayonnement et attractivité, ces fadaises qui permettent de justifier n’importe quel grand projet inutile et imposé (GPII, c’est le sigle qu’on retient par exemple pour le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes). En fait, seuls les écologistes voient les choses autrement.

Cela m’a donné l’occasion de développer nos propositions dans le journal régional de France 3 de mardi. Avec deux arguments qui commencent à faire leur chemin même chez les grands bâtisseurs invétérés : d’une part on se rend compte que la SNCF et Réseau ferré de France (RFF) ne s’intéressent qu’à la liaison Paris-Lyon et pas du tout à Orléans ou Clermont-Ferrand ; d’autre part, il faut bien reconnaître qu’à part les clients de cette liaison Paris-Lyon, personne n’est à 10 minutes près pour se déplacer à travers le Massif Central.

Interview sur France 3 par Solercg45

L’ensemble du journal de France 3 sera disponible pendant quelques jours et la question commence à être traitée après 7 minutes et demi.

Je voudrais développer mes propos en revenant d’abord sur les vieux arguments qui ne pouvaient être répétés dans cette interview, et pourtant ils sont importants.

D’abord, comme tous ces projets grandioses d’infrastructures nouvelles, il faut rappeler qu’une nouvelle ligne grande vitesse nécessiterait le sacrifice de milliers d’hectares de terres agricoles, en particulier en Île-de-France où elles sont si utiles pour nourrir la population locale.

Ensuite, ce sont également de très grandes surfaces d’espaces naturels qui disparaîtraient ou qui seraient coupés par une barrière que les espèces vivantes franchissent difficilement. On sait pourtant que les trames vertes sont indispensables pour préserver la biodiversité. Toute infrastructure linéaire est un handicap supplémentaire pour ceux qui s’efforcent de garantir les équilibres nécessaires aux animaux dont, on l’oublie parfois, on ne peut exclure l’espèce humaine.

Mais pour en revenir au débat en cours, il s’agit pour le Conseil général du Loiret, comme pour nombre de collectivités locales, d’entretenir l’illusion que la LGV POCL représente un horizon pour les territoires traversés et pour les populations qui y vivent. Illusion parce qu’il s’agit tout de même de 15 milliards d’investissements dont au moins 12 à fond perdus pour le collectivités. Bien malin qui pourra dire d’où sortiront ces sommes … à moins de croire encore à une autre illusion, celle de la croissance qui « va revenir » ;-).

Mais même si l’argent coulait à flot dans les caisses de l’Etat, des Régions et des Départements, l’illusion demeurerait car il est désormais impossible de croire que cette nouvelle voie à grande vitesse servirait d’autres clients que ceux qui font le trajet Paris-Lyon. Le projet de délibération du Conseil général du Loiret l’exprime ainsi : « pour l’heure, RFF privilégie la logique économique de doublement de la ligne actuelle comme le démontrent les éléments de restitution présentés à Paris, à Bourges et sur le site de la concertation publique. » C’est qu’il y a en effet un besoin, modeste mais réel, lié à une saturation possible, sur un noeud du parcours seulement, de la ligne existante entre Paris et Lyon. Pour répondre à ce besoin RFF propose de traverser le centre du pays mais c’est seulement pour essayer d’obtenir des milliards de financements de la part des collectivités locales (j’estime que les contribuables loirétains pourraient laisser un milliard d’euros dans cette affaire). Nos élus locaux restés au XXe siècle voient dans le passage de trains à grande vitesse un simple argument commercial à faire valoir auprès des investisseurs étrangers. Nous ne serions pas des ploucs puisque nos vaches verraient passer des trains ultrarapides. Comme si l’avenir des populations locales reposait sur l’opinion des investisseurs étrangers, en admettant même que ceux-ci soient dupes de « l’image positive et du TGV ». Nous n’avons pas besoin de rayonnement international mais de relocalisation de l’économie.

Le vrai besoin pour notre territoire, c’est d’assurer des transports efficaces et abordables entre les centres urbains régionaux. Offrir des solutions pertinentes à la masse des travailleurs qui effectuent des trajets pendulaires domicile-travail. Cela passe par des exigences en terme de desserte et de fréquence. Pas seulement un train vers Paris le matin et retour le soir mais un vrai réseau qui n’oublie personne et permette d’aller de Bourges à Clermont comme de Châteauroux à Orléans. Il faut que les trains deviennent des espaces de vie ou de travail confortables pour qu’ils concurrencent l’automobile plutôt que de miser sur la moindre minute grappillée pour concurrencer l’avion. Mais bien sûr, on ne peut en rester aux lignes actuelles et aux vitesses modestes qui découragent. C’est pour cela que les élus écologistes des six régions concernées (Île-de-France, Centre, Bourgogne, Limousin, Auvergne et Rhône-Alpes) ont esquissé une alternative suffisamment solide pour que l’on puisse l’étudier à fond avant de dépenser 15 milliards pour la LGV POCL. Cette alternative repose sur la rénovation ou la reconstruction des lignes existantes pour améliorer la vitesse sans viser les records et en passant au coeur des villes. On y ferait circuler des trains à haut niveau de service (THNS) comme il en existe en Suisse par exemple. On pense que cette solution coûterait au moins 3 fois moins cher que la LGV et transporterait plus de voyageurs de nos territoires dans des conditions bien plus confortables qu’aujourd’hui. Les forcenés du Paris-Lyon en 2h et tarif de luxe pourraient rester sur la ligne actuelle entre ces deux métropoles. Tout ce que vous devez savoir sur cette alternative se trouve sur le site des élus EELV de la région Centre. On y trouve notamment une brochure très convaincante.

Malgré ces propositions, RFF fait semblant d’entretenir le débat entre deux tracés à travers le Loiret. Les conseillers généraux vont donc à nouveau se disputer pour savoir s’il faut passer près de Gien et « oublier Orléans » (tracé médian) ou s’approcher d’Orléans et cisailler la Sologne (tracé Ouest). La dernière fois le vote avait donné une égalité parfaite entre les deux options. Il faut dire qu’à part les écolos, chacun avait voté pour le tracé qui passerait près de son canton. Alors qu’il est de plus en plus évident que les TGV ne feront pas de halte, ou si peu, dans le Loiret. Comme je l’ai expliqué plus haut, RFF préfère le tracé médian qui permet de foncer de Paris à Lyon en ignorant Orléans et sans daigner desservir Gien, cela va de soi. Alors le conseiller général du canton de Meung-sur-Loire est prêt à tout pour continuer à rêver de prendre le TGV près de chez lui. A tel point que l’on peut lire dans son projet de délibération qu’un « écart de 10 minutes représente bien souvent la simple marge d’incertitude horaire des réseaux SNCF et LGV et ne constitue certainement pas à cet égard un élément discriminant pour un passager … ». On ne saurait mieux vanter le choix des écologistes d’économiser 10 milliards en acceptant d’aller moins vite dans des trains plus confortables et qui, eux, s’arrêteraient chez nous.

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