Etat policier (2)

Ah le bon M Hortefeux !

Il y a trois mois à peine, je commentais ici sa proposition de réintroduire la notion de vengeance dans la manière d’administrer la Justice.

Toujours d’attaque pour se mêler d’un Ministère qui, fort heureusement, lui échappe encore, Brice Hortefeux n’a pas raté l’occasion de venir au secours de policiers lourdement condamnés.  Et qu’ont-ils fait, ces braves fonctionnaires ? Eh bien, ils se sont simplement mis d’accord pour faire ensemble un faux témoignage permettant d’accuser d’un crime particulièrement grave un homme qu’ils savaient innocent de  cet acte … et pour cause, les vrais responsables étaient eux-mêmes policiers (cf. Le Monde).

Et notre Ministre de l’Intérieur de s’indigner : comment ? la police n’aurait pas le droit de faire des faux témoignages pour enfoncer un présumé coupable ? il faudrait que les gens soient présentés à des juges pour des actes qu’ils ont vraiment commis et dont on a la preuve ? Allons, ce n’est pas ainsi que les policiers pourront travailler sérieusement. Comment voulez-vous que les voyous craignent la police s’ils ne peuvent pas se dire qu’à tout moment celle-ci a le pouvoir d’embastiller qui bon lui semble, de le tabasser et même le rançonner au besoin ? Ah, au Chili, sous Pinochet, on ne s’embêtait pas avec de tels états d’âme. Et en U.R.S.S., vous croyez qu’ils avaient besoin d’un procès pour envoyer les gens au Goulag ? Oui, bien sûr, il y a parfois des bavures avec de tels systèmes. Mais que voulez-vous, on ne fait pas d’omelette sans casser les oeufs.

Vous croyez sans doute que j’exagère. Après tout, la victime des faux témoignages n’était peut-être pas un enfant de choeur. Mais attendre de la force armée en charge de la tranquillité publique qu’elle soit elle-même irréprochable dans l’exercice de ses fonctions, est-ce trop demander ? Donner à chaque policier un pouvoir discrétionnaire, quasiment de vie ou de mort, sur tout citoyen, n’est-ce pas prendre le risque de faire de la bavure la règle ? A ce rythme-là, combien d’adolescents verra-t-on opportunément s’accuser de cambriolages douteux chez des journalistes ou chez une ancienne candidate à l’élection présidentielle ? Combien de témoins de campagnes électorales illégales ou de marchés d’armement fructueux verra-t-on perdre subitement la mémoire ? Bref, combien d’affaires Dreyfus en perspective ?