De la désinformation dans le Loiret

Le conseil départemental du Loiret a entamé sur le réseau social twitter une campagne de communication scandaleuse qui diffuse des messages faussés à propos du projet de déviation de la RD921 à Jargeau (ci-contre, lancement de la campagne et, ci-dessous, un des messages et une de mes réponses, que je développerai ici).

Il s’agit d’un sujet encore plus brûlant depuis qu’un Village de la Loire s’est installé à Mardié l’été dernier et que ses militants ont dû assister en septembre, impuissants, à la destruction de plusieurs hectares dans le bois de Latingy.
C’est que la collectivité ne veux pas attendre pour faire avancer ce projet pourtant contesté y compris devant la Justice administrative. Car non seulement, le projet est aberrant d’un point de vue social, économique ou environnemental, mais il est aussi soupçonné d’avoir bénéficié d’une déclaration d’utilité publique irrégulière.
Jusqu’à présent, la bataille juridique reste à l’avantage des destructeurs du patrimoine naturel et l’affrontement sur le terrain aussi, d’autant que le conseil départemental est soutenu par une intense mobilisation de la force publique. Il faut dire que le nouveau Préfet du Loiret, arrivé fin août, s’il a tout de suite considéré que le dossier était sensible, n’en a pas moins pris fait et cause pour le conseil départemental contre l’opposition citoyenne dont il n’a pas cherché à connaître les arguments.
Or, ces arguments sont suffisamment convaincants pour que le Département s’évertue désormais à les combattre sur le terrain des idées … en utilisant des procédés de désinformation.

Désinformation !
Le terme est fort mais c’est justement celui que Marc Gaudet a choisi pour tenter de discréditer les défenseurs de l’environnement. « Plus c’est gros, plus ça passe », dit-il aussi des arguments opposés au projet de déviation. Pourtant, les erreurs commises parfois dans le débat par les écologistes sont rapidement rectifiées tandis que la collectivité et son président, eux, n’hésitent pas à employer les grands moyens – et l’argent public – pour propager des informations dont la fausseté leur a été amplement démontrée.
C’est ce que je m’étais notamment acharné à faire, comme d’habitude devrais-je dire, lors de la dernière session de l’assemblée départementale. Je vais reprendre tout cela en détail ici.
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Transparence à retardement

Bon, il va bien falloir que je vous fasse encore mon traditionnel compte-rendu de session pour vous raconter les séances qui se tenaient à la mi-octobre. J’avais pourtant imaginé que le nouveau dispositif de procès-verbal officiel me faciliterait la tâche en vous offrant non pas les seuls enregistrements de mes modestes prises de paroles mais carrément le film complet de tous les débats retransmis par la vidéo du Département. Mais non, l’évolution vers plus de transparence n’est pas au rendez-vous et les vidéos sont jalousement gardées de peur que les Loirétain·e·s ne s’intéressent trop aux décisions prises en leur nom. Ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire de ce qui se passe dans l’assemblée semble la devise du Département. (illustration Franquin, Bravo les Brothers, éd. Dupuis)


Mais faisons déjà un petit retour en arrière et revenons sur un épisode de la session précédente, celle de juin dernier, que je n’avais pas encore retranscrit ici. Il s’agissait du vote d’un nouveau règlement de l’assemblée départementale pour assurer la publicité des débats. Bien entendu, les séances du conseil départemental sont ouvertes à tous mais encore faut-il être disponible pour y assister en personne. Pour ceux qui n’ont pas cette « chance », la loi fait obligation d’éditer un procès-verbal fidèle de tout ce qui est voté et de tout ce qui s’est dit en séance. Et pourtant, les délibérations réelles des élus sont très difficiles d’accès si bien que l’information passe par le filtre de médias locaux qui ne visent pas l’exhaustivité ou bien par le filtre très déformant que constitue la revue officielle Loiret magazine.

Pour qui voulait la version originale, jusqu’en juin dernier, voici comment les choses se passaient :
Pendant que les élus débattaient, il y avait une équipe de sténo-dactylos qui prenait note de chaque phrase et même des réactions collectives comme les huées ou les rires qui fusent parfois. Cela permettait une retranscription fidèle mais il fallait au moins trois mois avant qu’elle ne soit imprimée et diffusée aux élus. Quand aux simples administrés qui auraient voulu savoir ce qui se dit dans les débats, encore fallait-il qu’ils aient l’idée de demander ce gros pavé et d’attendre qu’on leur fournisse un exemplaire. Bref, mieux valait faire confiance à la presse, en l’occurrence au quotidien monopolistique du coin qui, quoi qu’on en pense, prend la peine de signaler au moins un ou deux des sujets abordés et de la façon dont les élus les ont traités. Bien entendu, en ce qui concerne mes fans (ou le staff du président Gaudet), il y avait toujours moyen d’en apprendre un peu plus en lisant ce blog … à condition de supporter mon objectivité toute relative et mes petites piques envers la majorité.

Mais en juin dernier, attention, on allait voir ce qu’on allait voir, il fut décidé de modifier le règlement intérieur de l’assemblée « afin de moderniser les modalités d’accès aux procès-verbaux des séances publiques de l’Assemblée départementale tout en rationalisant les coûts afférents ». Et voilà la démocratie renouvelée grâce à « la communication digitale [qui] permet aujourd’hui de disposer d’outils assurant la disponibilité et la conservation de la mémoire des débats qui se sont déroulés ». En fait, le progrès consistait en la réalisation d’un simple « procès-verbal synthétique » des débats complété par les enregistrements vidéos. Allait-on vers une plus grande accessibilité au public ? Eh bien non.

En effet, ce n’était pas l’objectif recherché. L’idée générale, c’était surtout de faire des économies en licenciant le prestataire chargé de prendre les propos en sténo et de les remettre au propre. Pas question de garder la version écrite des débats … alors qu’elle est pour l’instant le seul moyen d’utiliser un moteur de recherche avec des mots-clés pour savoir, par exemple, à quel moment on a parlé d’écologie et ce qui en a été dit. On pourra désormais seulement repérer les propos en fonction du nom de l’orateur ou du titre du rapport abordé mais pas en fonction des termes employés. Pas question non plus de faciliter le visionnage des vidéos pour qui aurait le temps de chercher. Celles-ci ne seront diffusées qu’en réponse à une demande explicite. Pas question de les mettre en libre consultation et encore moins de les diffuser en direct comme peuvent le faire d’autres collectivités.

Voici comment j’avais réagi en séance le 20 juin dernier.


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N.B. : vous l’aurez peut-être compris, dès que l’on parle de vélo (ou de train), les élus départementaux ont l’habitude de se tourner vers Michel Breffy, le « monsieur vélo » du Département, même s’il arrive fréquemment que d’autres orateurs s’expriment sur ce sujet. Ainsi, j’illustre bien que si l’on veut savoir ce qui se dit à propos de vélo, mieux vaut un moteur de recherche à partir d’une version écrite que de visionner toutes les prises de paroles de Michel Breffy.

A la suite de quoi, je m’étais opposé, seul, à cette délibération de juin.

Néanmoins, j’espérais encore que le recours à la vidéo apporte un petit progrès dans les délais de traitement de l’information, à savoir la mise à disposition plus rapide d’une source fiable pour les citoyennes et citoyens curieux de ce qui se dit lorsque les conseillers départementaux débattent. Car il est clair que nous faisons toujours preuve d’une grande hauteur de vue et que notre sens de l’intérêt général nous interdit de flatter telle ou telle « clientèle ». Bref les élus ne risquent rien à accroître et accélérer la transparence des débats.

Mais pas de chance, « ça ne va pas être possible ». Il ne faudra pas compter sur le moindre « procès-verbal succinct » ou sur le visionnage de vidéos des séances d’octobre avant la fin de l’année. Voilà pourquoi, bien que moi-même en retard, je vais avoir plaisir à publier ici encore mes propres commentaires et enregistrements (sonores).

À 18 ans, mettons les enfants à la porte, ce sera toujours ça de moins à payer

La canicule est de retour dans le Loiret, avec son lot de bons conseils et de restrictions. Le débit de la Loire est en dessous de tout, la nappe de Beauce a franchi le seuil entraînant des mesures de préservation, il va falloir s’habituer à ces épisodes météorologiques extrêmes d’autant que, comme je l’exposais dans mon premier compte-rendu de la dernière session plénière du Conseil départemental, bon nombre de dirigeants politiques ne sont pas prêts à entreprendre une transition écologique allant au-delà de modestes ajustements de nos modes de vie. Inutile d’en rajouter à ce sujet. Je vais plutôt poursuivre mon compte-rendu de la session et ce n’est pas trop tôt vu qu’elle se déroulait les 20 et 21 juin 😉

Plusieurs rapports examinés par l’assemblée départementale abordaient les questions sociales qui lui incombent en priorité (même si la majorité trouve plus de panache à dépenser une centaine de millions pour promouvoir les déplacements automobiles et les transports routiers). Il s’agissait notamment de la lutte contre la pauvreté, le premier accueil des usagers des services sociaux et la prise en charge des jeunes protégés par le dispositif d’aide sociale à l’enfance (ASE).

L’actualité de l’été m’amène à aborder d’abord la question de ces jeunes pour lesquels le conseil départemental constitue une famille de substitution, soit parce qu’ils sont loin de la leur, soit parce qu’ils en sont séparés pour leur propre sauvegarde.
Ce mercredi 24 juillet, une nouvelle manifestation viendra dénoncer conjointement le Département et l’État pour leur refus de s’occuper d’eux.
C’est le sens de l’appel des associations qui les soutiennent.
Ce sont 150 jeunes qui sont menacés de se retrouver à la rue à la fin de l’été.
Leur tort ? Avoir atteint 18 ans sans leur famille.

Mais quel rapport avec le Département ?
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Le Loiret, sauveur autoproclamé de la planète … sans oublier les camions

Au Conseil départemental du Loiret, la session de printemps se tenait juste avant l’été et juste avant la canicule.
Anticipant sur la vague de chaleur qui allait témoigner douloureusement du changement climatique, le Président Marc Gaudet avait décidé de faire une démonstration de la haute qualité environnementale de sa politique. C’est ce sujet qu’il développa dans son discours d’ouverture après avoir commenté le résultat des élections européennes.

Tout d’abord, il insista sur la (bi)polarisation de la vie politique autour d’un duel opposant La République en Marche au seul Rassemblement national. Comme plusieurs autres intervenants à sa suite, il s’inquiéta de cette situation qui ne laisserait d’autre alternative à la majorité gouvernementale actuelle que de basculer dans le dangereux extrémisme proposé par Marine Le Pen. C’est une crainte que je partage. Je ne veux pas me lancer ici dans un long argumentaire pour exposer ce qui me fait craindre le pire en cas de victoire électorale du RN mais je suis certain que ni la liberté, ni l’égalité ni la fraternité ni survivraient.

Marc Gaudet souligna ensuite « une percée » des écologistes, feignant de croire que l’accaparement de cette thématique par Emmanuel Macron avait finalement profité à Yannick Jadot. Je crois plutôt que, à l’inverse, c’est le succès de l’écologie dans l’opinion publique européenne qui précéda l’affichage d’un virage par le parti présidentiel. Succès relatif, au demeurant, car, si Europe Écologie les Verts a pulvérisé le score qui lui était promis par les instituts de sondage, cela ne représente pas pour autant une évolution majeure du nombre d’électeurs que ce parti a réussi à convaincre.

Il est pourtant nécessaire de transposer cette émergence de l’écologie au sein des débats des futures élections municipales. Cependant, rien ne dit que les urnes rendront le même verdict et qu’un parti politique européen comme l’est EELV aura le même poids à un échelon local. Personnellement, je milite pour l’émergence de listes citoyennes qui porteraient un projet déconnecté des engagements nationaux.

Marc Gaudet annonça ensuite l’ordre du jour de la session et notamment le point consacré aux politiques environnementales du Conseil départemental du Loiret. Au moins cette actualité accordée à l’écologie dans le Loiret ne devait-elle rien à l’effet de mode puisque cela était programmé depuis la session de janvier. L’idée de la majorité est de prouver envers et contre tout sa prise de conscience et son attachement aux questions environnementales. Je suis flatté de cette réponse donnée aux nombreuses critiques que je peux émettre contre l’action publique dirigée par mes collègues mais je ne vois pas le changement de logiciel qui devrait suivre la prise de conscience.

Ainsi, Marc Gaudet voulut nous convaincre que la collectivité est déjà « engagée au quotidien » pour l’environnement et qu’il faut maintenant « envisager d’être plus ambitieux ». Il s’appuya notamment sur le « virage » effectué dans les modalités de construction des bâtiments du conseil départemental, à commencer par les deux prochains collèges qui seront mis en chantier à Pithiviers. Je ne mets pas en doute la sincérité de cette ambition et de ce virage. Cependant, force est de constater que Marc Gaudet et de membres de sa majorité n’arrivent pas toujours à mettre en pratique leurs bonnes intentions. Leur entêtement à poursuivre le projet de déviation routière à Jargeau balaie tous leurs efforts pour changer ici ou là leurs pratiques anciennes. Incompétence ou schyzophrénie ? Je décidai de ménager les susceptibilités en retenant surtout que nous partageons désormais le diagnostic de l’urgence des enjeux climatiques et de biodiversité.

Voici donc comment je répondis au premier discours de Marc Gaudet.


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Peu après, on nous présenta un petit film de propagande montrant toutes les belles réussites du Département dans le domaine de l’environnement. Et c’est vrai qu’il y en a. Pour la construction des nouveaux bâtiments, notamment, même si l’on ne se projette pas au maximum des techniques écologiques, il est généralement admis que ces bâtiments doivent aller au-delà des seules obligations légales. On vise des bâtiments qui ne consomment pas d’énergie plutôt que des bâtiments « basse consommation ». D’autres avancées en matière environnementale sont plus « cosmétiques », comme le budget participatif pour les parc départementaux, lequel va être totalement tourné vers l’écologie … mais ne représente que 0,01 % du budget total de la collectivité et 1 % des recettes issues de la taxe d’aménagement des espaces naturels sensibles (ENS) lesquelles servent à bien d’autres choses qu’à la préservation de l’environnement.

Marc Gaudet commenta ce programme écolo pour le Loiret avant de laisser chaque vice-président délégué développer les points concernant les différentes politiques publiques.

Au moment où fut lancé le traditionnel « y a-t-il des questions ? », toute l’assemblée se tourna vers moi, unique représentant du courant politique ayant créé la surprise aux dernières élections. Comme il était évident que ma réaction était guettée avec amusement et bienveillance à la fois, je tentai donc de livrer mon point de vue, en essayant moi-même de rester bienveillant en retour, en particulier envers le travail remarquable des agents départementaux en charge de ces politiques.


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Après avoir insisté sur les informations scientifiques globales toujours plus alarmantes, je rappelai que des solutions existent mais qu’il va falloir agir sur notre mode de vie, non pas pour réduire la qualité de vie mais pour la trouver ailleurs que dans la consommation effrénée, d’énergie notamment. J’éludais un peu la question du pont de Jargeau non sans rappeler que, dans un contexte de lutte contre le changement climatique et pour la biodiversité, ce projet est une erreur conceptuel. Comment peut-on parler d’environnement et dépenser autant d’argent pour promouvoir une mobilité sur un modèle des années 70 totalement contraire à la transition écologique ?

C’est une question pour laquelle je n’aurai manifestement pas de réponse. Si mon intervention sur les questions écologiques était attendue par mes collègues, on ne peut pas dire qu’elle fut entendue. En outre, par la suite, les médias locaux se gardèrent bien de me donner la parole et se contentèrent de promouvoir le seul discours du Président.

Dans la foulée, celui-ci avait enchaîné sur une deuxième partie de valorisation de son action environnementale et demandé à notre collègue Christian Braux de présenter plus particulièrement 10 actions marquantes pour l’année à venir.

Ceux qui s’attendaient à un « virage » radical en furent pour leur frais car, comme l’orateur le reconnut volontiers, il s’agissait essentiellement de poursuivre (en mieux?) des actions souvent déjà engagées.

Je ne les notai pas toutes mais remarquai qu’une des « 10 actions », la numéro 2, consistait à poursuivre le (très modeste) budget participatif du Département en le concentrant sur des actions à vocation écologique. Waouh ! 50 000 euros rien que la nature ! Les abeilles vont nous dire merci, j’espère. Cela me poussa à suggérer carrément que les 6 millions d’euros de la taxe pour les espaces naturels sensibles soient dépensés en fonction de choix de nos concitoyens. Mieux, je présentai à nouveau l’idée d’un « préférendum » (ou référendum selon la méthode du jugement majoritaire) concernant les 100 millions d’euros aujourd’hui destiné au funeste projet de pont à Jargeau.
Pourquoi ne pas demander directement aux Loirétains ce qu’il souhaiteraient faire d’une telle somme ?
La République du CentreBâtir une nouvelle route quasi inutile et destructrice de nos richesses naturelles et agricoles ? rénover des dizaines de bâtiments publics passoires énergétiques ? bâtir des infrastructures de transport collectif performantes ? accélérer l’implantation du très haut débit dans le Loiret ? assurer à toutes les personnes handicapées des équipements publics accessibles ? …
Ah mais non, Marc Gaudet a déjà répondu à cette proposition par voie de presse (ci-contre), affirmant que la construction d’une nouvelle route et d’un pont, c’est une « décision politique » qu’on ne doit pas proposer aux citoyens.
Voilà pour l’action n°2 dite « participation citoyenne et nature ».

Fort heureusement, l’action n°8 est au contraire une nouveauté très positive et dont j’attendrai désormais qu’elle s’applique avec efficacité. En effet, il nous a été expliqué que la la politique territoriale du département (les sommes que le Département apporte aux communes et intercommunalités pour leurs propres projets) serait orientée prioritairement vers transition énergétique. Ce serait un grand pas en avant.
Déjà parce que ne pas « orienter » ces subventions attribuées aux communes, c’était une aberration que j’ai souvent dénoncée. Le budget départemental doit en effet être l’expression de choix en faveur des politiques menées par cette collectivité. Si des subventions sont attribuées par le Département, c’est pour que d’autres aient les moyens de participer, à leur échelle, à ces choix politiques et pas pour qu’ils dépensent à leur gré. Sinon, ce serait admettre que l’on a tellement d’argent qu’on se permet de le distribuer sans attendre quelque contribution que ce soit aux objectifs qu’on se fixe. Si l’État attribue des moyens budgétaires au conseil départemental, et nous savons quelle opposition farouche accueille toute baisse de ces moyens budgétaires, ce n’est pas pour que le Département en affecte à son tour une partie aux communes mais pour qu’il emploie son argent public dans le cadre de ses compétences (y compris parfois en y impliquant des communes ou des associations). Je suis donc ravi d’apprendre que l’on va désormais avoir des « priorités » lors de l’attribution d’aides aux communes du Loiret.
Ensuite, cela va de soi, je ne peux que me réjouir d’apprendre en même temps que la principale priorité retenue serait la transition énergétique. Vivement que l’on débatte des modalités de cette « orientation des politiques territoriales » !

En attendant, je repris la parole pour dire tout le bien que je pensais de cette action n°8. Je développai également mes remarques concernant la participation citoyenne au coeur de l’action n°2.


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Comme je pouvais m’y attendre, Marc Gaudet ne me suivis pas sur le terrain de la « participation citoyenne ». Expliquant à nouveau qu’il n’est pas « pour le participatif à haute dose » il justifia ainsi de s’en tenir à 0,01 % du budget. Il appuya cette conviction d’une vision assez surréaliste de la démocratie représentative, à savoir le fait que les habitants sont consultés par vote une fois tous les 6 ans et qu’en attendant ce sont les élus qui décident de tout. « Nous sommes élus avec un programme » et c’est à nous de « l’appliquer » affirma Marc Gaudet contre toute évidence. Car s’il y a bien un scrutin au cours duquel la démocratie représentative est en défaut, c’est l’élection de l’assemblée départementale. Le fait que les conseillers départementaux soient désignés par canton n’incite pas à faire campagne sur les véritables enjeux départementaux. Le fameux « programme » présenté aux électeurs consiste plus souvent à promettre l’ouverture d’une maison de retraite « dans notre canton » qu’à proposer des priorités à l’action publique dans le Loiret, là où les besoins se font sentir. Du coup, lorsque les citoyens participent à l’élection départementale, ils n’ont aucune chance de savoir à quel « projet de mandat » leur vote peut conduire ni même qui sera le président de la collectivité. Ainsi, en 2015, Hugues Saury est devenu président du Département alors que la plupart des électeurs ne savaient même pas qu’il briguait le poste. Une fois désigné, il a mis en place un processus interne à l’assemblée départementale pour concevoir le fameux « projet de mandat » censé guider l’action du Département pour 6 ans. C’est dire que ce projet n’a jamais été soumis aux électeurs. Et pourtant, si la majorité, supposée « représenter » la population, était si sûre de ses choix, quel mal y aurait-il eu à mettre ce projet de mandat en débat participatif et à conclure par un vote des citoyens pour définir les priorités ? Mais non, il est tellement plus simple de recevoir un « mandat » et de l’exercer sans se préoccuper de l’avis de ceux qui sont ainsi administrés. Il est bien suffisant de les croiser parfois sur le marché ou lors du comice agricole.
Enfin, si l’on revient au pont de Jargeau, combien des élus actuels peuvent dire qu’ils ont été élus pour le faire construire ?
En 2008, l’opposition à ce projet était un axe central de mon programme électoral au sein d’une vision départementale partagée avec les candidats socialistes, écologistes et apparentés.
En 2011, mon ami Daniel Breton défendait la même prise de position et cela ne l’a pas empêché de sortir majoritaire parmi les électeurs de Jargeau (mais sans l’emporter dans son canton).
En 2015, je ne vois guère que les élus du canton de Châteauneuf-sur-Loire pour avoir affiché leur avis favorable au pont. A ma connaissance, ni Hugues Saury dans le canton d’Olivet, ni Marc Gaudet (ni sa colistière Mariane Dubois ou sa remplaçante Monique Badaire) n’ont fait campagne au sujet de la déviation de Jargeau. Comment peuvent-ils clamer aujourd’hui qu’ils ont été élus pour cela ?

Mais bon, que cela ne vous empêche pas de donner votre avis quand on vous le demande sur les choses pour lesquelles vous êtes compétents et de décider si le tourisme sur le canal d’Orléans répondra au nom de « Coulée douce ».

Pour le reste, laissez donc les grandes personnes s’occuper d’une « transition écologique » vers le tout-camion sur les routes du Loiret.

Faire des économies sur le dos des plus faibles, mode d’emploi (session budgétaire épisode 4 et fin)

Pour terminer mon compte-rendu de la session récente du conseil départemental, je vais tenter de vous donner une idée des différents rapports à propos desquels je suis intervenu et qui ont justifié que je m’oppose finalement au budget 2019 proposé par la majorité.

Je le rappelle, ce projet de budget était très loin de préparer la transition qui s’impose à notre société pour un 21ème siècle qui s’annonce comme celui du dérèglement climatique et de la perte de biodiversité. Un tournant si considérable pour les êtres vivants de notre planète que certains chercheurs estiment que la Terre est entrée dans une nouvelle ère que l’on peut baptiser l’anthropocène en raison du poids décisif exercé par les actions humaines.

A côté de cela, les décisions prises dans le Loiret peuvent paraître dérisoires. Pourtant, le mouvement des villes en transition est lancé partout dans le monde. Les collectivités locales ou régionales n’attendent pas tout des grands accords internationaux comme celui de Paris en 2015. La Région Centre Val de Loire, par exemple, va organiser sa propre conférence des parties sur le climat (COP régionale). Bref, rien de ce que décide le conseil départemental n’est anodin car chaque échelon dispose de ses propres leviers. La « bonne gestion » ne suffit pas, il faut aussi prendre les bonnes orientations pour préparer une société durable.

Principal responsable des politiques sociales, le Département reste très ambigu dans ses choix. L’exemple des jeunes présumés mineurs et pourtant rejetés à la rue depuis décembre est assez symbolique des priorités de la majorité de l’assemblée départementale. La solidarité envers les plus démunis leur apparaît comme une charge qui pèse sur le budget et qu’il convient d’optimiser. Cela revient à dire qu’on fera le tri entre ceux qui vont mal et qu’on marchandera l’aide à leur apporter. Les quelques fraudeurs qui s’installent parfois dans une position d’assistés permettent ainsi de justifier l’abandon de larges pans de la population. On ne dit pas ouvertement « débrouillez-vous tout seuls » mais, pour beaucoup de gens, c’est le résultat tangible des politiques décidées dans le Loiret. C’est ainsi que je le ressens dès que je tente d’aider personnellement telle ou telle famille en difficulté (sans user de passe-droit). C’est encore plus tangible pour les associations qui oeuvrent auprès de ces personnes au quotidien. Et il aura fallu une forte mobilisation de ces organisations, partenaires traditionnels du Département, pour que soit reportée une décision qui mettait en péril le bien être des personnes âgées en perte d’autonomie, au nom de la rationalisation et de l’optimisation.

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