Métropole : les votes des citoyens piétinés par leurs représentants.

J’ai l’habitude, lorsque j’émets un communiqué de presse de choisir un titre un brin provocateur. Hier, peu avant le conseil métropolitain d’Orléans, je signai donc un texte abordant les « petits arrangements entre ennemis » qui pouvaient résulter d’un mode de scrutin et d’un manque d’orientation politique délétère pour la vie démocratique.

Quelques heures plus tard, la réalité de ce conseil métropolitain surpassa, en pire, mon triste pronostic. On peut le revivre intégralement ici si l’on est masochiste.

Avec des mots feutrés et sous couvert de recherche du consensus, il semble qu’une alliance contre-nature s’est nouée tranquillement et que la sensibilité « de gauche » a accepté volontiers le renfort de la sensibilité la plus à droite pour prétendument sortir de l’impasse créée par la constitution de cette assemblée métropolitaine. Car, avec des modalités de désignation camouflées dans l’élection municipale, il est clair qu’aucune majorité ne peut sortir des urnes. Sauf à ce qu’un nombre suffisant de communes aient vu la victoire de candidats ayant conçu ensemble au préalable une future coalition. Ce n’était pas le cas dans la métropole orléanaise, loin s’en faut.

Ainsi, le conseil métropolitain qui s’installait hier était composé d’élu·e·s ayant défendu pendant leur campagne des orientations très diverses. Pour emporter la majorité dans sa ville, l’un·e ou l’autre pouvait avoir suggéré tantôt un modèle libéral et sécuritaire, tantôt un modèle basé sur les services publics et la social-démocratie, tantôt on avait défendu la bienveillance en même temps que l’exigence de l’effort, tantôt la lutte contre le capitalisme aux côtés des travailleurs, tantôt le gaullisme social ou le bon-sens villageois sans étiquette (de droite) et même dans certains cas, on pouvait avoir accédé à la magistrature municipale en se réclamant de la transition écologique et du refus d’un aménagement routier délirant que je combats moi-même au conseil départemental.

Rassemblés par une loi électorale stupide, ces 89 représentants étaient en quelque sorte sommés de se trouver une boussole et d’adopter un cap commun.

J’ajouterai un point important : il fallait trouver cette coalition dans le respect de leurs diverses promesses électorales dans leurs villes respectives et sur la base desquelles leurs concitoyens les avaient portés à ces responsabilités éminentes.

La réalité, c’est qu’ils n’ont pu que se répartir les postes dans la confusion politique et parfois la confusion tout court. Une pseudo-majorité s’étant constituée en tenaille contre le candidat de centre-droit, elle n’a pas tardé à partir à vau-l’eau au moment de se choisir un quinzième vice-président. Peu après, ce dérapage était rattrapé par des procédés dignes des plus sombres histoires municipales et que l’on croyait réservés, en France, à certaines communes des rives de la Méditerrannée.

Enfin, ce n’est pas nouveau, mais la parité hommes-femmes a évidemment été totalement piétinée lors de la composition de l’instance exécutive de la collectivité. Un président homme ainsi que les deux principaux vice-présidents puis seulement 5 femmes sur les 18 autres vice-présidences. Parmi un conseil métropolitain où siègent près de quarante femmes. Sauf que la loi ne prévoit pas la parité de l’exécutif comme c’est plus ou moins le cas dans un conseil municipal (communes de plus de 1000 habitants), départemental ou régional. Donc, au conseil métropolitain, on s’assoit dessus.

Malheureusement, il est indéniable que des gens pour qui j’avais beaucoup de respect ont été pris dans cet engrenage. Ils se défendent certainement en disant qu’il fallait bien trouver une solution. Franchement, je n’ai pas l’impression que l’élection de Christophe Chaillou coalisé avec Serge Grouard se soit faite seulement en désespoir de cause et comme ultime recours pour une collectivité ingouvernable autrement. Je peux me tromper, mais cela ressemblait plutôt à une issue savamment anticipée.

En tout état de cause, les électrices et les électeurs risquent d’avoir du mal à s’y retrouver, aussi bien ceux du camp Grouard à Orléans que ceux qui se sont choisis des maires de gauche dans d’autres villes.

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