Vidéos à gogo et débats sur la vitesse à 80km/h

Voici venu le moment d’achever de vous rapporter mon sentiment sur la dernière session départementale. Cela se passait il y a près de deux mois maintenant et, pour vous dire si c’est loin, le conseil départemental lui-même vient de publier le procès-verbal d’un nouveau type qui nous était promis.

Ainsi, vous trouverez tout le contenu des débats, discours, petites blagues, mimiques et grosses âneries dans les trois vidéos ci-dessous. La première correspond à la séance d’ouverture, la seconde rassemble les débats relatifs à chacun des rapports adoptés et la troisième restitue la séance consacrée spécialement au canal d’Orléans.

Bien entendu, ce serait un peu fastidieux, j’imagine, de revoir intégralement ces trois demi-journées de session.

Je vais donc poursuivre et conclure le compte-rendu que j’en avais amorcé pour ce qui concernait la déviation de la RD921 à Jargeau et les grossiers mensonges auxquels s’était livré l’institution départementale à ce propos. Et cela, sans épuiser le sujet de l’addiction aux bagnoles de la majorité départementale et le peu de cas qui est fait de l’urgence climatique que nous rappelle encore la COP25 s’ouvrant aujourd’hui.

En effet, un autre sujet majeur en lien avec l’automobile était à l’ordre du jour du 14 octobre dernier : le rétablissement d’une limitation de vitesse à 90km/h sur une partie des routes départementales. Par ailleurs, j’eus l’occasion de m’exprimer aussi à propos du fonctionnement des collèges du Loiret ou de l’égalité femme-homme. Tout au long de la séance, le groupe socialiste, écologiste et républicain, auquel j’appartiens, avait choisi de s’abstenir sur les votes budgétaires quoique ceux-ci fussent essentiellement des ajustements ; mais des ajustements d’un budget très discutable, notamment en ce qui concerne l’action sociale et plus particulièrement l’enfance en danger.

Enfin, la séance du 15 octobre était exclusivement consacrée au canal d’Orléans et je vais commencer par là.

La seconde matinée a donc permis de faire le point sur le projet départemental pour le Canal d’Orléans dans le cadre de l’acquisition en cours de cette infrastructure.
Les plus anciens se souviennent peut-être des généreux investissements opérés par le conseil départemental sur un canal qui restait la propriété de l’État et qui était géré par un syndicat mixte unissant le Département aux communes concernées. Eric Doligé avait brutalement mis fin à cette politique pour engager un bras de fer avec l’État jusqu’à qu’un accord permette au Département de devenir le seul maître à bord sans pour autant racheter au prix fort un canal qu’il avait lui-même largement reconstruit. Cette acquisition raisonnable de l’infrastructure par la collectivité départementale est aujourd’hui actée et les projets redémarrent pour restaurer, sécuriser et valoriser le Canal d’Orléans.

Cela fut tout d’abord illustré par une vidéo promotionnelle dont je notai avec plaisir que beaucoup d’images magnifiques qu’elle présentait avaient été prises dans le canton de Saint-Jean-de-Braye 😉

Dans mon intervention en séance, j’enchaînai sur la question des vidéos en évoquant celles qui nous étaient promises pour donner accès aux débats de notre assemblée. Comme vous l’avez constaté plus haut, ces vidéos sont aujourd’hui disponibles mais je ne comprends toujours pas pourquoi cela ne se fait pas instantanément ou presque (la retransmission en direct n’étant pas le plus écologique). J’ajoute que le procès-verbal par vidéo ne permet pas les mêmes recherches par mots-clés que le bilan écrit qui a été supprimé.
À propos d’accès aux documents publics, pour ce qui est du canal, je proposai aussi que les études relatives aux inondations soient diffusées aussi largement que possible. En effet, je doute fort qu’elles concluent sur un rôle majeur des écluses pour la prévention ou la résilience face à des inondations du type de juin 2016. Il serait bon, si nous disposions d’une expertise à ce sujet, qu’elle soit plus connue, de façon à ne pas laisser rêver les gens sur une possible maîtrise des eaux du bassin du Cens par la gestion des écluses du canal. La dynamique des crues dépend avant tout de la quantité d’eau reçue en un temps donné et de la capacité des sols à l’absorber. Quelle que soit notre façon de gérer les écluses, la capacité de « stockage » du canal d’Orléans reste de très loin inférieure à la quantité reçue en juin 2016 sur le bassin du Cens.

Rapport E 01 : Dotations 2020 aux collèges publics Loirétains
Adopté à l’unanimité moins deux abstentions, celles de Vanessa Slimani et moi-même

Comme chaque année, ce rapport présentait les modalités d’attribution de la dotation départementale qui permet aux collèges de fonctionner, outre la part de l’Éducation nationale qui assure les besoins pédagogiques. Et comme d’habitude, je dus renouveler ma déception, d’autant plus grande que le conseil départemental du Loiret est en revanche remarquable pour tout ce qui touche aux investissements en faveur des collèges (construction ou rénovation).
Malheureusement, pour ce qui concerne les besoins réguliers des collèges, je déplore toujours une grande inégalité entre les collèges qui vient s’ajouter à la baisse de ces dotations décidée il y a quelques années. En particulier, alors que le Département a choisi d’indexer sur le coût de la vie les sommes qu’il demande aux familles pour les repas de la cantine, il continue de geler les sommes fournies aux collèges pour leur vie quotidienne.

Rapport F 04 relatif à la situation en matière d’égalité entre les femmes et les hommes au sein du Département du Loiret
Pour information

Ce document présenté par obligation légale doit procéder à un état des lieux en matière d’égalité femmes/hommes, ce qu’il fait très bien. Mais il est aussi supposé apporter des pistes d’amélioration et d’actions. Or, lorsqu’on arrive à la partie « politiques publiques mises en œuvre » cela se limite au déploiement d’une simple exposition, certes remarquable, mais tout de même un peu limitée pour ce qui est de faire évoluer les choses. C’est ce que je dis à mes collègues à cette occasion.

Rapport A 08 : Réforme de la mesure d’abaissement de la vitesse à 80 km/h
Adopté à l’unanimité moins 4 voix dont la mienne

Vous vous souvenez ? Parmi les revendications des gilets jaunes que le gouvernement a accepter d’entendre, il y avait donc cette histoire de limitation de la vitesse à 80km/h sur les routes à deux fois une voie sans séparateur central (appliquée depuis juillet 2018). Mesure importante de sécurité routière pour le Premier ministre, il s’agissait aussi d’une mesure qui, accessoirement, permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre et ainsi de lutter conter le réchauffement climatique. Le gouvernement n’a pas voulu reculer totalement et il a choisi de laisser le soin aux présidents de conseils départementaux de remonter cette vitesse maximale à 90km/h sur certaines routes départementales. Cette nouvelle loi n’est pas encore définitivement adoptée.

Par anticipation, le président Marc Gaudet avait décidé d’en faire une délibération de l’assemblée plénière et nous eûmes donc un débat très fourni à ce sujet.
Car la question est tout de même clivante.
On passera sur les frais occasionnés pour changer des panneaux lors du passage à 80km/h et qui seraient à renouveler sur les routes qui repasseraient à 90km/h.
L’enjeu principal, en réalité, c’est la sécurité routière et plus particulièrement l’augmentation possible des accidents sur ces routes ou de leur gravité.

Après la présentation du rapporteur, Pascal Gudin, Marc Gaudet et Alain Touchard déployèrent leurs arguments en faveur de ce retour à une limitation plus élevée.
D’une part, il fut souligné que cela ne concernerait qu’un sixième environ des routes anciennement soumises à la limitation à 90km/h et que les autres routes resteraient soumise à la loi commune, soit limitées à 80km/h hors agglomération.
Ensuite, selon Marc Gaudet, 10km/h d’écart ça ne se voit pas beaucoup. On peut supposer qu’il parlait alors du risque additionnel et pas du temps gagné. En effet, son principal argument restera que le monde rural est brimé dans ses déplacements lorsqu’on lui impose, sur des routes de qualité, de rester à 80km/h maximum. Il sous-entendit que les « urbains » ne peuvent pas comprendre à quel point c’est dur de perdre du temps sur ses trajets à cause d’une règle venue de Paris. Toutefois, je serais curieux de savoir combien de personnes fréquentent les routes dont nous parlions de façon si intensive qu’elles pourraient, par exemple, gagner plusieurs heures de trajet au bout d’un an.
Plus étonnant, Marc Gaudet dut admettre que la proposition qui était faite à l’assemblée ne respectait pas les préconisations de la prévention routière car, sinon, aucune route dans le Loiret ne pourrait repasser à 90km/h.
Surtout, le président insista sur le fait que les accidents de la route doivent beaucoup plus aux mauvais comportements, que ce soit le téléphone au volant, l’alcool ou les stupéfiants, qu’à la vitesse en elle-même. Car, la vitesse, « lorsqu’elle reste raisonnable sur un réseau adapté il n’y a pas de danger ».
En gros, si les gens respectaient le code de la route, le rétablissement des 90km/h n’aurait aucune incidence sur la sécurité selon le président du Département. Un avis qui ne correspond manifestement pas aux observations des services de l’État.

Ma collègue Vanessa Slimani ne s’estima « pas convaincue ». Selon elle, il va de soi qu’abaisser la vitesse est un facteur sécurisant sur la route, ne serait-ce qu’en raison des temps de freinage.
Elle ajouta que, d’un autre côté, la vitesse a un impact important sur les nuisances sonores et qu’il serait utile d’envisager une réduction des vitesses sur la tangentielle dans le canton de Saint-Jean-de-Braye de façon à avoir de la cohérence sur la Métropole et ne plus rouler à 110km/h à travers les communes de Boigny, Saint-Jean-de-Braye ou Chécy. Tous les maires sont d’accord.

Mais pour Marc Gaudet, à ce compte-là, on aurait une demande de Donnery et au-delà et finalement, « la voie rapide perdrait tout intérêt ». On reconnaît bien là le grand défenseur des habitants de Jargeau contre les nuisances sonores, prêt à y consacrer aisément 100 millions (au demeurant en vain puisque la déviation projetée génèrerait aussi énormément de bruit). Lorsqu’il s’agit de la métropole, le président des ruraux balaie d’un revers de main une mesure gratuite qui pourrait soulager les riverains de la tangentielle.
Quant à la sécurité, Marc Gaudet soutint que le temps de freinage n’est pas un problème lorsque l’on respecte les distances de sécuité. Et il développa alors son argument massue :
90km/h, ce n’est « pas dangereux si on respecte le code de la route ».

Le débat sur le bruit rebondit ensuite avec le soutien apporté à Vanessa Slimani par Christian Braux qui souligna que les élus métropolitains se posent effectivement la question de réduire et harmoniser la vitesse sur la tangentielle.

Contrarié, Marc Gaudet déplora alors la constructibilité accordée près de cette route une fois qu’elle avait été construite. Comme s’il était possible, une fois la voie rapide implantée, de geler tout urbanisation à 500 mètres à la ronde.
Puis il aborda la question du revêtement pour diminuer le bruit ce qui ne manquera pas de susciter ma perplexité puisque le Département a toujours écarté cette solution que j’avais réclamée du temps où je siégeais à la commission des routes avec Marc Gaudet. Et n’est-ce pas là une des alternatives à la déviation de Jargeau qui a été jugée folklorique dans l’étude d’impact ?
Chiche que, pour soulager les riverains, l’on change le revêtement de la RD921 à Saint-Denis-de-l’Hôtel et Jargeau au lieu de miser aveuglément sur une déviation qui ajoutera encore du bruit.

C’est alors que le vice-président en charge des routes, autre fervent supporter des malheureux riverains de la RD921 souffrant de nuisances sonores, démontra qu’il ne savait pas grand-chose sur le sujet. Alain Touchard, en effet, parla de mesure faites le long de la tangentielle et qui n’auraient pas dépassé les seuils légaux, des seuils qu’il situa à 50 ou 55 décibels alors qu’ils sont bien plus élevés (60dB la nuit et 65dB le jour et on a mesuré des moyennes de 62dB à Boigny).

Hugues Saury rectifia aussitôt en donnant les bons chiffres et lui aussi soutint qu’il fallait prendre au sérieux les riverains de la tangentielle. Car ces seuils sont si élevés que les respecter ne suffit pas si l’on veut assurer un confort minimal aux citoyens. Cela étant le sénateur de l’assemblée départementale précisa que les revêtements anti-bruit sont efficaces mais que cela s’use avec le temps.
Revenant au débat sur la vitesse, il prit lui aussi le parti de repasser à 90 sur quelques routes car on peut compter sur la qualité des véhicules modernes et à plus ou moins longue échéance sur des voitures autonomes qui assureront la sécurité.
J’aime beaucoup ce côté visionnaire d’Hugues Saury qui n’hésite pas à dire qu’on doit raisonner en fonction de ce que pourrait nous réserver l’avenir plutôt que d’appliquer des raisonnements du siècle dernier. Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi il n’applique pas ce mode prospectif quand il s’agit de la déviation de Jargeau. Je me souviens d’un débat que nous avions eu sur France bleu au cours duquel il insista sur le fait qu’il y aurait toujours beaucoup de véhicules sur la RD921 parce que notre société allait se tourner vers les véhicules électriques pour continuer à utiliser les routes. Sauf que, dans ce cas, a fortiori avec des véhicules autonomes, il n’y aurait plus aucun problème sur le pont existant et aucune nécessité de faire une déviation.

Ce fut ensuite Christophe Chaillou qui intervint, à nouveau en opposition avec le retour à 90km/h. Il jugea que Édouard Philippe avait été courageux pour cette décision en 2018 car il faut parfois aller contre la facilité pour assurer plus de sécurité.
Il soutint également Vanessa Slimani pour de qui est de réduire fortement la vitesse sur la tangentielle, y compris à hauteur de Saint-Jean-de-la-Ruelle, pour des raisons de nuisances sonores autant que d’environnement ou de sécurité.

Marc Gaudet lui répondit en revenant sur les incivilités comme principale cause d’accident : «  c’est terrifiant ! Que faire contre l’inconscience ? », s’exclama-t-il. Il répéta que rouler à 90km/h n’est pas plus dangereux si on respecte le code de la route.

À ce moment-là, je pris la parole aussi car je trouvais assez incroyable que l’on présente le fait de repasser à 90km/h comme une volonté populaire incontestable. Mais a-t-on réellement interrogé la population ? Combien d’entre nous sont-ils réellement motivés pour cette mesure ?
Certes, je concédai que le choix des itinéraires retenus pour ce 90km/h paraissait assez rationnel (voir ci-contre). Or, justement, on voyait à nouveau que, parmi ces itinéraires structurants définis par la majorité départementale, il n’y avait évidemment pas trace de la RD921 à Jargeau. Encore une fois, on voit bien que lorsqu’il s’agit de choisir les principales routes du Loiret, l’actuel pont de Jargeau ne figure jamais dans la liste. Et, malgré tout, les partisans d’une déviation qui menace le patrimoine naturel du Loiret continuent de nous faire croire qu’il s’agit de renforcer un « itinéraire structurant ». Je notai également que, s’agissant des mesures de décibels, il serait instructif de connaître les nuisances réellement subies le long de la RD921 au lieu de les fantasmer et les qualifier d’infernales sur des bases purement subjectives. De même, j’aurais aimé que le Marc Gaudet furieux contre les gens qui sont allés construire leur maison dans les environs de la tangentielle soit aussi déterminé à compter les maisons construites le long de la RD921 depuis 20 que l’on prétend que c’est « infernal ».
Bref, je parlai d’un nouveau signal donné aux fans de la vitesse et des bagnoles que le Département s’efforce toujours de chouchouter.
Enfin, pour répondre à cette idée d’ajuster la limitation de vitesse comme si chacun allait respecter le code de la route, je rappelai au président son concept de « route qui pardonne » en vertu duquel le conseil départemental prévoit de minimiser les conséquences des accidents indépendamment des responsabilités de ceux qui en sont victimes ou de ceux qui les causent. Car si l’on défend l’abattage des arbres le long des routes comme le fait Marc Gaudet, au nom de la réduction des dommages aux accidentés imprudents, il faudrait logiquement aussi imposer une vitesse plus basse pour limiter les dégâts même pour ceux qui, à tort, téléphonent au volant.

Mieux, vous pouvez désormais réécouter avec l’image … un peu statique 😉

1 réflexion sur « Vidéos à gogo et débats sur la vitesse à 80km/h »

  1. L’hirondelle des rivages
    Faire son trou

    Un éclair brun dans les airs avec un gazouillis roulé lancé à toute vitesse, c’est un petit oiseau au vol saccadé qui arrive en bord de Loire. Nous sommes au mois de mars, notre petite hirondelle avec sa bande pectorale d’un brun cendré qui contraste avec sa gorge et son dessous blancs, a élu domicile chez nous. Voilà l’éclaireuse de la bande, elle est la première des hirondelles, celle qui annonce, avant toutes les autres, le retour du printemps.

    Son chant, constitué de gazouillis rapides et sonnants m’enchante tandis que son cri d’alarme, plus bref me rappelle le sifflet des arbitres. Quel acrobate quand elle vole au ras de la rivière, à la recherche des insectes dont elle se régale. Mais avant de songer à sa nourriture, elle doit faire son trou.

    Toute petite, elle n’en est pas moins sacrément gaillarde. Avec ses douze centimètres de longueur, elle va se mettre à l’ouvrage comme un vrai terrassier. Ses ancêtres devaient être les amis des tailleurs de Tuffeau et de Faluns de nos régions, elle creuse au milieu d’une berge abrupte le long de la rivière. Elle a choisi un terrain sableux, mêlé d’argile pour se préparer un palais somptueux.

    Sans se prendre de bec avec son compagnon, la demoiselle a besoin d’une petite chambre douillette pour ses amours secrets et pour y donner la vie. Craignant par-dessus tout les importuns, elle a choisi une berge qui ne peut s’atteindre par la rive. La Loire a creusé là une petite falaise de quelques mètres de hauteur. L’hirondelle en quinze jours va percer un tunnel de 50 à 70 cm de long qui débouchera sur la chambre nuptiale.

    Un travail de romain pour elle qui vient des lointains rivages du Pakistan. Venue ici sans passeport, elle se doute que la clandestinité exige pareille cachette. Les humains sont impitoyables pour les plus faibles, ils ont bien tort pourtant, elle qui leur rend tellement de services. Le moustique qui les pique, elle en fera son affaire !

    Hélas, dans le Val de Loire, nombreux sont encore les tenants de l’industrie « phytomortifère » qui lui préfèrent les redoutables insecticides qui risquent de la mettre au pain sec. Si ces furieux n’y prennent garde, elle et ses congénères vont bientôt disparaître de ce si beau pays, pourtant. En attendant, elle cesse de se poser des questions et aménage son nid afin qu’il soit le plus douillet possible.

    Elle tapisse avec amour sa chambre de paille, de plumes, de tiges souples que son cher mari et elle vont quérir alentour. Il faut bien admettre qu’elle n’est pas prête à se retrouver sur la paille, elle a tendance à manquer cruellement dans un Val qui préfère les cultures maraîchères. Elle devrait faire du foin pour alerter les agriculteurs sur la nécessité de diversifier leurs productions. La timidité lui cloue le bec, elle n’ose aller revendiquer !

    Elle a bien tort car voilà que devant son gîte, des hommes équipés de casques s’agitent, le plus souvent à bord de gros engins. Le vent porte jusqu’à son refuge, le bruit d’un chantier qui l’intrigue. Que veulent-il bâtir en ce lieu si paisible ? L’hirondelle reste dubitative, que se trame-t-il donc au bout de son tunnel ? Quelle déveine, venir de si loin pour se retrouver précisément là où la tranquillité n’est plus assurée…

    Pourtant, mon dieu qu’elle l’aime sa petite falaise. La Loire est ici sauvage, loin des habitations et de la folie des villes. Juste derrière, à deux coups d’ailes, elle dispose d’un merveilleux garde-manger, une réserve d’insectes au cœur de la darse de Sandillon. Quel bonheur ineffable que de survoler cet endroit qui semble figé avec ses arbres fossilisés et son mystère envoûtant. Ils sont déraisonnables de vouloir jeter un pont ici.

    En attendant, elle a d’autres chats à fouetter. La loi du sang s’impose à elle. Une première couvée s’offre à elle. Elle a pondu 5 petits œufs tout blancs à la mi-mai. Elle était fière, elle fut la première de sa petite troupe de copines. L’hirondelle des rivages aime à vivre en colonies plus ou moins importantes. Ici, la crise du logement limite le nombre de galeries. Encore heureux que pour l’instant, le préfet ne leur réclame pas de permis de construire, il en est bien capable ce haut représentant de l’état qui a décidé de mettre sous sa coupe financière les bords de Loire.

    Durant deux semaines, quatorze jours et pas un de plus, elle va couver d’une aile protectrice ses petits œufs qui mesurent 18 millimètres. Les enfants arrivent, ils vont attendre 19 jours avant que de prendre leur envol et découvrir à leur tour la magnificence du lieu. Notre hirondelle, débarrassée des soucis de la couvaison envisage avec son luron de remettre le couvert car moins de deux mois après leur premier vol, les petits, ingrats, seront totalement autonomes. Pas de gros soucis d’éducation dans la famille même s’il faut veiller à ses maudits moineaux, toujours prompts à venir croquer les gamins.

    Il reste assez de temps pour envisager une seconde couvée. Le temps est propice et la région riche malgré les maudits épandages en insectes volants comme les tilupes (cousins), les syrphes, les libellules, les mouches, ou les fourmis volantes qui font ses délices. Après en avoir longuement discuté avec son mâle qui n’était pas franchement favorable, la nôtre hirondelle se remet à l’ouvrage. Les nouvelles naissances sont saluées par des feux d’artifice un peu partout dans le secteur. Quel spectacle, elle se dit que les humains pour une fois, lui montrent vraiment beaucoup de considération.

    Il ne faut pourtant pas tarder. Avant la fin septembre, elle devra plier bagage et retrouver copains et copines pour un vol long-courrier vers ses quartiers d’hiver. Elle espère revenir dans son trou l’année prochaine pourvu que les ouvriers lui en laisse la possibilité. Ils ne se rendent pas compte, mais creuser un tunnel et aménager une chambre, c’est un travail titanesque et elle et son compagnon ne disposent pas d’engins comme ces cossards.

    À l’année prochaine petite et charmante hirondelle des rivages si rien de fâcheux ne t’arrive durant ton long périple. En espérant, pour favoriser ton retour qu’ici, on préserve cet endroit où tu as installé ta résidence estivale. J’évoquerai ta légitime préoccupation aux responsables de cette agitation qui a quelque peu troublé ton séjour. J’espère de tout cœur qu’ils ne feront pas un trou dans la rivière. Il y a sûrement moyen de s’arranger, entre gens raisonnables…

    Hirondellement sien.

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