Droit dans le mur, un budget pour les voitures


Eh oui, je n’en ai pas fini avec la session de janvier dernier au cours de laquelle le conseil départemental a adopté son budget pour l’année 2020.
Comme vous vous en doutez déjà, il y a un sujet presque rituel contre lequel il m’a encore fallu lutter : le terrible impact des projets routiers du Loiret pour les espèces vivantes et pour le climat.

En effet, tout en présentant quelques verdissements bienvenus dans les politiques menées par la collectivité, l’exécutif départemental n’en démord pas, il faut réserver l’essentiel des dépenses d’investissement pour encourager encore et encore les déplacements les plus polluants.

C’est donc ce que prévoyait le budget 2020 des routes départementales (et de l’aéroport Orléans Loire Valley) qui était débattu le 30 janvier.

Rapport A 01 – Le Département agit pour sécuriser et moderniser les infrastructures
Adopté à l’unanimité moins une voix contre, la mienne

La présentation générale de ce rapport fit apparaître, grosso modo comme chaque année, les mêmes engagements pour l’entretien des routes, l’amélioration de la sécurité et bien sûr, la fluidité du trafic routier. Dans cette dernière catégorie, plusieurs projets vont dans le mauvais sens et tout particulièrement la déviation de la RD921 à Jargeau.

Pour éviter de reprendre tout l’argumentaire, contre ce projet notamment, je me contentai donc de réaffirmer que l’humanité a un problème indéniable avec le climat et la disparition du vivant. Or, on continue d’aménager le Loiret pour y accueillir toujours plus de camions et de voitures et cela pèse bien plus lourd que tous les efforts émergents en faveur de l’environnement. Marc Gaudet souligna donc aussitôt qu’il était content de m’entendre parler de ces efforts pour l’environnement. Ce qui m’amena à rebondir de façon un peu plus sèche en insistant sur l’impact bien plus négatif de ce budget des routes.

Mais écoutez plutôt

Le Président me répondit alors en minimisant l’impact prévisible de la déviation. Selon lui, quand on construit une nouvelle route, cela n’augmente pas le trafic qui est simplement déplacé hors des villes pour le mettre « à l’extérieur ». Inutile de préciser que, inconsciemment, « l’extérieur » est supposé être parfaitement vide et que, même pour Marc Gaudet, les terres agricoles sont quantité négligeable ; quand aux espaces naturels, c’est bien simple, un vide absolu qu’il conviendrait de combler d’urgence par du béton comme de vulgaires cavités karstiques sous le lit de la Loire.

Il ajouta que, si je ne veux pas de logistique, il va falloir aller « expliquer à la population » qu’il faut cesser de commander sur Internet et de vouloir être livré immédiatement. Chiche, et si le conseil départemental lançait une grande campagne de communication sur le commerce local, l’économie circulaire et les impacts environnementaux de la logistique y compris la désertification des villes moyennes ?

Enfin, éternel argument scientiste, Marc Gaudet m’affirma sa certitude que, demain, face au risque climatique, de nouveaux modes de transports prendront la relève, beaucoup moins polluants et que, de toutes façons, « on aura toujours besoin de se déplacer ». Encore une fois, pourquoi pas rêver que nous aurons une solution miracle pour continuer à dépenser de l’énergie et que ce sera avec des véhicules électriques voire autonomes. Mais alors, qu’on admette que les nuisances qui sont supposées justifier la déviation auront totalement disparu avec de tels progrès techniques.

Je redemandai donc la parole pour démentir cet aveuglement face à une expertise partout démontrée : rajouter des routes cela rajoute des voitures. C’est même ce qui est écrit dans les études de trafic réalisées par le Département en vue de cette fameuse déviation. À tel point que plusieurs communes dont Saint-Cyr-en-Val commencent à se demander s’il ne va pas falloir leur construire elles aussi une déviation.

Je ne peux m’empêcher ici d’ajouter l’étonnante anecdote du maire de Saint-Cyr-en-Val justement, mon collègue au Département Christian Braux. En effet, alors que nous parlions du pont de Jargeau, il raconta comment, ayant eu le besoin de se rendre depuis sa commune jusqu’à Saint-Denis-de-l’Hôtel, il avait eu la surprise de voir son système GPS lui proposer de passer par Châteauneuf-sur-Loire afin de gagner 25 minutes par rapport à la traversée de Jargeau. Et au lieu de se dire que son GPS était en panne ou qu’il y avait un accident bloquant complètement la RD921, un esprit scientifique comme Christian Braux préféra s’imaginer que c’était là l’ordinaire de cet itinéraire partout présenté comme infernal par les partisans de la déviation.
De mon côté, on peut m’accuser de beaucoup de travers mais je n’ai jamais menti sur le fait qu’il y avait des embouteillages à Darvoy, Jargeau et Saint-Denis-de-l’Hôtel. Cependant, il faut les estimer à leur juste valeur et admettre qu’il ne s’agit que de ralentissements de la circulation bien anodins dès lors que l’on accepte qu’une zone agglomérée de dix mille habitants n’est pas un circuit de formule 1. Dans une réunion publique, une salle houleuse emplie de partisans de la déviation, j’ai pu dire sans me faire huer que ces embouteillages n’avaient rien d’exceptionnel et un habitué du trajet a pu me répondre, sans se faire huer non plus, qu’il souhaitait la déviation mais admettait volontiers que lui-même perdait au maximum 10 minutes. Personnellement, en douze ans de mandat électif et une bonne centaine de traversées du pont de Jargeau aux heures de pointe pour une réunion ou un déplacement quelconque, je n’y ai jamais perdu plus d’une poignée de minutes.

Ce qui n’a jamais empêché la surenchère du côté des conseillers départementaux fanatiques des routes comme l’est encore, par exemple, Michel Guérin (celui de Darvoy, ancien conseiller général), habitué des communiqués parlant de 30 minutes de perdues à l’heure de pointe, communiqués publiés sans la moindre critique par un quotidien qui me donne des leçons de vérification des informations.

Alors, je n’ai pas voulu rester sur de simples témoignages, le mien étant évidemment discutable même si j’ai réellement chronométré mes traversées du pont en voiture. J’ai donc commencé à vérifier avec un outil bien pratique à la disposition de tout un chacun aujourd’hui, l’équivalent d’un GPS en ligne, le site ViaMichelin. Et j’ai déjà constaté, hier soir, un jeudi ordinaire, un maximum de 10 minutes d’allongement du parcours Nord-Sud pour l’ensemble de l’itinéraire de 15 minutes que la déviation doit détourner.

Avant-hier, mercredi, c’était dans l’autre sens de ce même itinéraire que ce fut le plus pénible avec au maximum 9 minutes de plus qu’en l’absence d’embouteillage.
Je ne doute pas que les personnes qui ont été ralenties sur le pont dans ces moments-là ont ressenti un profond désagrément et peut-être même une injustice mais ils n’ont certainement pas perdu 30 minutes.
En outre, soyons sérieux, quel est le trajet effectué dans l’aire urbaine d’Orléans qui ne voit pas sa durée allongée de la sorte aux heures de pointe ? Et probablement 2 ou 3 fois plus si l’on approche un peu d’Orléans.

Conclusion : il y a un problème de fluidité du trafic routier sur la RD921 mais rien de plus que n’importe où ailleurs dans une zone urbanisée et certainement pas de quoi justifier une déviation à 100 millions.

1 réflexion sur « Droit dans le mur, un budget pour les voitures »

  1. Merci beaucoup pour ce texte.
    Quant à cette histoire de logistique et de livraison, ce doit être marginal dans ces embouteillages qui résultent sans doute principalement des déplacements pendulaires.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *