Retour sur une rentrée très communicative

La rentrée scolaire 2014 a donné lieu à une grande campagne de promotion du Conseil général du Loiret qui mérite d’être relativisée.
Oui, le Conseil général mène depuis 30 ans un renouvellement régulier des bâtiments des collèges du Loiret selon la compétence qui lui a été déléguée. L’investissement a été et reste considérable en la matière, pour le plus grand bien des jeunes qui étudient ainsi dans de meilleures conditions.
Mais les deux collèges neufs livrés cette année tout comme les trois qui suivront en 2015 ont plus que jamais été payés à crédit. Le partenariat public-privé (PPP) qui regroupe ces investissements va peser durablement sur l’équilibre financier de notre collectivité dont la dette est bien au-dessus de la moyenne des départements comparables. Selon la chambre régionale des comptes : « l’endettement indirect que représente ce type de montage [les PPP] pour la collectivité est non négligeable ».
Finalement, les belles réalisations d’aujourd’hui peuvent sonner le glas de cette politique généreuse en faveur de l’éducation à moins que la majorité ne projette de faire payer à d’autres ses audaces financières, ce que nous constatons malheureusement dès qu’il s’agit de venir en aide aux populations en difficulté.
Fin de la prévention spécialisée, abandon de l’accueil provisoire des jeunes majeurs au profit d’une aide beaucoup plus modique, fin de la présence de personnel infirmier dans les centres d’accueil de personnes handicapées, mises en place de contraintes qui interdisent les investissements dans ces mêmes centres, fin de l’aide aux systèmes de téléassistance des personnes âgées, instauration puis augmentation des tarifs de transports scolaires … depuis quelques années les régressions se succèdent dans le Loiret dès qu’il s’agit de solidarité et de cohésion sociale, la première des compétences que la loi confère aux départements.
A chaque fois, il nous est expliqué que le Conseil général en faisait trop et qu’il doit cesser de pallier des défaillances imputables à l’Etat. Cela s’accompagne d’un discours partisan dénonçant le gouvernement en place, y compris en y employant sans retenue les ressources de la collectivité. Le magazine Loiret Mag est entièrement détourné de son rôle et devient digne de la Pravda.
Il y a parfois du vrai dans les responsabilités imputables à l’Etat, même si cela ne date pas de l’arrivée de la gauche au pouvoir. Mais il est pour le moins curieux que ce constat récent ne soit pas appliqué dans tous les domaines. Car lorsqu’il s’agit de se mêler de ce qui ne le regarde pas, le Conseil général du Loiret n’est pas en reste. Que ce soit pour le développement économique, l’autoroute A19, l’enseignement supérieur et la recherche, le Département empiète volontiers sur les plate-bandes de l’Etat.
C’est encore plus parlant dès qu’il s’agit d’éducation et de jeunesse. Alors que Conseil général s’était toujours interdit de financer des livres scolaires des collégiens, ce qui incombe à l’Education nationale, des tablettes numériques ont été mises en place à grands frais … dans le canton d’élection du Président. Au lieu d’aider les jeunes en difficulté avec des éducateurs de rue, c’est toute une équipe de communication qui concocte une propagande permanente à destination des collégiens sous couvert de soutien pédagogique (encore une compétence que le Département ne devrait pas exercer). L’application MOD’J, vanté par une campagne publicitaire, propose d’ailleurs un contenu dont le choix reste opaque. On y trouve des informations internes, des sources institutionnelles ou des supports privés arrivés là on ne sait comment. Il est d’ailleurs paradoxal d’employer des agents départementaux pour ce travail scolaire et de s’en vanter alors que, dans le même temps, le personnel chargé de nourrir les collégiens est dessaisi de son travail avec l’externalisation et la privatisation de la restauration scolaire.
Enfin, le point commun de chacun de ces dossiers, c’est la constance avec laquelle les citoyens sont écartés des décisions qui les concernent. Jamais consultés les usagers des cars dont les tarifs augmentent, jamais consultés les élèves et leurs parents lorsqu’un collège est reconstruit en PPP, jamais consultées les associations du secteur médico-social avant de leur annoncer des coupes budgétaires.
Voilà pourquoi, si l’on peut se réjouir de la bonne santé du Loiret relativement à d’autres territoires français, il est un peu indécent de lire ou d’entendre aussi fréquemment les louanges que s’adresse lui-même le Conseil général. Cet autosatisfaction devient de l’aveuglement face aux difficultés qui touchent de nombreux Loirétains.

Mon défi de l’extrême : j’ai mangé dans une unité-relais

Pour cette rentrée des classes 2014, malgré tous les malheurs qui s’abattent sur les départements, j’ai encore une fois participé à la « tournée » du Président du Conseil général dans différents collèges du Loiret.


Ce fut pour moi l’occasion de découvrir notamment le nouvel établissement de Trainou dont j’ai forcément déjà parlé ici puisqu’il fait partie du contrat de partenariat public-privé (PPP) au moyen duquel le Département reconstruit cinq collèges dont celui de Chécy (pour 2015).

L’inauguration de ce matin donna lieu à de beaux discours du 1er vice-président départemental, Antoine Carré, ainsi que du représentant du consortium privé qui exécute ce PPP. Tous deux s’évertuèrent à chanter les louanges de ce mode de contrat sans rien démontrer de sérieux. L’un insista sur le fait que ça permet de payer la construction année après année comme « lorsque vous faites une maison et que vous empruntez ». Une curieuse façon de conforter toutes mes interventions pour dénoncer l’endettement excessif que nous risquons à force de multiplier les PPP dans le Loiret. Et d’ajouter, sans rire, qu’avec le PPP, le collège vous est transmis à l’état neuf au bout de 20 ans. L’autre nous exposa l’intérêt de raisonner en « coût global », c’est à dire de construire parfois plus cher au début pour ensuite dépenser moins à l’usage. Comme s’il fallait passer par une très large délégation au secteur privé pour cela, alors que les cadres du conseil général ne manquent pas de compétences et n’ont pas pour habitude de concevoir des programmes d’investissement au rabais au risque d’engendrer de lourdes dépenses de fonctionnement ensuite. Bref, rien de nouveau sous le soleil (dont vous noterez ci-dessous qu’il était éblouissant). Du bourrage de crâne sans que jamais ne soit fait le bilan réel ni que soit reconnu qu’en accélérant les constructions aujourd’hui on se prépare seulement des années de disette dans le futur.

Mais le plus drôle fut lorsque l’industriel enthousiaste loua le fait qu’avec un PPP, une fois le contrat signé, les choses ne bougent qu’à la marge. Il fallait oser le dire dans un des cinq collèges dont le mode de restauration scolaire a été modifié en cachette, après signature du contrat et sans que les élus ne se soient prononcés (la majorité godillot a bien sûr entériné tout ça lorsqu’on le lui a enfin demandé). Du coup, au lieu de déguster ce midi un de ces succulents repas que les parents d’élèves de Traînou plébiscitaient encore l’an passé, tous les participants à cette inauguration eurent l’occasion de manger dans une des toutes nouvelles « unités-relais ». En effet, de peur de se voir accusés de passer la restauration scolaire en « liaison froide » (les repas arrivent réfrigérés depuis une usine et sont seulement chauffés dans le collège), les communiquants du conseil général ont inventé ce nouveau concept d’unité-relais dont on n’a jamais pu avoir de définition très claire. Selon Antoine Carré, il s’agirait de « liaison froide réchauffée et améliorée sur place » (sic). Mais dans les versions adoucies, on nous parle d’un subtil équilibre entre la liaison froide pure et simple et la cuisine préparée sur place. Alors, je me suis sacrifié, j’ai testé le nouveau « restaurant » scolaire (il ne faut plus dire cantine car c’est de la gastronomie).

Eh bien, je suis toujours vivant et j’avoue que je n’ai pas vu la différence avec n’importe quel autre self-service sans cuisinier. Après une rapide enquête, j’ai compris que les tomates servies en entrée étaient arrivées fraîches et entières avant d’être découpées en rondelle sur le site du collège. Idem pour le melon dont les agents locaux ont eu la lourde responsabilité de les couper en tranches. Pour ce qui est du plat chaud (viande ou poisson au choix), l’unité-relais a permis de les « mettre à température » au sortir du frigo. Pour le dessert, le cuisinier expérimenté, son second de cuisine et toute leur équipe avaient à séparer les paquets de crème au citron et placer les pots un à un sur un présentoir. Voilà comment il faut comprendre l’énigme de l’unité-relais, liaison froide réchauffée et améliorée sur place. Ah, si, j’oubliais, la vinaigrette pour les tomates a semble-t-il été préparée à l’ancienne, en procédant au savant mélange directement sur place. Il paraît que, peu à peu, l’équipe de cuisine pourra retrouver de l’autonomie quoique je doute que ni les agents ni la communauté éducative ne réussisse vraiment à peser sur les menus ou les livraisons de repas qui finiront « réchauffés et améliorés sur place ».
Mais l’essentiel est de dire que c’est un « Délys », le nom de la marque choisie par le Département pour ses restaurants scolaires. Mieux, il n’y a plus qu’à expédier un tweet où l’on clamera qu’on s’est régalé et que c’est grâce aux employés du collège pourtant dépossédés de tout leur savoir-faire.

Le vote du budget en detail

Comme promis, je voudrais maintenant retracer les débats les plus marquants de la session de la semaine dernière, session au cours de laquelle le conseil général a adopté un budget marqué par des coupes non négligeables dans le domaine de la solidarité. Ces choix nous ont été présentés comme la conséquence de restrictions imposées par l’Etat. Néanmoins, il est clair que la majorité n’entend surtout pas renoncer aux investissements plus ou moins contestables qui endettent durablement le Département. Cela laisse penser que les marges de manœuvre ne sont pas dégradées au point de justifier les suppressions ou réductions de pan considérables de l’action sociale. C’était le sens du communiqué des élus socialistes, écologistes et républicains que vous avez déjà lu ici.
Je me propose donc de vous en dire plus – beaucoup plus 😉 – sur les multiples points de divergences qui sont apparus en séance les jeudi 3 et vendredi 4 avril. Une nouvelle fois, les écologistes, Estelle Touzin et moi-même, fûmes à la pointe du combat, contraints de nous opposer à de nombreuses reprises aux décisions de la majorité, aussi bien pour limiter les dépenses incongrues dans certains domaines que pour préserver un budget raisonnable là où ça compte vraiment. A tel point que nous nous attirâmes ce commentaire ironique de la part du président Doligé : « ah, vous êtes encore contre, on voit bien que vous êtes sortis du gouvernement, plus rien ne va ».
Lire la suite

Eric Doligé ne fait pas l’unanimité

Le pôle communication du Conseil général a pris pour habitude de donner une signification profonde aux délibérations prises en commission permanente alors que celles-ci ne présentent généralement qu’un caractère formel : elles ne font que décliner les grandes orientations votées par l’Assemblée. C’est ainsi que le Président Doligé tente de faire croire que ses idées sont largement soutenues pour peu que personne ne s’oppose à lui sur la mise en oeuvre des règlements départementaux. Bien entendu, il est fréquent que la gauche accepte la mise en œuvre, dans des cas concrets, d’une politique qu’elle rejette globalement mais que la majorité départementale a régulièrement adoptée et qui est entrée en application.
Lire la suite

Transports scolaires payants

C’est la décision départementale qui marque la rentrée 2012 dans le Loiret. Le Conseil général demande une participation aux familles dont les enfants utilisent le réseau ULYS pour aller à l’école.

Même si cette prestation reste très largement subventionnée, la fin de la gratuité va mettre en difficulté les familles les plus modestes auxquelles la majorité départementale n’a pas fait de cadeau. Je ne suis évidemment pas d’accord avec ce choix. D’autres en contestent le principe lui-même comme la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) qui propose une pétition.

Avec ma collègue Estelle Touzin, nous avons jugé utile de préciser comment nous avons combattu le système qui s’applique aujourd’hui mais sans forcément exiger la gratuité pour tous, laquelle suppose implicitement de faire payer les contribuables plutôt que les usagers. Sans régler ce dilemme sur le fond, voici les éclaircissements que nous souhaitons apporter à propos des cars ULYS dans le Loiret.
Lire la suite