Un budget conçu pour rester dans « l’ancien monde »

Le Conseil départemental du Loiret a adopté la semaine dernière son budget pour l’année 2018 sans sourciller … ou presque. Mes collègues socialistes avaient choisi de s’abstenir tandis que, pour des raisons que je vais développer ici, j’ai voté contre ce budget qui me paraît « orienté selon un modèle ancien ».

Mon argumentaire ciblait tout particulièrement les investissements consacrés à l’accroissement du réseau routier et par conséquent l’attraction de camions sur nos routes et l’encouragement à l’usage de la voiture individuelle. Tout cela va à l’encontre de la transition écologique qui fait pourtant l’unanimité dans les discours.

Ce que me répondit le président Gaudet fut éloquent : il se référa aux « anciens » qui eurent, au siècle dernier, « la sagesse » de créer un bon réseau routier, par exemple en construisant la tangentielle autour d’Orléans. « C’est à nous, comme nos anciens, de construire des routes aujourd’hui », conclut-il. Il avouait ainsi très clairement que son modèle de société est resté bloqué dans le passé, à peu près dans les années 70.

Mais voyons un peu comment s’est déroulé cette session.

Elle avait débuté ce mercredi 28 mars par un hommage aux victimes du terrorisme dans l’Aude. Au moment de la cérémonie en l’honneur du colonel Beltrame, nous observâmes donc une minute de silence. Le président Marc Gaudet avait auparavant souligné les mérites de ce gendarme, mort en sauvant une otage.

Bien entendu, il avait aussi présenté les enjeux de ces trois journées de session plénière en insistant bien sûr sur le vote du budget 2018 qu’il qualifia de « responsable et d’envergure ». Il dénonça la contractualisation imposée par l’État, à sens unique et sans tenir compte des « années d’étranglement » qui ont précédé. Tout cela pouvant conduire à une perte totale d’autonomie fiscale des Départements. Plusieurs membres de la majorité renchérirent « à l’unisson » sur ce thème, évoquant à juste titre une forme de « recentralisation ».

Dans ce contexte, Marc Gaudet se vanta du haut niveau d’investissement inscrit au budget avec efforts en direction de l’environnement et la préservation de la nature. Une politique environnementale d’autant plus méritoire que, selon lui, elle serait facultative. Moyennant quoi, il omet la petite dizaine de millions que le Département prélève pour les espaces naturels sensibles et qu’il a l’obligation de consacrer à leur préservation, leur entretien ou leur valorisation (bien qu’il m’arrive de douter que ce soit toujours le cas).

Dans la foulée, tout en se tournant vers moi, il prit le parti d’énoncer une longue liste d’efforts entrepris pour sauver la nature dans le cadre du projet de déviation de Jargeau. Ce projet aberrant doit engloutir l’équivalent d’une année des investissements départementaux et avec un nouveau pont sur la Loire il va forcément avoir un impact non négligeable sur l’environnement. Toutes les mesures coûteuses qui devraient être prises pour compenser cet impact ne sont donc pas des cadeaux faits à la nature mais une tentative absurde de réparer les dégâts. Ce qui est voué à l’échec quand on crée une infrastructure dont l’existence même est un encouragement à polluer davantage.
Et même si le Département du Loiret prétend aller au-delà des exigences légales en matière de compensations environnementales, cela reste encore à démontrer alors que la Justice a stoppé les travaux pour non-respect de ces exigences environnementales. Bref, Marc Gaudet voit la protection de la nature avant tout comme une contrainte et, s’il n’y avait jamais eu d’écologistes pour faire évoluer les lois, nul doute qu’il préférerait bitumer sans égard pour le vivant.

Je décidai d’exposer ma propre analyse de ce projet de budget, non seulement mon inquiétude de voir les investissements anti-écologiques se multiplier mais aussi ma préoccupation face à la relance de la dette départementale pour financer l’ensemble des projets. Je pris ainsi la parole quelques instants seulement après que, avec toute l’assemblée et les agents du Département, nous ayons rendu hommage au colonel Beltrame.


télécharger

Marc Gaudet me répondit sur les questions agricoles en mettant en avant que, agriculteur lui-même, il avait bel et bien constaté la disparition des oiseaux. Toutefois, selon lui, s’il y a eu une agriculture néfaste « par le passé », aujourd’hui, miracle, cette activité « respecte l’environnement ». Et puisque « l’agriculture française fait des efforts, il faudrait qu’ils soient partagés par les autres pays, y compris en Europe ». Nous sommes priés de ne pas rire quand un grand céréalier beauceron nous dit que l’agriculture française est ce qui se fait de mieux pour l’environnement …

En ce qui concerne la dette, je l’avais évoquée parce que, sur le papier, le budget va l’accroître considérablement, la faisant passer de 400 à 460 millions d’euros. C’est Pauline Martin, première vice-présidente en charge des finances, qui tenta de me convaincre de ne pas trop m’inquiéter à ce sujet. Selon elle, les emprunts inscrits au budget ne seront pas tous nécessaires car il est probable que tous les investissements annoncés ne se feront pas vraiment dans l’année. Curieux argument qui semble avouer, avant même de le voter, que ce budget ne serait pas tout à fait sincère quant à son ambition de dépenser plus de 150 millions en investissements.
Plus tard, en réunion de la commission des finances, on m’assurera que non, que nous allions « tout faire pour » réaliser tous les investissements promis. Ce à quoi j’objecterai que cela revient donc à « tout faire pour » que la dette s’accroisse dangereusement. Et l’on me concédera à nouveau que « tout faire pour » ne signifie pas que l’on va vraiment dépenser autant que prévu. Je trouve cela un peu facile, quand même, de proclamer à tout va que l’on va mener plein de projets, puis, lorsque l’on vous reproche que cela soit financé par de l’endettement, d’avouer en catimini que non, en fait, on a affiché plus de dépenses que ce qui sera réellement engagé.

Enfin, la séance du mercredi s’acheva toujours sur la question du pont de Jargeau et du comptage des manifestants pour ou contre le projet. Je gardai mes commentaires pour le lendemain et, de fait, pour un prochain billet sur ce blog.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *