Des voitures électriques pour justifier un pont qu’elles rendraient totalement superflu

Comme je l’indiquai hier dans un communiqué, le conseil départemental examinait ce matin son rapport d’orientation budgétaire au cours d’une brève séance plénière.

Ce fut bien sûr l’occasion pour moi de dénoncer les travers déjà repérés dans ces orientations, à savoir l’accélération des dépenses d’investissement par un endettement dangereux. Et cela pour des projets routiers à contre-sens de la transition énergétique.
Il me fut répondu que l’on aurait toujours besoin de routes et qu’elles n’apporteraient pas de pollution supplémentaire puisque les véhicules seraient bientôt presque tous électriques. Sauf que les cent millions d’euros promis à la seule déviation de Jargeau ne sont justifiés, paraît-il, que par les nuisances sonores et atmosphériques des véhicules qui passent en centre-ville. Autrement dit, si les véhicules électriques devenaient la norme, plus besoin de cette déviation qui ravage l’environnement ligérien. Mais la majorité départementale n’est jamais à une contradiction près.

Avant d’en arriver à ce débat, le président Marc Gaudet avait ouvert la séance par le traditionnel panorama d’actualité et les tout aussi traditionnelles récriminations contre l’État qui prive le Département des ressources dont il aurait besoin, gna gna gna, gna gna gna …
Cela ne l’empêcha pas de souligner malgré tout la bonne santé financière du Département du Loiret (un des plus favorisés de France, ne l’oublions pas).

C’est ainsi qu’il insista sur les grands ouvrages routiers déjà réalisés ou entamés dans ce mandat comme l’aménagement de l’échangeur de la tangentielle à Chécy. Puis il vanta les projets à venir et, bien entendu, la très coûteuse déviation de Jargeau. Négligeant de dire que ce projet est bloqué jusqu’à nouvel ordre par une décision de justice qui a condamné les pratiques illégales du conseil départemental, Marc Gaudet se montra réjoui d’un résultat inverse dans une seconde procédure : en effet, le tribunal administratif a jugé inutile de prendre une seconde décision d’arrêt du chantier et a imposé une pénalité de 500 euros à l’association Mardiéval pour les frais de justice. Mais, manifestement, le riche Département du Loiret n’a pas besoin qu’on l’indemnise de ses frais de justice puisque le président a proposé de reverser la somme à … une association de protection de l’environnement. Tout le monde a aussitôt pensé qu’il serait cocasse, tout simplement, de rendre l’argent à Mardiéval dont l’essentiel de l’activité est tout de même de défendre la biodiversité et de la faire connaître, notamment en retransmettant en ligne les images des balbuzards qui reviennent chaque année nicher dans les bois de Latingy.

Après cette présentation un peu contradictoire, c’est le président de groupe politique de la majorité, l’ancien président départemental Hugues Saury, qui occupa le terrain avec de copieux commentaires de l’actualité, parfois relevant de son mandat de sénateur et parfois juste redondants avec le discours de son successeur à l’échelon départemental. Curieusement, dans ses développements à propos des choix gouvernementaux, il s’emmêla un peu les pinceaux à propos des suppressions de postes de fonctionnaires. Dans un premier temps, Hugues Saury donna l’impression de déplorer qu’on ne se débarrasse pas d’un plus grand nombre d’agents du service public. Pourtant, il rectifia presque aussitôt en soulignant que rien ne prouve que ces services publics, s’ils étaient transférés à la sphère privée, seraient « moins coûteux ou plus performants ». Nous perdrions « l’universalité et l’égalité » d’accès à ces services, ajouta-t-il, « mais tout de même », conclut-il, il faut supprimer plus de fonctionnaires.

Peu après, Christophe Chaillou releva ces contradictions mais n’obtint guère de précisions sur ce qu’Hugues Saury souhaite réellement en matière de service public.

Après la présentation des orientations budgétaires par Pauline Martin, frustrée que les précédentes interventions lui aient un peu coupé l’herbe sous le pied, Christophe Chaillou développa les arguments du groupe socialiste et écologiste. Il affirma sa satisfaction du haut niveau d’investissement envisagé – on peut toutefois avoir un débat sur la nature des investissements, glissa-t-il – mais insista pour que cela ne se fasse pas au détriment des actions de solidarité indispensables et inscrites dans les compétences fondamentales des départements. Après avoir donné des exemples de ces secteurs sociaux où la collectivité risque de se montrer défaillante avec de graves conséquences humaines, Christophe Chaillou s’inquiéta aussi de la nouvelle baisse annoncée des dotations des collèges.

L’exécutif lui répondit en niant cette baisse ou en l’attribuant à des transferts de charges survenus les années précédentes. Il ne s’agirait donc que de mieux expliquer les choses ou mieux communiquer. Pourtant la diminution des moyens accordés à l’éducation, aussi légère soit-elle, est inscrite noir sur blanc dans le rapport d’orientation budgétaire. On y lit que, une fois décompté le bonus accordé aux collèges privés à la suite d’une jurisprudence nationale en leur faveur, « la dotation aux collèges est en baisse de 0,2% ».

Comme je pris la parole juste après cette controverse où nos collègues de la majorité ne semblaient même pas connaître les choix qu’ils nous proposaient, je fis d’abord une réponse sur ce sujet.


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Après quoi j’enchaînai en mettant en perspective les orientations budgétaires elles-même et leur inclinaison si favorable aux déplacements et transports routiers alors que ce vendredi de février était marqué par une grave pollution atmosphérique dans le Loiret.


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C’est à ce moment-là que Marc Gaudet m’opposa la future prédominance des véhicules électriques comme engagement de voir diminuer les pollutions. En quoi il feint d’ignorer que l’électricité n’est pas disponible à l’infini et qu’il est très improbable qu’elle soit produite en quantité sans impacts plus ou moins dramatiques sur l’environnement et/ou sur le climat, ainsi que je venais pourtant de le suggérer. En outre, comme je l’écrivais en introduction de ce compte-rendu, si vraiment les véhicules deviennent non-polluants, à quoi bon se ruiner pour les détourner du centre-ville de Jargeau ?
Marc Gaudet conclut pourtant sa réponse en reprenant la liste des investissements routiers qu’il juge indispensables, aussi bien pour des raisons de sécurité, comme pour l’échangeur de Chécy, que, « bien sûr », lorsque l’on projette un nouveau pont à Jargeau pour le bien de « cette population soumise à la pollution ».

Un peu plus tard, après que Pauline Martin eut évoqué les efforts du Département pour que ses propres bâtiments soient à la norme basse consommation, le président Gaudet revint à la charge en se félicitant de « mettre de plus en plus d’argent sur le cyclable » grâce à une politique très active en ce domaine. Voilà une affirmation que je ne manquerai pas de répéter aux cyclotouristes qui attendent, comme moi, depuis près de 10 ans, une réponse à la demande d’un petit kilomètre de voie cyclable le long de la départementale 960.

Enfin, une fois que l’assemblée eut pris acte du débat sur les orientations budgétaires – le vote sur le fond étant prévu fin mars – il nous fut proposé d’examiner un voeu en faveur des agriculteurs du Loiret. J’y reviendrai dans un prochain billet de ce blog.

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